Frégate Mistral Russie
© Frank Perry/AFP

Ukraine : 2 poids, 2 mesures et la politique de l’autruche

Dans cette nouvelle tribune libre, Mykola Cuzin, président du comité Ukraine 33 et du Comité pour la défense de la démocratie en Ukraine, dénonce la livraison de frégates par la France à la Russie.

Devant la menace représentée par l’avancée fulgurante des djihadistes de l’EIL en Irak, la France s’est lancée ces derniers jours dans une offensive diplomatique – très louable – qui a fait dire au président de la République François Hollande et au ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius que le combat des Kurdes était légitime et que notre pays appuierait sans réserve la résistance aux djihadistes et la protection des minorités persécutées. Tout le monde connaît par ailleurs l’importance cruciale du dispositif militaire français mis en place au Mali.

À l’aune de ces déclarations et des engagements du gouvernements français, il est permis d’être plus que circonspect quant à la réelle volonté de la France de voir l’intégrité territoriale ukrainienne et le droit international respectés dans la confrontation armée qui oppose actuellement l’armée ukrainienne et les “séparatistes” pro-russes, dont on sait très bien depuis le début qu’ils sont téléguidés, équipés et encadrés par Moscou et l’armée russe.

La France, donc, serait prête à un soutien militaire (matériel) en Irak. Quoi de plus normal puisque les Kurdes sont considérés comme le dernier rempart contre la menace terroriste de la nébuleuse de l’EIL, qui relègue Al Qaeda au rang d’entreprise artisanale ? Suivant cette logique, si on livre des armes à un pays ou à un peuple, celui-ci peut être légitimement considéré comme un allié.

Dans ce contexte, quid de la livraison maintenue par la France des deux frégates Mistral à Moscou ? Malgré les “sanctions” prises par le G7 contre l’économie russe et l’entourage immédiat de Vladimir Poutine, une logique supérieure à l’éthique et aux décisions de l’Onu semble guider envers et contre tous la politique étrangère de la France. La capacité et la rapidité de projection offertes par ces deux frégates font dès à présent peser de lourdes menaces sur la paix et la stabilité dans le bassin de la mer Noire et dans le Caucase. Pourquoi cet entêtement à vouloir armer le bras d’une Russie déjà pressante et interventionniste dans toute l’ex-URSS ? Pourquoi se comporter comme le soutien logistique d’un gouvernement qui vient de prouver ces derniers mois qu’il piétine les accords internationaux, qu’il supporte un vaste mouvement terroriste aux portes de l’Europe et s’est rendu directement responsable – en fournissant l’arme fatale aux séparatistes – de la destruction en plein vol d’un avion civil le 19 juillet dernier dans la région de Donetsk ?

Le fait que le chef d’état-major des armées françaises soit Pierre de Villiers, frère de Philippe de Villiers, lequel négocie actuellement des contrats avec la Russie sur la construction de deux parcs de loisirs, pose question et laisse perplexe… Il n’est pas inutile de rappeler que Philippe de Villiers fait désormais partie du très sélect club des thuriféraires poutiniens – au même titre que Marine Le Pen – et que François Hollande ne peut se permettre d’aligner un tant soit peu sa politique étrangère sur la doctrine des droites radicales, voire extrêmes, sous peine d’en perdre son âme.

En attendant, sur le terrain, les “hommes en vert”, sans signes distinctifs mais venus tout droit de la Russie voisine, ont refait leur apparition le 20 août dans la région de Louhansk, à la tête de près de 120 véhicules militaires. Lundi 19 août, c’est une colonne de réfugiés portant drapeaux blancs qui a été étrillée dans cette même région par les mercenaires à la solde du Kremlin. Le bilan s’élève à plusieurs dizaines de victimes et le gouvernement de Kiev se refuse pour l’heure à montrer les images de cette colonne décimée tant elles sont insoutenables. Un de nos correspondants dans la région de Soumy nous a confirmé l’implication des “séparatistes” dans ce massacre et le fait qu’ils rançonnent sans pitié les civils fuyant les zones de combat, pour leur voler leurs véhicules et leur argent. En cas de refus, ils sont presque systématiquement abattus… Voilà donc le fond de la politique étrangère de Vladimir Poutine en Ukraine.

Si l’EIL s’avère être un quasi-État terroriste en voie de développement en Irak, les autorités russes, elles, cautionnent, financent et aident le terrorisme en Ukraine orientale, allant jusqu’à bombarder les positions ukrainiennes par-dessus la frontière… L’Otan, l’Onu et l’OSCE disposent pourtant de quantités considérables de preuves sous forme d’enregistrements audio, vidéo, d’images satellites… pour déterminer une réaction cohérente et réellement impactante. Malgré tout, la faiblesse des réponses apportées jusqu’à présent face à la détermination du maître du Kremlin nous laisse plutôt augurer d’un Munich bis, dont l’Ukraine serait la seule et unique victime. L’histoire ne doit pas se répéter !

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