Larose Collomb © tim douet_0431
Collomb et Larose

Confluence : enquête ouverte sur le promoteur de Collomb

Exclusif. Le quartier de la Confluence est le symbole des deux mandats de Gérard Collomb. Aujourd’hui, ce symbole est sous la coupe d’une enquête judiciaire. La justice s’intéresse plus particulièrement au groupe Cardinal, dirigé par Jean-Christophe Larose, et à la gestion du cas Nicolas Le Bec. Également dans le viseur : des montages financiers complexes qui atterrissent dans plusieurs paradis fiscaux. Révélations.

C’est dans la plus grande discrétion que la justice travaille depuis de longs mois. Une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Lyon vise le promoteur Jean-Christophe Larose et sa société installée dans le célèbre cube orange de la Confluence, le groupe Cardinal. La justice s’intéresse à plusieurs volets distincts, mais qui interrogent quant à la transparence de plusieurs montages et opérations réalisés dans le quartier de la Confluence. Le parquet financier s’est refusé à tout commentaire au vu du contexte sensible du moment. En pleine campagne municipale, l’affaire embarrasse.

5 millions d’euros
Au commencement, c’est le départ précipité de Nicolas Le Bec qui a ouvert les premières investigations. Le célèbre cuisinier a soudainement quitté Lyon pour Shanghai en juillet 2012, laissant son restaurant La Rue Le Bec du jour au lendemain. La presse titrait à l’époque sur le mystère Le Bec et l’étrange fuite du chef étoilé. À l’époque, Nicolas Le Bec avait mis en cause directement le maire de Lyon, Gérard Collomb, dans l’échec de son bateau amiral de la Confluence avec un désastre financier de près de 5 millions d’euros.

Jean-Christophe Larose, patron du groupe Cardinal, était le propriétaire des Salins, les locaux dans lesquels Nicolas Le Bec avait installé ses cuisines, adossées au cube orange de la Confluence. Mais il n’était pas le seul, puisque l’État, à travers la Caisse des dépôts et consignations et Rhône Saône Développement (une filiale de Voies Navigables de France), était également propriétaire ; ces deux sociétés publiques partageaient le capital de la SCI propriétaire des murs aux côtés du groupe Cardinal de M. Larose.

Certains s’interrogent sur la gestion de cette affaire qui a conduit à laisser une ardoise de près de 5 millions d’euros s’accumuler. Les associés, parmi lesquels des sociétés publiques, ont donc laissé filer les finances du restaurant, véritable produit d’appel pour le quartier, avec le consentement de la Caisse d’Épargne, dont les dirigeants locaux sont des proches de M. Larose : franchise de loyers, rachat d’équipement pour un peu plus d’un million d’euros. L'enquête préliminaire sur les pertes de Nicolas le Bec concerne en premier chef le célèbre cuisiner et ses déboires mais se penche également sur le comportement de ses bailleurs.

Offshore
Les investigations autour du groupe Cardinal se sont cependant complexifiées lorsque Lyon Capitale a révélé, en juin et juillet 2013, des montages financiers complexes du groupe Cardinal, qui atterrissaient dans des paradis fiscaux : Suisse, Luxembourg, Panama. Le parquet financier s’était saisi à l’époque de nos informations pour alimenter une enquête préliminaire déjà ouverte de longue date.

Nous révélions en effet l’existence de commissions de plusieurs centaines de milliers d’euros versées en Suisse, en marge de plusieurs opérations immobilières, dont quelques-unes réalisées à la Confluence. Ces commissions ont transité par la Sepim. M. Larose nous expliquait à l’époque que les dirigeants de cette coquille offshore lui avaient “présenté des investisseurs pour conclure des opérations”. L’une d’elles concerne un immeuble de la Confluence à la place duquel M. Larose projette de bâtir une tour dessinée par Jean Nouvel.

Luxembourg, Panama...

Mais, derrière la Sepim, se cachait en réalité Jean-Christophe Larose, comme nous l’écrivions en juin 2012. À l’appui de nos affirmations, nous avons publié un document d’échange d’actions au porteur dont Jean-Christophe Larose s’était porté acquéreur. Dès lors, les commissions envoyées en Suisse seraient donc destinées à alimenter une coquille appartenant à M. Larose en personne. Ce dernier arguait que notre document était un faux.

Reste que nous mettions au jour une autre société dénommée Sepim mais cette fois-ci domiciliée au Luxembourg. Hasard... ? Sepim au Luxembourg est détenue par une autre société luxembourgeoise, la Ciresia. Le nom de Jean-Christophe Larose apparaît dans les registres d’immatriculation de Ciresia au Luxembourg. Il en est directement actionnaire.

Mais, à partir de Ciresia, se déploie une myriade d’autres sociétés offshore dont les actifs cachés s’évaporent vers le Panama et dans le paradis fiscal d’Anguilla. Le nom de ces sociétés : Goelette, Sloop, Senau, Bridge Développement I et II, Lucasnel, Boffroinne et Sepim. Ces coquilles offshore détiennent également des actifs immobiliers sur l’île de Saint-Barthélemy.

Révocation
Enfin, le tribunal de commerce de Lyon a révoqué la semaine dernière, lundi 17 février, Sylvain Larose, le frère du patron du groupe Cardinal, de la gestion des Docks 40, la célèbre boîte de nuit de la Confluence. Jean-Christophe Larose est actionnaire des Docks 40 aux côtés de Christophe Mahé, patron du groupe de radio Espace Group. La révocation d’un dirigeant de société est un fait rarissime.

En qualité d’actionnaire, M. Mahé, qui est en guerre ouverte contre Jean-Christophe Larose, s’est étonné de “la forte baisse de 10 % du chiffre d’affaires et [des] résultats juste à l’équilibre financier de 2012 [comparés aux] 416 000 euros en 2011”, selon les termes du jugement du tribunal de commerce. “Où passe l’argent ?” s’interroge une source ayant requis l’anonymat. Les Docks 40 pourraient donc mettre la clé sous la porte et l’affaire pourrait être vendue.

Des auditions extrêmement discrètes ont été récemment conduites par la brigade financière sur le fonctionnement des Docks 40 et de l’ancienne Rue Le Bec. De même, le groupe Cardinal fait l’objet d’investigations des services fiscaux de Bercy. Selon nos renseignements – non confirmés par le parquet de Lyon –, c’est la brigade de répression de la délinquance fiscale qui en est chargée.

Embarras

Promoteur de la Confluence à qui Gérard Collomb a donné la clé du quartier symbole de ses deux mandats de maire, le groupe Cardinal est associé pour chacune des opérations de la pointe de la Presqu’île de Lyon à deux opérateurs publics : la Caisse des dépôts et consignations et Voies navigables de France. Comment la puissance publique a-t-elle pu s’associer à des opérations financières qui s’évadent dans les paradis fiscaux ? C’est la question que se pose la justice. C’est cette question également qui vient embarrasser Gérard Collomb en pleine campagne municipale.

Mise à jour à 19h30

Précisions : Dans un souci de pédagogie et de grande clarté, nous précisions à nos lecteurs que nos révélations portent sur trois volets distincts. Il existe une enquête préliminaire qui porte sur le cas Nicolas le Bec. Une autre enquête préliminaire ouverte plus spécifiquement sur le groupe Cardinal et Jean-Christophe Larose dont le groupe détient des actifs cachés dans des paradis fiscaux. Et enfin, il existe un volet strictement commercial, un jugement du tribunal de commerce de Lyon daté du 17 février dernier qui a révoqué Sylvain Larose de la présidence des Docks 40, la boîte de nuit de la Confluence dont Jean-Christophe Larose, son frère, est actionnaire.

Les commentaires sont fermés

Faire défiler vers le haut