Alphonse Mucha, Byzantine Heads – Blonde 1897, Lithographie, 59,5 cm © Portu Gallery Investments – s.r.o., Prague

Les femmes sensuelles d’Alphonse Mucha

L’exposition Alphonse Mucha nous plonge dans la modernité d’une œuvre née au cœur de l’effervescence de la Belle Époque.

L’exposition consacrée à l’artiste tchèque Alphonse Mucha (1860-1939), figure majeure de l’Art nouveau, a pris ses quartiers début septembre au Grand Hôtel-Dieu, inaugurant un nouveau lieu artistique à la place du magasin Habitat.

Constituée de plus de quatre-vingt-dix œuvres originales (affiches, dessins, peintures), l’exposition est réalisée sous le commissariat de l’historienne de l’art Giulia Silvia Ghia qui propose une nouvelle lecture de son œuvre en prenant comme fil conducteur la figure féminine, transformée loin des clichés en une présence lumineuse qui révèle la naissance de la modernité d’une époque mais aussi ses nouveaux codes de communication visuelle et ses nouvelles formes d’art (revues illustrées, couvertures de journaux, graphisme éditorial, photographie, cinéma, expositions et spectacles).

L’exposition est ainsi constituée de six thématiques : le théâtre, la publicité, la photographie, les arts décoratifs, le symbolisme et l’identité nationale car l’artiste, fervent patriote, se consacra après sa faste période d’affichiste à ses racines et à l’histoire du peuple slave, la femme devenant l’image de la mémoire collective, de la liberté et de la renaissance.

Alphonse Mucha, Lefèvre-Utile – Sarah Bernhardt, 1903. Lithography, 69,5x50,5 cm - Portu Gallery Investments / s.r.o., Prague

La rencontre décisive avec Sarah Bernhardt

Mucha a travaillé de nombreuses années à Paris entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, il est devenu célèbre grâce à sa rencontre en 1894 avec l’actrice Sarah Bernhardt après avoir créé en une semaine l’affiche de son spectacle Gismonda au théâtre de la Renaissance. C’est la période de la Belle Époque (1890-1914), la France est alors en pleine croissance économique portée par la révolution industrielle durant laquelle se créent d’importants mouvements artistiques (néo-impressionnisme, nabisme…) avec l’émergence de l’Art nouveau, son exploration des courbes et des motifs floraux qui permet aux artistes de se libérer du carcan académique et de multiplier leurs supports (peinture, gravure, céramique, mobilier…).

Alphonse Mucha, F. Champenois / Rêverie, 1897. Lithographie, 66,3x51 cm - Portu Gallery Investments / s.r.o., Prague

À travers un langage visuel inédit, il façonne une nouvelle image de la femme, sensuelle au corps sinueux, les cheveux flamboyants et ondulants, magnifiée par des jeux de tissus et de drapés, qui exprime le désir et le plaisir (la consommation de biscuits, d’alcool, de parfums), qui symbolise la danse, la musique et la nature avec notamment la série des “femmes fleurs” autour des quatre saisons. On retrouve dans certaines œuvres un côté byzantin et slave avec des références dans les costumes, également l’élément graphique qu’il affectionne : le halo circulaire, orné d’une répétition de motifs décoratifs. La partie dédiée à la photographie est intéressante car elle démontre que le processus de construction de ses images n’est pas le reflet d’une vision idéalisée de la femme mais le résultat d’observations, à travers la photo, des gestes, des mouvements des corps et des vêtements de ses modèles qu’il transforme par le dessin en un répertoire visuel sur lequel il s’appuie pour inventer des figures nouvelles. Plus complexes qu’il n’y paraît, les œuvres sont belles et valent le détour (attention toutefois à l’annonce d’une exposition immersive qui n’en est pas une).

L’idée centrale qui s’en dégage est, pour nous, celle du mouvement. Celui des corps, des drapés, de la nature, des décors et de l’effervescence artistique d’une époque. On apprécie en fin de parcours la vidéo illustrant la danseuse américaine Loïe Fuller (1862-1928), pionnière de la danse moderne et proche de la nature qui dansait en faisant tournoyer dans l’espace des voiles amples et fluides. À l’instar de Mucha pour son art, elle participa à la libération des carcans de la danse académique pour revendiquer sa liberté de femme et d’artiste.

Alphonse Mucha - La figure féminine, langage visuel de l’Art nouveau – Jusqu’au 24 janvier 2027au Grand Hôtel-Dieu – alphonsemuchaexpo.com

Exposition conçue par Arthemisia (Rome)

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