À Lyon, Montebourg veut "une refonte du politique par la culture"

Aurélie Filippetti, Arnaud Montebourg et Pierre-Alain Muet ont rencontré les acteurs culturels de la région ce jeudi à l’Espace 44 dans le 1er arrondissement de Lyon. Une rencontre qu’Arnaud Montebourg a un peu transformé en meeting de promotion de sa "6e république".

Ce jeudi en marge des Jeco, l'ancien ministre de l'Économie Arnaud Montebourg, l'ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti, les "Bonnie and Clyde de la politique", comme les a surnommé un spectateur et le député Pierre-Alain Muet ont rencontré les acteurs culturels de la région à l'Espace 44 dans le 1e arrondissement. Il faut dire qu'à l'heure des baisses de subventions de la part de toutes les collectivités territoriales, les acteurs culturels sont dans le brouillard, voire pire comme l'a signalé André Sanfratello, le boss de l'Espace 44  : "après 30 ans de vie, le théâtre va sûrement disparaître en juin prochain à cause de la baisse des subventions de la ville et de la région (45 %) et du retrait de la Drac (22 000 euros) . Ça fait 20 ans que je tiens ce théâtre en résistance pour accueillir les jeunes compagnies qui ne trouvent pas de travail dans les grosses institutions. Et si personne ne nous soutient, on va mourir". Le ton est donné.

Après les prises de parole de Pierre-Alain Muet et d'Aurélie Filippetti, Arnaud Montebourg se lève, là où les autres sont restés assis. Le ministre commence alors un discours qui ressemble fortement à celui d'un candidat en campagne. Ce qu'il est. "Je suis heureux d'avoir le soutien de Pierre-Alain Muet pour sa hauteur de vue sur ce que doit être une société. La Culture doit faire partie de la reconstruction du pays" débute-t-il. L'ancien ministre plaide alors pour une refonte totale de la politique . "La gauche a échoué à apporter un imaginaire de substitution au monde réel, entonne Arnaud Montebourg. Alors que le politique sert à défataliser le monde comme disait Bourdieu. Et le but de la culture est justement la construction d'un imaginaire commun et collectif parce que les artistes sont capables de renvoyer l'image de ce que nous sommes pour construire cet imaginaire". Lançant son vœu de créer une 6e république, ce dernier souhaite y associer la culture  : "toutes les grandes périodes de reconstruction politique ont été de grandes périodes de création artistique et la naissance de la 6e République ne peut se réaliser que par la construction d'un imaginaire collectif. Or actuellement, la 5e République est devenue celle de la dégénérescence comptable de la culture. Je défends une reconstruction de la culture pour qu'elle ne soit plus un outil de classe sociale. C'est pour cela que je veux par exemple faire entrer la culture dans les usines. Parce que dans l'art contemporain ou même dans le théâtre, je ressens une sorte d'entre soi".

"Nous avons échoué"

Selon les trois personnalités politiques, le gouvernement Hollande a abandonné le monde culturel. "Nous avons échoué", expliquent en cœur Aurélie Filipetti et Pierre-Alain Muet. Ce dernier a expliqué pourtant avoir tout fait "pour rappeler, à un président un peu autiste, que les crédits culturels sont fondamentaux pour la société et qu'ils doivent être sanctuarisés comme ça peut être le cas dans la santé. Parce que réduire le budget de la culture ne sert à rien. Ce budget c'est 2,5 milliards d'euros et le baisser de 100 millions d'euros, c'est une goûte d'eau par rapport à la dette de l'État, mais c'est un drame sur le terrain".

Les applaudissements sont nourris, mais les acteurs semblent surtout attendre des actes. Un spectateur demande alors "si les politiques nationaux peuvent empêcher les collectivités locales de baisser les subventions ?" Présente dans l'assemblée, Nathalie Perrin-Gilbert prend alors la parole pour attaquer à travers la métropole, l'une de ses cibles favorites  : Gérard Collomb. "La métropole n'est pas une chance ni pour les territoires ni pour les acteurs culturels. En 2014, Collomb et Mercier ont créé un bout de loi pour eux, pour créer un État dans l'État. Ils ont annoncé leur plan dans la presse avant de l'annoncer aux habitants et aux élus et de demander leurs avis. Cette métropole est née d'un hold-up démocratique. Ils ont créé une baronnie locale féodale. La façon dont la métropole est née dit beaucoup de la manière dont elle fonctionne. Car on a dépolitisé cette collectivité territoriale et désormais plus personne en son sein, n'a à rendre de comptes. Le prochain maire de Lyon n'aura plus de pouvoir et la métropole qui n'est pas démocratique les aura tous". La salle semble séduite. Il faut dire que la maire joue à domicile.

Côté proposition, il ressort surtout la volonté de populariser la culture en la faisant sortir du carcan des grandes institutions ou en les ouvrants aux petites compagnies. "Quand on fait le choix des institutions, on ne fait pas celui des petits théâtres et la scène découverte à Lyon est devenue une coquille vide. Il y a un déséquilibre incroyable entre le budget des institutions et des compagnies. Parce que quand l'on joue dans les petits théâtres on sait que l'on va jouer à perte", s'insurge Olivier Perriraz de l'Épicerie Culturelle. Un constat partagé par Aurélie Filippettii : "En moyenne en France, les œuvres sont jouées 7 fois. Donc si l'on prend l'exemple d'un opéra qui a coûté des centaines de milliers d'euros et qui est joué sept fois, ça veut dire qu'il ne va s'adresser qu'aux abonnés qui font partie de la bourgeoisie. Il faut donc obliger à la diffusion des œuvres." La soirée se termine les "Bonnie and Clyde", doivent partir. L’échange aura duré une heure et demie. À la sortie, personne n’est vraiment convaincu que cela fera changer les choses, mais "c’est déjà un début" conclu un spectateur.

Retrouvez dans le mensuel du mois de novembre, actuellement en kiosque, le dossier Lyon Capitale spécial politique culturelle : la grande remise à plat.
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