Célestins 15-16 montage
© H. Bamberger / DR / R. Arnaud / JF. Gratton / DR / D. Seiffert (montage LC)

Saison 2015-2016 : l’art de l’équilibre aux Célestins

Le théâtre des Célestins propose pour sa prochaine saison une programmation où sont savamment représentées les différentes tendances du théâtre actuel. Panorama.

Claudia Stavisky et Marc Lesage © Christian Ganet

© Christian Ganet
Claudia Stavisky et Marc Lesage.

Claudia Stavisky et Marc Lesage, les codirecteurs des Célestins, ont maîtrisé l’art difficile qui consiste à donner une place aux différentes tendances qui s’expriment dans le théâtre aujourd’hui. Pas de querelle entre anciens et modernes… puisqu’un savant équilibre a été trouvé, qui fait la part belle aussi bien aux classiques qu’aux contemporains, pour les textes comme pour l’art de la mise en scène, en France ou à l’étranger. Deux événements majeurs, qui ont déjà fait leur preuve, viendront ponctuer une saison où l’exigence ne le cède jamais à l’abondance de biens.

Le festival Sens interdits montrera lors de sa 4e édition (du 20 au 28 octobre) combien l’ouverture à de grandes équipes artistiques venues de 14 pays différents (Russie, Chili, Lituanie, Israël…) peut se révéler passionnante. Tandis que la 3e édition du festival “utoPistes” (du 2 au 11 juin), conçue comme les précédentes avec Mathurin Bolze, continuera de célébrer les noces joyeuses entre les arts circassiens, le théâtre, la danse et la musique. Au nom de petites et de grandes utopies…

Quant à La chose publique, lancé en septembre 2014, il continuera jusqu’à fin 2016. Ce projet donne aux Célestins une dimension sociale inexplorée jusque-là. Avec le dramaturge Simon Grangeat, Claudia Stavisky conduit une forme artistique impliquant une cinquantaine d’habitants de Vaulx-en-Velin. Écriture, jeu d’acteur, scénographie et vidéo sont au cœur de cette entreprise philosophique, poétique et politique.

Des classiques bien révisés…

Sami Frey dans “Premier amour” / En attendant Godot © Hélène Bamberger / Raphaël Arnaud (montage LC)

© Hélène Bamberger / Raphaël Arnaud (montage LC)
Sami Frey dans “Premier amour” / En attendant Godot.

C’est par un hommage à Samuel Beckett que s’ouvrira la nouvelle saison. La mise en scène d’En attendant Godot par le chevronné Jean-Pierre Vincent invite à “une résistance comique” qui redonne de la vigueur à cette œuvre indémodable. Tandis que Sami Frey se penchera de nouveau sur le monologue de l’écrivain irlandais Premier amour, un texte bouleversant qu’il a accepté de reprendre pour les Célestins après la défection discourtoise de Jacques Weber (qui devait venir interpréter La Dernière Bande, du même Beckett). Les spectateurs ne seront certainement pas malheureux de ce remplacement de dernière minute.

Deux monuments théâtraux sont au menu du théâtre sang et or. Tout d’abord, Le Roi Lear (du 25 au 28 novembre) dans une mise en scène d’autant plus attendue qu’elle est signée Olivier Py. Nul doute que l’actuel directeur du festival d’Avignon donnera au classique shakespearien son extraordinaire envergure, aidé en cela par une nouvelle traduction de la pièce, en vers libre, qu’il a lui-même menée… Classique plus joyeux, Les Fourberies de Scapin (du 30 mars au 9 avril) devraient attirer les foules. Au centre de la mise en scène de Marc Paquien, Denis Lavant déploiera en effet son inépuisable énergie dans le rôle du plus malin des valets.

Autre classique, mais littéraire, Marcel Proust a inspiré à Michel Tremblay un texte qui est devenu une œuvre théâtrale majeure du répertoire contemporain québécois : Albertine en cinq temps. Lorraine Pintal met en scène (du 5 au 7 novembre) cette partition qui fait revivre le personnage proustien au cours de différentes périodes de sa vie.

De même que Matthieu Cruciani s’empare d’une œuvre littéraire majeure, Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars), afin de transposer sur scène l’univers fascinant de Julien Gracq.

Enfin, signalons la version de L’Orestie (du 20 au 27 janvier) orchestrée par l’un des plus prestigieux de nos metteurs en scène internationaux actuels, Roméo Castellucci.

Des modernes engagés

Hate Radio, de Milo Rau © Daniel Seiffert

© Daniel Seiffert
Hate Radio, de Milo Rau.

La sauvagerie des temps actuels est le point de mire de nombreux dramaturges contemporains. Parmi eux, Milo Rau nous fait revivre avec Hate Radio (du 22 au 24 octobre, dans le cadre du festival “Sens interdits”) une émission de la Radio-Télévision Libre des Mille Collines, au cœur du génocide rwandais. La pièce est interprétée par des survivants du drame.

Piscine (pas d’eau) de Mark Ravenhill, auteur anglais contemporain, montrera (du 3 au 13 février) l’envers de la réussite sociale à partir de quelques éléments de la biographie de la photographe Nan Goldin, dans une ambiance où triomphe l’humour noir.

Tout comme dans Occident (du 5 au 13 avril), une comédie intime et acerbe de Rémi de Vos sur un couple passé de l’amour à la haine, de la complicité à la guerre domestique.

La Seconde Femme, de Grezgorz Jaryna © DR

© DR
La Seconde Femme, de Grezgorz Jaryna.

Cette dureté sans concession, on la retrouvera dans le spectacle de Grezgorz Jaryna La Seconde Femme (du 20 au 22 mai). Figure majeure de la scène polonaise, Jaryna signe là une adaptation théâtrale du chef-d’œuvre de John Cassavetes Opening Night.

Et le monde des affaires dévoilé

C’est la force visionnaire de la pièce d’Octave Mirbeau Les affaires sont les affaires qui a donné envie à Claudia Stavisky de la monter la saison prochaine (du 1er au 26 mars et du 3 au 7 mai). Immense succès en 1903 lors des premières représentations à la Comédie-Française, l’œuvre fait le portrait d’un entrepreneur vorace et sans scrupules, parvenu à la tête d’un empire industriel, commercial et médiatique. Mais l’appât du gain, le goût effréné du pouvoir, les ruses dont il fait preuve ne sont-ils pas aussi l’apanage des affairistes actuels ?

On pourra peut-être trouver une réponse à cette question dans le spectacle de Carole Thibaut Monkey Money (du 15 au 25 mars), fable futuriste sur le capitalisme dévorant.

Pour toutes les informations pratiques sur le théâtre des Célestins, cliquez ici.

Les autres panoramas de saison :

TNP

théâtre de la Croix-Rousse

Maison de la danse

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Théâtre. Alors que la plupart des théâtres n’auront pas encore rouvert leurs portes, Les Célestins accueilleront en septembre un Othello qui devrait lancer la saison de la plus belle des manières. Elle et Lui, la nouvelle création du jeune Etienne Gaudillère sera aussi au programme ainsi que le Laboureur de Bohême, de retour au TNP de Villeurbanne.
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