Gautier Chapuis, adjoint au climat et aux patrimoines municipaux de la Ville de Lyon
Gautier Chapuis, adjoint au climat et aux patrimoines municipaux de la Ville de Lyon

Chalet du Parc : "on rouvre un lieu symbolique" se félicite Gautier Chapuis

Gautier Chapuis, adjoint au climat et aux patrimoines municipaux, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

"C'est que du bonheur à bien des titres" confie Gauthier Chapuis, adjoint au climat et aux patrimoines municipaux de la Ville de Lyon, à propos de la réouverture du chalet du parc de la Tête d'Or.

Fermé pendant treize longues années, ce lieu emblématique de l'un des plus grands parcs urbains d'Europe, au petit air de lodge canadien ou de chalet suisse au bord du lac de Champex, a rouvert ses portes le 18 septembre dernier. Mais le bonheur affiché par l'élu a un coût et surtout un montage : ce n'est ni la Ville ni la Métropole qui portent le projet mais un consortium privé, la Fondation GoodPlanet de Yann Arthus-Bertrand, le fonds de dotation Domorrow (créé par la famille Rousset et le
family office Evolem) et Youse (promoteur immobilier lyonnais) pour 7 millions d'euros d'investissement.

Interrogé sur ce choix; Gauthier Chapuis ne s'en cache pas : "cela veut dire que la Ville ne peut pas tout faire". L'aveu est tranquille presque désarmant et dit bien l'époque : le patrimoine public se rénove désormais à coups de capitaux privés et de baux emphytéotiques de 50 ans. Sur le plan écologique, en revanche, le dossier ne souffre guère la critique : matériaux réemployés marbre et lustres récupérés panneaux solaires quasi-autonomie en eau. De quoi faire du chalet, selon les mots de l'élu lui-même, un lieu "à l'avant-garde".

Reste la question qui fâche celle des tarifs. Le restaurant porté par la Fabuleuse Cantine affiche des burgers à 22 euros et des plats du jour autour de 25 euros, difficile d'y voir un lieu pensé pour les 7 millions de visiteurs annuels du parc dont une bonne partie ne mettra jamais les pieds à table.


La Ville promet des activités gratuites, trois résidences d'artistes et deux grandes expositions par an :
"une programmation mêlant ateliers, expositions, jeux et temps de rencontre autour du vivant et des nouveaux imaginaires". De quoi désamorcer (?), le procès en gentrification qui guette ce genre de lieu "engagé" entre coworking chic et vue imprenable facturée au menu.


La retranscription intégrale de l'entretien avec Gautier Chapuis

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous des 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd'hui Gauthier Chapuis. Gauthier Chapuis, vous êtes adjoint au climat et aux patrimoines municipaux. Le chalet du parc de la Tête d'Or, qui a été fermé pendant 13 ans, a rouvert ses portes le 18 septembre, porté par un partenariat avec la Fondation GoodPlanet de Yann Arthus-Bertrand, le fonds de dotation Domorrow et Youse, pour 7 millions d'euros d'investissement. Treize ans d'attente, une réouverture saluée par tout le monde. Qu'est-ce que cela représente pour vous de voir ce lieu retrouver vie et être accessible, surtout aux Lyonnais ?

C'est que du bonheur, à bien des titres. Déjà, vous l'avez dit, on est au cœur du parc de la Tête d'Or. Ce chalet, tout le monde le connaît et le voyait malheureusement fermé. C'est donc du bonheur, déjà, de rouvrir du patrimoine municipal, et puis c'est du bonheur de voir ce qui va s'y passer, à la fois concernant la réhabilitation du bâtiment et ce qui va s'y passer à l'intérieur. On rouvre un lieu symbolique qui va, j'espère, en tout cas d'après les premiers jours et les retours que l'on a, plaire aux Lyonnais et aux Lyonnaises.

Ce qui va s'y passer : il va y avoir des expositions "engagées", je reprends le terme de la municipalité. Il y aura beaucoup d'artistes aussi, c'est ça ?

Oui, c'est ça. En fait, cela s'y prête. On est au cœur d'un des plus grands parcs urbains, qui a souffert, on l'a vu, du changement climatique, avec les arbres, les tempêtes et les canicules. C'est donc un lieu qui va porter ces messages-là, sur le fait que l'on est dans un environnement qui est fragile. Et donc, oui, il va y avoir des expositions engagées. Il y en a une qui s'appelle « Objectif Forêt », qui s'ouvre avec le chalet du parc. Il y a également, effectivement, vous l'avez dit, des résidences d'artistes qui vont pouvoir s'opérer dans ce lieu. Puis il y a également un lieu davantage consacré à la réception, au partage entre amis, puisqu'il y a un restaurant qui est porté par la Fabulous…

Oui, par la Fabuleuse Cantine. Alors, ce restaurant, je regardais un peu les prix. Je n'y suis pas encore allé. Et c'est vrai qu'en regardant les prix, cela paraît quand même assez élevé. Il y a des burgers, il y a des plats du jour. Les plats du jour sont autour de 25 euros, les burgers à 22 euros. Est-ce que vous n'avez pas peur que les prix soient un peu tirés vers le haut et qu'il y ait seulement une partie de la population qui puisse venir ?

Vous avez raison : le parc de la Tête d'Or est aussi un lieu très populaire. Il y a 7 millions de visiteurs et de visiteuses par an. Cela fait finalement partie des monuments les plus visités à Lyon. Il faut donc pouvoir répondre à chacun et à chacune. Il y a ces prix qui sont effectivement ceux des plats du jour ou des brunchs. Vous avez également des prix qui sont beaucoup plus acceptables sur le temps du goûter, par exemple, ou des petits snacks que vous pouvez prendre, qui sont beaucoup plus accessibles, ou juste une boisson. L'idée, c'est vraiment que tout le monde puisse s'y retrouver et s'y poser. Vous avez même des formules pour les personnes qui souhaitent travailler à la journée, avec un peu de coworking. Et là, on est quand même dans un espace de coworking plutôt sympa, face au lac du parc. Il y a donc cette volonté de rendre le lieu accessible à chacun et chacune en termes de tarifs. Et puis, comme je le disais, il y a aussi des activités qui sont gratuites : les expositions en ce moment de Yann Arthus-Bertrand tout au long du parc, mais également dans le chalet, et « Aventure Forêt », qui est, pour le coup, gratuite pour les petits, mais aussi pour les grands.

Et justement, on l'a vu, c'est un partenariat privé. C'est une association, Chalet du Parc, avec notamment la Fondation GoodPlanet et le fonds Domorrow. Est-ce que le fait que ce soit une association privée qui porte le projet plutôt que la Ville est un aveu que la Ville ne pouvait pas le faire toute seule, ou pas ?

Cela veut dire que la Ville ne peut pas tout faire, effectivement, et qu'elle a besoin de son territoire, de ses acteurs et de ses actrices privés sur le territoire. Et c'est heureux, finalement, d'arriver à avoir comme cela des partenariats qui se fixent sur des objectifs, des caps, qui, là, sont les mêmes. À la fois sur la réhabilitation du bâtiment, qui est un succès assez incroyable, où on a réutilisé les matériaux, où on est même allé récupérer le marbre pour faire le sol, où on a récupéré également toute la structure du parc pour qu'on puisse l'équiper de panneaux solaires, pour que le bâtiment soit positif. On récupère pratiquement 100 % de l'eau. Donc, à la fois sur la coquille…

C'est à l'avant-garde, le chalet, à l'avant-garde sur le plan écologique ?

Oui, tout à fait, à la fois sur la coquille et sur le contenu. Et finalement, que ce soient des acteurs et des actrices privés qui le portent, c'est heureux. Cela veut dire que la commune, avec d'autres sur le territoire et c'est tout l'enjeu de transformer notre territoire —, le fait ensemble. Et ce chalet-là symbolise cela.

Et c'est une question que peuvent se poser les Lyonnais : il y a eu effectivement un bail qui a été signé. Finalement, ce chalet, il appartient à qui ? Il appartient au Crédit Agricole, à Evolem, aux Lyonnais ?

Il appartient, j'allais dire, avant tout aux Lyonnais et aux Lyonnaises. C'est un patrimoine qui appartient à la Ville de Lyon, sur lequel on a un bail emphytéotique de 50 ans qui a été porté par ce consortium, cette association Chalet du Parc, qui va l'opérer. Et je préfère que ce soit ainsi, qu'il soit ouvert, qu'il soit disponible pour les 7 millions de visiteurs et visiteuses, plutôt qu'il soit fermé comme ces 13 dernières années. C'est sûr.

Et qu'est-ce qui empêche, justement, avec ce bail dont on vient de parler, que, dans plusieurs années, ce lieu change complètement de vocation, sans que la Ville ait son mot à dire ?

Il y a un cadre dans ce bail, à la fois, comme je vous le disais, sur la structure du bâtiment. On a mis les curseurs le plus haut possible et ce consortium a répondu à un appel d'offres. C'est donc vraiment dans ce cadre-là qu'on se situe sur la réhabilitation du bâtiment, mais également sur ce qui s'y passe. Et bien sûr, il y a un partenariat qui s'est noué dans l'appel à projets, mais qui va se poursuivre puisque, en fait, on est dans le parc de la Tête d'Or et les équipes doivent s'entendre. Nos destins, finalement, sont liés. Et cela se passera très bien, j'en suis certain, parce qu'il y a cette volonté d'exigence dans le lieu dans lequel on est, sur les enjeux environnementaux et de justice sociale qui sont au cœur du projet, à la fois des partenaires privés et de la Ville de Lyon.

Merci Gauthier Chapuis d'être venu nous expliquer ce nouveau chalet du parc. Et pour retrouver toute l'actualité lyonnaise, évidemment, c'est www.lyoncapitale.fr. À très bientôt, au revoir.

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