Espoirs et craintes soulevés par l’UHSA

La prison ne soigne pas. Au contraire. L’ouverture repoussée sine die du premier hôpital fermé, dit "hôpital prison", dans l’enceinte de l’hôpital du Vinatier, dédié aux prisonniers apportera une réelle amélioration de la prise en charge de leur santé mentale. Pour autant, l’unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) est loin de faire l’unanimité.

Voté en 2002, le développement des unités hospitalières spécialement aménagés (UHSA) doit enfin permettre la mise en place du principe de l’équivalence des soins entre le milieu pénitentiaire et le "dehors". Aujourd’hui, cette équivalence est une réalité pour la médecine somatique. En principe, un détenu a la même chance d’être soigné pour un appendice ou un cancer au sein des Unités hospitalières sécurisées interrégionales (UHSI). Il manque donc des structures jumelles pour les graves troubles mentaux. Le programme de construction de 12 UHSA est donc censé combler ce vide. Remis en question pendant un temps, il devrait progressivement se concrétiser. A Lyon, c’est la première de ces douze unités qui ouvrira ses portes aux détenus. Des personnes qui, pour certaines, étaient déjà hospitalisées dans des établissements psychiatriques en chambres d’isolement, dans des conditions "dix fois pires qu’en prison" selon le docteur Lamothe, psychiatre, médecin-chef des prisons de Lyon et de l’UHSA. "Nous pourrons recevoir des détenus qui sollicitent des soins eux-mêmes. La prise en charge pourra aussi se réaliser sans contrainte", précise le psychiatre.
Avec seulement soixante lits, l’UHSA de Lyon devrait accueillir les personnes souffrant des troubles les plus graves, essentiellement des psychoses comme la schizophrénie.

Espoirs et craintes

L’ouverture prochaine de l’UHSA est porteuse d’espoir autant que de craintes.
Espoir, d’abord, car les détenus en crise pourront être hospitalisés dans l'un des soixante lits du service au lieu d’être transférés dans des unités pour malades difficiles ou en chambres d’isolement des hôpitaux psychiatriques. Au vu du mal-être en prison, nul doute que les soixante lits seront rapidement occupés. Même si la capacité est censée être adaptée aux 7500 détenus des régions Rhône-Alpes, Auvergne et Bourgogne qui pourront potentiellement prétendre à une hospitalisation psychiatrique.
Crainte, ensuite, car l’UHSA va faire revenir les hauts murs (six mètres) au cœur de l’hôpital du Vinatier. “Dans l’optique d’un hôpital psychiatrique ouvert sur la société, c’est un mauvais signal envoyé à la population“, déplore Marc Auray, délégué syndical CGT du Vinatier.
Avec une vingtaine d’organisations, la CGT a rassemblé près de 300 personnes (selon le syndicat) le 9 mars lors d’une “nuit de résistance” pour dénoncer le tournant sécuritaire pris par la psychiatrie, dont l’UHSA serait la figure de proue.
“À l’intérieur comme à l’extérieur des surveillants de la pénitentiaire pourront intervenir en arme en cas d’évasion. Cela expose l’hôpital à des échanges de coups de feu, ajoute Emmanuel Venet. Or les gens qu’on soigne se sentent déjà tellement persécutés qu’il ne faudrait vraiment pas que ça arrive”.

Précision : l'UHSA a finalement été inaugurée le 21 mai.

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