Pour cette manifestation du 27 novembre contre les violences faites aux femmes, le violet était à l’honneur, même dans les fumigènes. (Photo Hadrien Jame)

À Lyon, plusieurs milliers de personnes disent "stop" aux violences sexistes et sexuelles, reportage

Ce samedi 27 novembre, ils étaient près de 4200, selon les policiers, plus de 7000, selon les organisateurs, à s’être rassemblés place Bellecour pour prendre part à une grande manifestation contre les violences faites aux femmes. Militants, élus et jeunes, parés d’attributs violets, ont marché dans les rues de Lyon en chantant leur fierté de se réunir pour dénoncer les actes et les violences sexistes. 

Masque blanc vissé sur le visage, combinaison blanche sur le dos, une dizaine de femmes défilent en cercle au milieu de la place Bellecour, ce samedi 27 novembre sur les coups de 14 heures. À bout de bras, elles donnent à voir à la foule, qui se rassemble, autour d’elles des pancartes sur lesquelles on lit : "Harcelées", "humiliées", "invisibilisées", "dénigrées" ou encore  "assassinées". À chaque fois que l’un de ces mots est prononcé à voix haute, l’une d’elles s’écroule à terre, comme un symbole des femmes victimes de ces nombreux actes de violence. 

La performance des membres de Filaction lors de la manifestation du 27 novembre 2021. (Photo Hadrien Jame)

Au milieu de leur cercle, un autre groupe de femmes aux visages barrés de peintures de guerre violettes bat la mesure sur des tambours, donnant le rythme de ce happening des femmes en blanc de Filaction, une association qui lutte contre les violences conjugales. Vient ensuite le temps de la résilience, alors que le rassemblement continue de grandir autour de la performance. À terre, les femmes en blanc se relèvent pour brandir des pancartes où l’on peut désormais lire "respect", "soutien", "féminisme", "bienveillance", "libres". 

Filaction est un collectif qui lutte contre les violences conjugales et réalise des performances pour sensibiliser le public. (Photo Hadrien Jame)

Entre 4200 et 7500 manifestants

Car c’est aussi ça le but de la manifestation organisée ce samedi à l’appel du collectif droit des femmes 69, permettre aux femmes de se réunir pour exprimer leur "fierté", tout en disant "stop aux violences faites aux femmes". Avant que le cortège ne se mette en branle pour une boucle autour de la Saône, différentes personnes se relaient au micro pour énoncer quelques chiffres, "90 % des viols sont commis par des proches", ou insister sur le fait que "les violences faites aux femmes ne sont pas un hasard, elles sont créées et légitimées par notre société sexiste et ont lieu partout".


"Les violences faites aux femmes ne sont pas un hasard, elles sont créées et légitimées par notre société sexiste et ont lieu partout."


Finalement, il est près de 15h20 lorsque la tête du cortège démarre et c’est une grande vague violette - couleur emblématique du féminisme -, composée de 4200 manifestants, selon les policiers, près de 7500, selon les organisateurs, qui déferle en direction du Vieux-Lyon. Au-dessus de la foule compacte, où les foulards, gilets et masques violets sont de rigueur, on distingue une véritable marée de pancartes bigarrées. 

Contre les violences sexistes et sexuelles, ils étaient entre 4200 et 7500 à manifester dans les rues de Lyon ce samedi 27 novembre. (Photo Hadrien Jame)

Les messages qui y sont inscrits sont forts, "Céder n’est pas consentir", "Ras le viol", "Victime on vous croit, violeurs on vous voit",  parfois empreints d’une note plus légère, "Ovaire et contre tous", "Jeune demoiselle recherche un mec féministe", mais tous dénoncent au fond les "Violences sexistes et sexuelles". Dans la foule, on croise des familles, des personnes âgées, des hommes et surtout un nombre très important de jeunes femmes, qui reprennent en coeur un chant composé autour d’une phrase : "Nous sommes fortes, nous sommes fières et féministes et radicales et en colère".  


"Je pense que l’on va tous pleurer au moins une fois, mais ensemble on peut faire de belles choses"
Solenn, jeune militante de 21 ans


Les élus côtoient les militants 

Solenn, une jeune militante de 21 ans présente lors de cette manifestation du 27 novembre. (Photo Hadrien Jame)

Parmi elles, Solenn, porte une pancarte sur laquelle elle a écrit : "La nouvelle vague féministe sera plus forte". À 21 ans, la jeune femme se dit militante et pour elle, aujourd’hui, le débat ne doit plus seulement tourner autour "des hommes et des femmes, mais du genre. C’est une espèce d’intersectionnalité [la pluralité des discriminations de classe, de sexe, NDLR], que l’on prône", explique-t-elle avec conviction. Présente pour "revendiquer des droits et énoncer des chiffres", elle reconnaît que cela fait "chaud au coeur" de se retrouver au milieu d’une telle foule, de "se sentir soutenue". "Je pense que l’on va tous pleurer au moins une fois, mais ensemble on peut faire de belles choses", assure-t-elle.


"Ce qui est heureux c’est que l’on soit nombreux. Le symbole est fort. Ça ne suffit pas, mais ça contribue à faire avancer les choses, à montrer que la norme c’est de ne pas accepter la moindre violence"
Grégory Doucet, maire de Lyon


Le maire de Lyon, Grégory Doucet, était présent dans le cortège aux côtés de Julien Bayou, le secrétaire national d'EELV. (Photo Hadrien Jame)

Un peu plus loin, le maire de Lyon, Gregory Doucet, au milieu de nombreux élus de la majorité écologiste, n’en dit pas moins lorsqu’il dit trouver "rassurant que les gens se déplacent, malgré le contexte [sanitaire, NDLR]". L’édile avait annoncé sa participation à cet après-midi de mobilisation il y a plusieurs jours, car, selon ses mots, la Ville "s’engage contre les violences faites aux femmes, nous avons pris un certain nombre de mesures et l’on ne pouvait pas ne pas être là aujourd’hui". "Ce qui est heureux c’est que l’on soit nombreux. Le symbole est fort. Ça ne suffit pas, mais ça contribue à faire avancer les choses, à montrer que la norme c’est de ne pas accepter la moindre violence", nous confiait-il quelques minutes avant le début de la marche, qu’il passera notamment aux côtés de Julien Bayou, le secrétaire national d’EELV. 

Sur les très nombreuses pancartes présentes dans le cortège on peut lire des messages forts, qui dénoncent les violences faites aux femmes. (Photo Hadrien Jame)

"Faire exister notre voix"

Pendant près de 1h30, les milliers de manifestants, qui s’étendent parfois à perte de vue sur les quais de Saône, la tête et la queue du cortège se faisant même face sur le quai de la Pêcherie (Lyon 2e) et le quai Romain Rolland (Lyon 5e), défilent dans les rues de Lyon dans une ambiance bon enfant, où des tubes populaires, comme Girls just want to have fun, sont crachés par des enceintes. À l’approche de la rue de Brest et de la place des Jacobins, où se pressent les Lyonnais et les touristes qui sortent des magasins, les messages sont portés avec un peu plus de ferveur pour dénoncer le "patriarcat" et reprendre comme une litanie "Nous sommes fortes, nous sommes fières et féministes …". 

Car, comme le relève Natacha, une musicienne de 32 ans membre du collectif de percussion des Femmes Battantes, qui animait le happening en début d’après-midi, cette journée doit "donner de la visibilité aux femmes, c’est important. On est en lutte, mais pas juste contre quelque chose, on est en lutte pour faire exister notre voix".

Le passage dans les rues de la Presqu'île a été particulièrement animé. (Photo Hadrien Jame)

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