Sébastien Arcos, maire de Charbonnières-les-Bains et laurent Gaudens, président de l'association Burns and smiles"
Sébastien Arcos, maire de Charbonnières-les-Bains et laurent Gaudens, président de l’association Burns and smiles »

"Les grands brûlés, c'est vraiment une cause nationale qui est complètement invisible "(Burns and Smiles)

Laurent Gaudens, président de l'association Burns and Smiles qui accompagne les Brûlés, et Sébastien Arcos, maire de Charbonnières-les-Bains, sont les invités de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Rire de la différence pour mieux la faire accepter, c’est le pari du festival "Ma différence t'emmerde !" qui pose ses valises à Charbonnières le 2 novembre - la première édition, hors Paris. Au programme : des tables rondes sur l’emploi des personnes handicapées et un stand-up avec des humoristes, le soir, parrainé par Pascal Légitimus, ex-Les Inconnus.

À l’origine du projet, Laurent Gaudens (cousin de Pascal légitimus) entrepreneur et conférencier, brûlé sur 60% du corps à l’âge de 4 ans par un retour de flammes d'un barbecue Il préside l’association Burns and Smiles, créée il y a un peu plus de dix ans pour accompagner les grands brûlés, améliorer leur parcours de soins et sensibiliser le grand public.

Selon lui, les grands brûlés restent largement invisibles. Sur les 400 000 personnes brûlées chaque année en France, la plupart de celles qui portent des cicatrices visibles évitent de se montrer. "C’est vraiment une cause nationale qui est complètement invisible".

Le titre provocateur du stand-up est assumé. "C’est d’utiliser l’humour pour faire passer des messages qui sont parfois graves", explique Laurent Gaudens. Apparence, origines, âge, genre, orientation sexuelle, handicap ou maladie, le spectacle aborde toutes ces différences, sources de discriminations sur lesquelles on a peu de prise.

"L’inclusion réelle, cela veut tout simplement dire donner accès, permettre aux gens
de vivre leur vie, comme s’ils étaient parfaitement valides."
Sébastien Arcos, maire de Charbonnières-les-Bains

Le matin du 2 novembre, des tables rondes porteront sur l’employabilité. Un sujet que connaît bien le maire, Sébastien Arcos, lui-même père d’une fille porteuse de trisomie 21, qui a créé une formation en alternance destinée aux jeunes porteurs de trisomie 21 ou de troubles du spectre autistique. Seuls 0,5% des personnes en situation de handicap mental travaillent aujourd'hui en milieu ordinaire. Pour l’élu, le principal frein reste la méconnaissance.

La municipalité, élue sur un programme de "transition inclusive", a déjà engagé des changements : six places sécurisées pour les personnes à mobilité réduite dans la salle de spectacle, et au cinéma une boucle magnétique, l’audiodescription et un son amplifié. Mais Sébastien Arcos veut aller plus loin : "l’inclusion réelle, cela veut tout simplement dire donner accès, permettre aux gens de vivre leur vie comme s’ils étaient parfaitement valides."

1973 : Laurent, âgé de 4 ans, est victime du retour de flammes d’un barbecue et est brûlé sur plus de 60% de son corps.
De 1973 à 1998 : pendant 25 ans, Laurent subit 150 anesthésies générales et 80 interventions chirurgicales mais réussit à mener à bien ses projets de vie, soutenue par un entourage aimant. Un bel exemple de résilience. Vous pouvez contacter Laurent sur son compte Instagram.
2015 : sa chirurgienne, Françoise Firmin, lui demande de témoigner pour aider des patients brûlés à retrouver l’envie de vivre. Au contact des brûlés, de leurs difficultés, Laurent réalise l’ampleur du combat à mener pour eux.
Juin 2015 : il crée l’association Burns and Smiles qui accompagne les Brûlés vers la résilience.


La retranscription intégrale de l'entretien avec Sébastien Arcos et Laurent Gaudens

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Aujourd'hui, deux invités : Sébastien Arcos, maire de Charbonnières, bonjour, et Laurent Gaudens, président du festival « Ma différence t'emmerde », bonjour. Le 2 novembre, la ville de Charbonnières accueille à la fois un stand-up humoristique et des tables rondes. Le sujet, c'est le handicap, et notamment les grands brûlés. Première question à vous, Sébastien Arcos. Comment avez-vous convaincu Pascal Légitimus, qui est le parrain de l'association Burns and Smiles, qui organise ce spectacle, de venir à Charbonnières ?

Je crois que ce qui l'a convaincu avant tout, c'est de voir la volonté de la commune, de la municipalité nouvellement élue, sur ces sujets de transition inclusive. Nous avons fait une partie de notre campagne électorale sur la place, la juste place donnée à tout le monde, et la visibilité que nous devions offrir à chacune et à chacun. J'ai rencontré Laurent Gaudin au départ, et le courant est tout de suite passé sur ces sujets, puisque nous partageons un certain nombre de valeurs. Ensuite, Laurent s'est chargé de convaincre Pascal, et cela n'a pas été très compliqué.

Laurent Gaudens, justement, première question : vous êtes grand brûlé, quel est votre parcours ?

Je suis entrepreneur et conférencier, et j'ai la particularité d'avoir été brûlé à l'âge de 4 ans par un barbecue et de l'alcool à brûler, sur 60 % du corps. C'est ce qui guide tous mes projets.

L'association Burns and Smiles, quand est-elle née ?

Elle est née il y a un peu plus de 10 ans. Elle vient en aide aux personnes qui sont brûlées. Il y a trois engagements : accompagner les brûlés, améliorer le parcours de soins, donc intervenir à l'hôpital pour améliorer les conditions d'hospitalisation des patients brûlés, et sensibiliser le grand public. C'est dans ce cadre qu'il y a le spectacle.

Il y a ce spectacle à Charbonnières. Qu'est-ce que la société ne voit pas de la vie d'un grand brûlé ?

Elle ne voit pas le grand brûlé lui-même, parce qu'il y a 400 000 personnes qui se brûlent chaque année et que la plupart, en tout cas celles qui sont brûlées sur les parties visibles du corps, ne se montrent pas. Elles font tout pour ne pas montrer leurs cicatrices. C'est donc vraiment une cause nationale qui est complètement invisible.

On reviendra vers vous, Sébastien Arcos, je ne vous oublie pas. Le titre du stand-up, c'est « Ma différence t'emmerde ». C'est un peu provocateur. Aujourd'hui, l'idée, c'est de rire de tout ?

Oui, c'est d'utiliser l'humour pour faire passer des messages qui sont parfois graves. On est sur cette question de la différence : l'apparence, les origines, l'âge, le genre, l'orientation sexuelle, le handicap et la maladie. Ce sont des sources de discrimination sur lesquelles on a peu de pouvoir. Moi, je suis noir, je ne peux pas changer ça. J'ai plus de 50 ans, je suis brûlé, j'ai des cicatrices. Et donc, quand on est discriminé sur ces aspects-là, c'est très difficile au quotidien.

L'idée du stand-up « Ma différence t'emmerde », c'est justement d'arriver, par l'humour, à parler de tout cela. Sébastien Arcos, le matin du 2 novembre, il va y avoir des tables rondes qui porteront sur l'employabilité. Vous avez créé chez ECLIA la première formation en alternance pour les jeunes handicapés. Qu'est-ce qui bloque encore aujourd'hui au niveau des entreprises ?

Je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup de choses qui bloquent. Il faut simplement faire découvrir et être innovant. Chez ECLIA, ce que nous avons mis en place, c'était pour des jeunes porteurs de trisomie 21 ou de troubles du spectre autistique. La population handicapée mentale ne travaille en milieu ordinaire qu'à hauteur de 0,5%. Autant dire que la marge de progression est importante et que nous pouvons augmenter assez facilement cette proportion. Cela a été pour nous un enjeu.

Il s'avère que je suis concerné par le handicap puisque j'ai une fille qui est porteuse de trisomie 21. Mon épouse et moi avons donc toujours eu la volonté d'aller au-delà. Et les entreprises, nous les avons trouvées, je ne vais pas dire facilement, mais en tout cas, beaucoup d'entreprises se sont engagées spontanément.

Peut-être que ce qui bloque, c'est avant tout la méconnaissance. D'où le festival. L'objectif, c'est de parler du handicap, de parler des différences. 20 % de la population est ou sera en situation de handicap.

Il y a donc aussi cette volonté de briser les tabous, de casser un peu les codes. On parlait justement de politique d'inclusion. Vous voulez inscrire l'inclusion au cœur de la politique culturelle de la commune de Charbonnières. Au-delà de cette soirée de gala et de ces tables rondes, qu'est-ce que cela a concrètement changé à Charbonnières ?

Déjà, nous venons de libérer de l'espace pour que des personnes en situation de handicap, donc à mobilité réduite, puissent s'installer confortablement et voir les spectacles. Ce n'est pas grand-chose, mais c'est déjà une première chose : avoir rendu accessibles et sécurisées six places pour des personnes à mobilité réduite.

Ensuite, nous sommes en train de travailler avec le cinéma. Nous avons mis en place une boucle pour les personnes qui entendent mal, ainsi que l'audiodescription pour celles qui voient mal, ou encore un son amplifié pour celles qui entendent mal.

Il y a donc déjà des choses que nous mettons en place dans le quotidien des Charbonnoises et des Charbonnois. Mais l'accessibilité, ce n'est pas tout, bien évidemment. Quand on parle de handicap pour une commune, bien souvent, on va s'arrêter au plan incliné et à la largeur des portes. C'est bien, mais l'inclusion réelle, cela veut tout simplement dire donner accès, permettre aux gens de vivre leur vie comme s'ils étaient parfaitement valides.

Nous allons terminer sur cette note très positive, qui dit beaucoup de ce qui se passera les 2 et 3 novembre à Charbonnières, avec l'association Burns and Smiles, pour le festival « Ma différence t'emmerde ». Et pour plus d'informations sur l'actualité, www.lyoncapitale.fr. Merci, messieurs, d'être venus sur le plateau de 6 minutes chrono.

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