2 députés PS veulent en finir avec les carnets de circulation tsiganes

Jeudi 6 mai, lors de la première cérémonie, à Lyon, de commémoration de l’internement des Tsiganes français, les députés socialistes Jean-Louis Touraine et Pierre-Alain Muet ont annoncé leur volonté de déposer une proposition de loi visant à supprimer les carnets de circulation des Gens du Voyage. A écouter le témoignage de deux Manouches sur les camps.

Pour la première cérémonie en Rhône-Alpes, commémorant l’internement, de 1940 à 1946, de 6500 Tsiganes dans des camps administrés par les autorités françaises (lire notre article), les députés socialistes Jean-Louis Touraine et Pierre-Alain Muet ne sont pas venus à vide. Jeudi 6 mai, place Antonin Poncet (Lyon 2e), devant une centaine de personnes frigorifiées, ils ont dénoncé les discriminations subies hier comme aujourd’hui par ceux que l’on appelle Tsiganes ou Gens du Voyage.Après prises de parole et dépôts de gerbe, les deux députés ont promis de rédiger une proposition de loi visant à supprimer les carnets de circulation qui organisent un fichage particulier des Gens du Voyage.

Franck Sicler, le président de l’ARTAG (Association régionale, en Rhône-Alpes, des Tsiganes et de leurs Amis Gadjé) était ravi : "c’est ce que nous voulions. Maintenant, le travail commence". Dans son discours, ce porte-parole de la communauté des Gens du Voyage a lancé un appel pour la reconnaissance de l’implication des autorités françaises dans l’internement des Tsiganes "une histoire totalement occultée". Mais pour lui et pour l’ensemble des associations de Gens du Voyage, regroupées au sein de la FNASAT, cette reconnaissance passe par la "remise en cause de la loi de 1969", héritière de la loi de 1912 qui a créé les premiers carnets de circulation nomades. Les historiens, dont Marie-Christine Hubert (Ecouter ici son entretien) explique en effet qu’en fichant les Tsiganes dès 1912, l’Etat français a pu rapidement les interner en 1940.

"Etre pleinement citoyen"

Malgré cette persécution co-organisée par les autorités françaises, la loi de 1912 n’a pas été abrogée au sortir de la guerre. Toilettée, elle a été remplacée par un nouveau texte, en 1969. Cette loi oblige désormais à être rattaché à une commune et, surtout, à disposer d’un livret ou d'un carnet de circulation. En fonction des revenus, les Gens du Voyage, comme on les nomme désormais, sont obligés de faire tamponner leur carnet par la police tous les ans voire tous les trois mois. Ne pas posséder ce titre de circulation peut conduire à une amende ou une peine de prison. De nombreux Tsiganes se considèrent comme des "citoyens de seconde zone".

Particulièrement, sur la question du droit de vote puisqu’il faut attendre trois ans de rattachement à une commune avant de pouvoir glisser un bulletin dans l’urne. (lire notre article sur cette question). "Nous vivons en 2010, plus en 1940. Pour que nous soyons pleinement citoyens, on doit seulement nous donner des cartes d’identité", demande le président de l’ARTAG, Franck Sicler. Les députés Muet et Touraine devraient commencer à plancher sur l’abrogation de la loi de 1969 dans les prochaines semaines. Restera alors à ces membres de l’opposition socialiste de trouver une majorité pour faire adopter leur texte à l’Assemblée Nationale.

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La police a procédé hier à l’expulsion de familles d’un bâtiment quai Saint-Vincent. Une procédure de "péril en urgence" inhabituellement émise par la Métropole de Lyon, qui laisse à la rue plus de la moitié d'entre elles, dont des personnes fragiles. Au mois d’août, nourrissons, enfants en bas âge, femmes enceintes et personnes âgées ne vont pas tous bénéficier d’un relogement d’urgence.
6 commentaires
  1. webmaster - 11 mai 2010

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