André Barthélemy : "On veut pousser les gens à l'indifférence"

Débarqué de l'avion, placé en garde à vue, le président d'AEDH sera accusé d''entrave à la circulation d'un aéronef ' et d''incitation à la rébellion'. (Voir notre précédent article sur le sujet)
Jugé par le tribunal correctionnel de Bobigny, il écope de 1500 euros d'amende, mais a d'ores et déjà fait appel de la décision. Sa réaction face au verdict pour Lyon Capitale.

Lyon Capitale : Vous avez écopé de 1500 Euros d'amende pour 'incitation à la rebellion' et 'entrave à la circulation d'un aéronef'. Etes-vous surpris par la lourdeur de la peine ?

André Barthélemy : En effet, je suis assez surpris, je vois cela comme un raidissement de l'autorité judiciaire : avant, on écopait d'une peine avec sursis. Aujourd'hui, il y a une volonté de décourager toute réaction, on veut pousser les gens à l'indifférence et à la passivité.
Allez-vous réagir face au verdict ?

Oui, je vais faire appel de la décision. D'après mon avocat, l'affaire pourrait être étudiée dans trois ou quatre mois. J'espère que cela se fera le plus tôt possible.
A bord de l'avion, le 16 avril 2008, quelle a été la réaction des autres passagers ? Ont-ils justement été 'indifférents' et 'passifs' ?

J'ai entendu des cris derrière moi. Un homme hurlait qu'on lui faisait mal et on refusait à l'autre de se rendre aux toilettes. Je me suis levé, la plupart des passagers était déjà debout. Ils exprimaient, plus ou moins poliment et calmement, leur indignation face aux mauvais traitements infligés par les policiers.
Quand j'ai pris la parole auprès des passagers, une OPJ est arrivée. Elle a menacé les contestataires de les débarquer, les placer en garde à vue et les inculper. Quelques personnes se sont assises, pour la plupart des congolais qui, et je les comprend, ne voulaient pas avoir à faire à la justice française. Mais presque tous les passagers sont restés debout.
Les deux congolais ont finalement été débarqués, le calme est revenu. Alors que nous pensions partir, l'OPJ est remontée à bord, et a désigné quatre d'entre nous. Nous avons été débarqués à notre tour, puis placés en garde à vue. Pour ma part, j'y suis resté 10 heures.

D'une manière plus générale, et après votre mésaventure, que pensez-vous de l'augmentation du nombre d'expulsions en France ces dernières années, et du durcissement de l'application de la loi ?

Ce qui m'est arrivé est un petit fait, par rapport à d'autres qui sont beaucoup plus graves. Je constate malheureusement qu'un vent mauvais souffle dans ce pays concernant les étrangers, et notamment les demandeurs d'asile. J'accepte la légitimité de l'état à légiférer un droit d'entrée ou non sur le territoire. Mais, ce qui n'est pas acceptable, ce sont les conditions d'expulsion. Il y a de gros efforts à faire sur la question du mauvais traitement, qui est dûe autant aux consignes données aux policiers qu'aux policiers eux-mêmes.

Que faudrait-il faire ?

Il y a des gens qui ne devraient pas être expulsés, je pense notamment à ceux qui ont une famille en France.

Propos recueillis par Annie-Laurence Ferrero

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