Alternative Post roule vers la liquidation

La PME lyonnaise, seule véritable entreprise concurrente de la poste, a stoppé la distribution des courriers depuis le 11 novembre. 340 salariés sont menacés de licenciement. Ce mardi, un comité d’entreprise extraordinaire devait les fixer sur leur sort. Il a finalement été repoussé au lundi 24 novembre.

Les facteurs rouges et noirs ne circulent plus dans les rues de l’agglomération lyonnaise, comme dans les rues des principales grandes villes de France où Alternative Post est implantée. Quelques dizaines de salariés se sont rassemblés ce mardi matin devant le siège social de de l’entreprise à Vaulx-en-Velin, quartier de la Soie, où devait se tenir un comité d’entreprise. “Le 11 novembre, nous avons reçu des coups de téléphone ou des SMS, nous demandant de ne pas venir travailler”, raconte le délégué du personnel CFDT, Julien Troispoux.

Sans activité, les salariés se retrouvent aussi sans salaire puisque la paye d’octobre qui devait être versée le 10 novembre ne l’a toujours pas été. Toujours le 11 novembre, les élus du comité d’entreprise (CE) ont reçu en main propre une convocation pour un CE extraordinaire le 17 novembre, avec comme ordre du jour “présentation de la situation économique et mesures envisagés”. Problème, les élections se sont déroulées en octobre et un premier CE de constitution n’a toujours pas eu lieu. Pour les deux principales organisations syndicales CFDT et FO, il n’était pas acceptable que le CE se réunissent pour avaliser ce qui ressemble fortement à une liquidation expresse avec un plan social à la clé.

“On a l’impression que l’entreprise veut aller très vite pour ne pas respecter les droits des salariés", explique Eric Guffroy de la CFDT communication qui assiste les syndiqués cédétistes d’Alternative Post. “Avec un CE normalement constitué, chaque étape du plan social est discutée par les élus des salariés. On peut aussi faire appel à un expert payé par l’employeur pour mieux comprendre la situation économique de l’entreprise”, précise le syndicaliste.

Les salariés pas informés et toujours pas payés

FO et la CFDT ayant menacé de saisir la justice pour “délit d’entrave”, le direction d’Alternative Post a préféré faire les choses dans les règles. Lundi 24 novembre, un premier comité d’entreprise de constitution est convoqué qui sera suivi dans les prochains jours par un CE extraordinaire pour annoncer les mesures “sociales”.

Pendant ce temps là, les salariés ne seront pas payés. “Je suis obligé d’informer le CE pour mettre l’entreprise en cessation de paiement et faire payer les salaires par les AGS*”, justifie le directeur général Christophe Viornery. Ce qu’admettent aussi les syndicats. Pas payés, les salariés ne sont pas informés de la situation financière de l’entreprise. “Aujourd’hui, ils nous ont répété qu’ils n’avaient plus d’argent”, précise un des salariés rassemblés devant le siège de l’entreprise.

Interrogés par les journalistes, le directeur général a donné plus d’éléments : “Nos actionnaires nous avaient assurés de leur soutien. Ils ont suivi à de 3,5 millions qu’ils ont versé depuis le démarrage de l’entreprise en décembre 2006. Pour tenir jusqu’au 1er janvier 2011, date de la libéralisation totale du marché postale, il fallait rajouter la même somme”.

Depuis plusieurs mois, les dirigeants étaient à la recherche de nouveaux entrants dans le capital pour arriver à atteindre 25 % de la population française couverte par Alternative Post, synonyme de rentabilité. Au 31 septembre, l’entreprise couvrait 12 % de la population pour 3,2 millions de chiffre d’affaire. En juin 2009, l’entreprise avait levé 1,2 millions d’euros via le fonds d'investissement défiscalisé Arkéon Finance. Manifestement cela n’a pas suffit.

*Association pour la gestion du régime de Garantie des créances des Salariés

Repère

L'innovation contre la réglementation
La clé du développement d’Alternative Post résidait dans une astucieuse innovation : la géolocalisation du courrier qui leur permet de contourner l'actuelle réglementation postale. Laquelle interdit la distribution de lettres adressés inférieures à 50 grammes jusqu'au 31 décembre 2010. Puisque la distribution du courrier "non-adressé" (c'est-à-dire les prospectus) n'est soumis à aucune restriction de distribution, Alternative Post a tout simplement supprimé l'adresse en la remplaçant par un géocodage, qui indique notamment la latitude et longitude de la boîte aux lettres. Les facteurs connaissaient les adresses correspondantes et parfois partaient en tournée munis d'un ordinateur de poche "PDA" doté d'un GPS. Outre le contournement de la réglementation, cette innovation permet, du coup, d'importants gains de productivité. Le tri est en effet quasiment supprimé et le trajet des tournées est calculé au plus court.

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