Maison Borie : mais où est donc passé Manuel Viron ?

La Maison Borie, restaurant high style de Gerland, est fermée. Personne n'a de nouvelles de son chef, Manuel Viron. Probablement parti avec la caisse, comme certains le présument. Le tribunal de commerce a décidé de s'en mêler.

Si la rentrée gastronomique lyonnaise s'annonce plutôt vive, sans pour autant augurer d'un grand frisson (lire plus bas, Les nouveautés de la rentrée), elle se révèle également singulièrement atterrante. Après le feuilleton estival Le Bec, dont la saison 4 s'est achevée par une liquidation judiciaire de sa Rue éponyme, estampée de plus 4 millions d'euros de dettes et de dizaines de créanciers sur le carreau, c'est au tour du chef Manuel Viron, patron de la Maison Borie de faire parler de lui. Ou plutôt de ne plus faire parler de lui.

À Gerland, son restaurant exhibe portes closes. Les volets sont fermés, le portail condamné. Le téléphone est sur répondeur. Même le site Internet du restaurant affiche page blanche. "J'ai appris par les salariés qu'il avait vidé la cave à vins et qu'il avait pris le matériel de cuisine. Il a pris tout le monde pour des cons !" s'agace Gérard Duc, l'un des partenaires financiers de la Maison Borie (la société Magema est détenue à 51 % par Manuel Viron, 39 % par Gérard Duc et 10 % par une troisième actionnaire). Une audience devant la chambre du conseil du tribunal de commerce est prévue mardi 18 septembre. Le restaurant partira très probablement à la "casse". Liquidation.

Who's who lyonnais

Petit retour en arrière. En 2001, le multipropriétaire du Côte Rôtie et du Bistrot de Serine, à Ampuis, ainsi que du Cirque, rue Grôlée (qui deviendra, en 2003, la table de Nicolas Le Bec), Manuel Viron décroche la concession commerciale de la Maison Borie, dans le quartier de Gerland. Un concours avait été lancé, un an plus tôt, par la communauté urbaine (ex-Courly) pour créer un restaurant dans cette ancienne maison bourgeoise de la fin du XIXe siècle, reconvertie en bureaux. L'outsider Viron grillait ainsi la politesse à Paul Bocuse, Jean-Paul Lacombe et Daniel Abattu (Maison Gamboni).

Les travaux réalisés sur les 300 m2 de l'établissement et les 4 000 m2 de terrain, avec le décorateur Pierre Gangloff, frère du célèbre vigneron de côte-rôtie et de condrieu, dont il est grand ami, sont colossaux. Le budget atteint des sommets. L'endroit devient rapidement le rendez-vous du who's who lyonnais. L'affaire tourne.

Work in progress

Mais les gros chantiers du quartier, notamment ceux du siège social de Sanofi qui s'étalent sur dix-huit mois, auront raison de la bonne santé de la Maison Borie. Début 2005, le restaurant fait l'objet d'une procédure de redressement judiciaire. Le plan de redressement astreint les gérants à rembourser les créanciers chaque année. "Depuis 2006, la société n'a plus de bilans comptables, ni d'assemblée générale, comme la loi l'impose", explique Gérard Duc.

En juillet 2011, l'actionnaire, qui a apporté "300 000 euros" dans l'entreprise, demande au procureur de la République l'ouverture d'une instruction judiciaire "pour remettre de l'ordre dans la bonne marche de la société". En février dernier, la section économique et financière du parquet de Lyon estime que les preuves sont insuffisantes pour que l'affaire soit jugée par un tribunal.

Gérard Duc saisit alors le tribunal de commerce en référé afin de révoquer le chef-patron Manuel Viron. Les demandeurs sont déboutés, la présence du gérant étant nécessaire "pour expliquer la situation et les difficultés financières". Ce sera chose faite quelques jours plus tard, les 17 et 24 juillet derniers. Le chef de cuisine explique que ses difficultés financières ont été causées par "une créance impayée de 34.000 euros due par le Sytral".

Silencio !

Depuis, silence radio. Plus personne n'a de nouvelles. Manuel Viron a disparu des écrans radars. Le Grand Lyon, gestionnaire des lieux (propriété de Voies Navigables de France), a mis en route une "procédure d'expulsion des lieux". Le tribunal de commerce doit se prononcer mardi 18 septembre. On disait de la cuisine de Manuel Viron qu'elle était libre et indomptable, il semble que c'est aussi le cas du chef. Et un cuisinier en vue de la place lyonnaise de conclure : "C'est la grande valse des mecs qui se tirent avec la caisse". D'un point de vue strictement culinaire, La Maison Borie qui disparaît, c'est une mauvaise nouvelle pour la cuisine made in Lyon.

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Les nouveautés de la rentrée

> A Villefranche, le restaurant-brasserie Belooga de Guy Lassausaie et Hervé Raphanel

> Au Confluent, Les Salins de Christian Têtedoie & Associés

> Dans le Vieux-Lyon, Daniel & Denise Saint-Jean, de Joseph Viola

> Rue Grôlée (2e), la brasserie à viandes Le Centre, de Georges Blanc

> Rue Moncey (3e), La Table 101 d'Olivier Delbergues (ex-Le Verre et L'Assiette)

> Rue Ferrandière (2e), L'Entr'acte de Fabrice Bonnot et Cédric Le Gouill (ex-Cuisine & Dépendance I).

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