Pôle Emploi Rhône-Alpes : “l’expression d’une noyade”

Mardi 8 juin, les employés de Pôle Emploi étaient appelés nationalement* à cesser le travail. Une grève très suivie en Rhône-Alpes. Le signe, une fois de plus, d’un énorme ras-le-bol des conseillers.

Le malaise à Pôle Emploi pourrait être résumé à trois chiffres. Depuis la fusion entre les Assedics et l’ANPE, en janvier 2009, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 30 % en Rhône-Alpes. Pour faire face à cet afflux, 850 conseillers en CDD sont actuellement en poste sur 3900 employés au total.

Les conseillers ont, en moyenne, 260 chômeurs dans leur portefeuille, selon les syndicats, ou 120 selon la direction alors que les consignes nationales préconisent soixante personnes. Avec une telle charge de travail, ces agents peinent à répondre aux demandes des chômeurs. Résultat : de la souffrance au travail.

La souffrance envahit Pôle Emploi

Lors de la journée nationale de grève organisée mardi 8 juin, cette souffrance des employés était palpable dans la colère exprimée par environ 200 personnes rassemblées devant le siège régional de Pôle Emploi, dans le troisième arrondissement de Lyon. Après une heure à stagner devant les locaux, ils ont finalement envahi la salle de réunion où le directeur Patrick Lescure recevait une délégation de grévistes. Ils ont pu, en direct, déverser leur malaise.

“On vend aux demandeurs d’emploi qu’ils auront un conseiller personnel qui pourra répondre à leurs attentes. C’est totalement faux, expose Leïla Zinebi-Lepasteur, élu SNU/FSU au CHSCT (Comité d’Hygiène et Sécurité et des Conditions de Travail). Elle décline les problèmes : “avec la mise en place du 3949, le demandeur d’emploi ne peux plus joindre directement son conseiller. S’il se présente à l’accueil, il est reçu par une personne, souvent en CDD qui lui demande d’exposer au vu et au su de tout le monde ses problèmes. Et s’il veut rencontrer son conseiller, on le renvoit vers le 3949”. Autre difficulté rencontrée, le Suivi Mensuel Personnalisé (SMP). C’est-à-dire l’obligation de convoquer, tous les mois les chômeurs. “Notre hierarchie nous demande de cibler certains publics. Du coup, on convoque ceux qui n’en ont pas besoin, on passe quinze minutes avec eux. Mais ceux qui en ont besoin, on ne les convoque pas. Nous n’arrivons plus à répondre à la demande des chômeurs”, conclut Leïla Zinebi-Lepasteur.

Les conseillers grévistes parlent de déshumanisation, de contrôle social, d’aiguillage et d’activation de la machine à radier. Ils évoquent aussi les arrêts maladie qui augmentent et à la présence nouvelle de vigiles à l’entrée de certaines agences.

La direction régionale s’en remet au gouvernement

Le directeur régional de Pôle Emploi, qui a pu entendre ce que vivaient de nombreux conseillers, ne s’est pas montré très rassurant. Ses annonces se sont limitées à la titularisation de 47 CDD. Pour le reste, il a précisé qu’il avait utilisé tous les moyens mis à sa disposition. Concernant l’organisation du travail, il a déclaré qu’il ferait d’autres propositions, renvoyant au niveau national les demandes d’arrêt du suivi mensuel personnalisé (SMP) ou du dispositif de contrôle interne “Océan”. L’intersyndicale a “exigé” que la réponse aux revendications se fassent par écrit.

“Pour trouver de vraies solutions, l’expression des salariés doit être entendue. Il faut laisser, par exemple, des marges de manoeuvre au conseiller pour évaluer les besoins des demandeurs d’emploi au lieu de leur imposer de convoquer des personnes qui sont autonomes dans leurs démarches”, explique la déléguée syndicale CFDT Agnès Gandonnière.

En Rhône-Alpes la journée d’action a été particulièrement suivie. La direction évalue à 30 % le nombre de grévistes.

*En Rhône-Alpes l'intersyndicale regroupe les organisations CFDT, CGT, FO, SNAP, SUD, SNU/FSU et UNSA

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