Permaculture à la Source Dorée (monts du Lyonnais) © Tim Douet
Permaculture à la Source Dorée (monts du Lyonnais) © Tim Douet

Alimentation locale et biologique : la Métropole de Lyon vote sa stratégie agricole

Au conseil de la Métropole de Lyon du 21 juin, les conseillers ont voté la mise en place d'une stratégie agricole et alimentaire pour le mandat. Elle est axée sur le bio, les circuits courts et la maîtrise du foncier.

La Métropole de Lyon a défini sa stratégie agricole et alimentaire jusqu'à la fin du mandat en 2026. Le 21 juin 2021, les conseillers métropolitains ont voté à l'unanimité pour sa mise en place. La proposition a été présenté aux élus par Jérémy Camus, vice-président en charge de la politique agricole et de l'alimentation.

L'objectif de la Métropole est de renforcer la résilience alimentaire de son territoire, qui n'est autonome en nourriture qu'à 5 %, par une production plus durable et plus locale. L'autre objectif affiché est aussi de faire diminuer la précarité alimentaire. 30 % des habitants de la Métropole peinent à se nourrir correctement et 15 % disent souffrir de la faim, selon une enquête faite en 2018 auprès de 650 habitants.

Une stratégie à 12 millions d'euros

Chiffrée à 12 millions d'euros, la stratégie de la Métropole se décline en cinq axes, définit par une commission le 3 mai avec des acteurs de l'agriculture sur le territoire :

  • Préserver et gérer durablement les espaces agricoles, en développant une politique de maîtrise foncière
  • Augmenter la population agricole, en facilitant l'accès au foncier et à l'habitat et créer une régie agricole métropolitaine
  • Développer l'agriculture biologique, en aidant l'installation et la conversion des exploitations, tout en offrant des débouchés via la commande publique
  • Adopter une gestion de la ressource en eau et en préservant sa qualité, grâce à l'agriculture biologique sans intrants chimiques
  • Développer une agriculture nourricière, en circuit court

Des critiques soulevées par les élus

Si le conseil de la Métropole a voté cette stratégie à l'unanimité, elle n'a pas manqué de soulever quelques inquiétudes chez les élus de différentes groupes politiques. Avec en première ligne, la liberté des consommateurs de choisir leur alimentation, notamment la viande et les produits non-locaux. "Les végétaliens n'ont pas le monopole de la conscience écologique. Il y a d'autres solutions que d'arrêter ou diminuer la viande, comme des critères d'élevage respectueux et une valorisation de toutes les parties d'une bête", souligne Pierre Chambon de La Métropole pour tous, parti du centre.


"Nous défendons le droit d'acheter ses abricots dans la Drôme, son poulet en Bresse, sa charcuterie en Haute-Loire et d'aimer les dattes tunisiennes ou les bananes guadeloupéennes", soutient Pierre-Alain Millet, du groupe Communiste et républicain.


Même à la gauche des écologistes, la voix des élus communistes s'est élevée pour défendre le droit de manger une alimentation venue d'ailleurs. "Nous défendons le droit d'acheter ses abricots dans la Drôme, son poulet en Bresse, sa charcuterie en Haute-Loire et d'aimer les dattes tunisiennes ou les bananes guadeloupéennes", soutient Pierre-Alain Millet, du groupe Communiste et républicain.

Le thème de la sécurité a même réussi à s'immiscer dans ce débat où on ne l'attendait pas, amené par les Progressistes et républicain. "Le vol et le vandalisme nuisent à l'équilibre économique des exploitations de la Métropole", affirme Jean-Luc Da Passano. Il évoque les vols massifs de fruits dans les vergers, et demande à la Métropole de mobiliser des policiers pour protéger les exploitations, et de mettre en place de la vidéosurveillance.

Une continuité avec le mandat précédent

L'objectif d'une alimentation plus locale, moins carnée et plus résiliente n'est pas l'apanage des écologistes. Une orientation dans ce sens avait déjà été donnée par la majorité précédente de David Kimelfeld (LREM) en 2019. Elle définissait une dizaine d'objectifs et les outils pour les atteindre, dans la même veine que ceux des écologistes, comme "faire du capital naturel agricole un bien commun métropolitain", "progresser vers une agriculture durable et de proximité" ou "développer une activité économique du territoire liée à l’alimentation durable", avec un but de 15 % d'autonomie alimentaire à court terme.

Questionné sur cette proximité avec le projet du mandat précédent par l'opposition, Jérémy Camus reste vague ."Il y a eu des pivots sur quelques axes que l'on souhaite développer", affirme l'élu. Si l'orientation est la même, les écologistes se différencient sur plusieurs points, notamment sur des mesures très concrètes. La création d'une régie agricole métropolitaine pour les cantines, le contrôle du foncier avec la création "d'espaces test agricoles" sur des parcelles métropolitaines et une meilleure gestion de la ressource en eau en font partie.

Ils affirment aussi avoir quadruplé le budget réservé au développement de cette agriculture locale qui bénéficierait directement aux habitants de la Métropole. Un besoin nécessaire lorsque l'on sait que 95 % de la production agricole est exportée hors de la Métropole.

 

 

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