Franck Morize, président des Entrepreneurs du Rhône (ex-CPME) est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Fini la CPME, place aux Entrepreneurs du Rhône. Un simple changement de nom ? Pas seulement, répond son président Franck Morize. Une "opération de communication", certes, mais qui traduit une volonté de représenter "un état d'esprit plutôt qu'une taille d'entreprise" ».
Car pour lui, les chefs d'entreprise ne sont plus une catégorie économique comme une autre : ce sont, dit-il, ceux qui "continuent à risquer, y compris sur leurs deniers, à embaucher, à investir, à innover". Dans un contexte marqué par la hausse des défaillances et les incertitudes budgétaires nationales, l'organisation patronale rhodanienne refuse de se contenter de commenter. Elle veut "faire avec et pour" ses adhérents, notamment via le déploiement d'agents d'intelligence artificielle directement dans les TPE et PME, un "bras droit" numérique pour aider les dirigeants à gérer relances clients et recouvrement.
Mais le morceau le plus offensif vise les candidats à la présidentielle de 2027. Le message est sans détour : "vous vous trompez sur le diagnostic". Pour Franck Morize, la France se trompe de combat depuis des décennies en opposant pouvoir d'achat et fiscalité, alors que le vrai enjeu serait ailleurs : la production. "La croissance ne se décrète pas, elle se libère", martèle-t-il, plaidant pour la fin d'un système qu'il juge absurde : taxer d'un côté pour subventionner de l'autre via une "administration pléthorique".
Un plaidoyer vibrant, quasi théâtral, pour une catégorie d'entrepreneurs qu'il compare à des résistants du quotidien, refusant, selon ses mots, de jamais "renoncer".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Franck Morize
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de « 6 minutes chrono ». Nous accueillons aujourd'hui Franck Maurice. Bonjour.
Bonjour Guillaume.
Franck Morize, président des Entrepreneurs du Rhône. On a un changement de sémantique : on passe de la CPME aux Entrepreneurs du Rhône. Jeudi 10 septembre, vous avez dévoilé une nouvelle étape de cet engagement. Finalement, qu'est-ce que cela change pour les patrons de PME du territoire ? Est-ce qu'il y a plus de moyens, de nouveaux services ? Une autre façon de travailler, peut-être, avec eux ?
Pour dire la vérité, il s'agit d'abord d'une opération de communication, mais la communication est importante. Néanmoins, cela ne change rien, si vous voulez, à nos ambitions en la matière. Mais je pense qu'il était plus important aujourd'hui de représenter et d'incarner un état d'esprit plutôt qu'une taille d'entreprise, à travers une sorte d'acronyme qui pourrait ne pas être forcément compris.
Un état d'esprit qui nous est cher. L'état d'esprit qui, étymologiquement, « entreprendre », cela veut dire « prendre en main ». Ce sont pour nous les derniers qui sont dans le faire et non pas dans le commentaire. Ceux qui font pendant que d'autres commentent. Les derniers, les seuls peut-être, qui continuent, dans ce contexte un petit peu anxiogène, comme on a l'habitude de dire, à risquer, y compris sur leurs deniers, à embaucher, à investir, à innover et peut-être même, j'ai envie de dire, à vivre.
Voilà, ils sont la solution, ces entrepreneurs, à tous nos maux. Ils sont devenus, et c'est peut-être la nouveauté à mes yeux, d'intérêt général, qui ne peut plus être un monopole d'État. Et c'est pourquoi il nous fallait embrasser, pour eux et avec eux, cette nouvelle ambition.
On parlait du contexte, on parlera des commentateurs, pour reprendre votre formule. La rentrée est marquée par ce fait nouveau : une hausse des défaillances d'entreprises. Il y a quand même des incertitudes, toujours budgétaires, au niveau national. Dans quelle mesure ce double contexte va-t-il finalement peser sur les priorités que vous avez annoncées ?
On va essayer d'être cohérents avec ce que je viens de vous dire. On va éviter, nous, Entrepreneurs du Rhône, de continuer à commenter. On va faire, on va faire avec et pour.
Je vous donne un exemple. Il y a une mutation qui pourrait peut-être être une opportunité en matière de compétitivité pour nos TPE et nos PME, qui pourraient souffrir d'une fracture numérique entre les grands groupes, d'une part, et les petites entreprises, d'autre part. C'est la digestion, l'appropriation de l'intelligence artificielle.
Plutôt qu'à travers notre campus, qui délivre et dispense quand même pas moins de 80 matinées de formation, les sensibiliser aux opportunités, à l'intérêt de l'intelligence artificielle, on va faire pour eux et avec eux. On est en train de mettre en place aujourd'hui des agents, des agents artificiels, dans les processus qu'on intègre, dans les processus de nos adhérents.
Un exemple : aujourd'hui, on intègre chez eux un agent qui va être le bras droit du dirigeant de TPE, qui pourrait lui rappeler tous les matins ses priorités en termes de recouvrement, de gestion du poste client, de relance par mail. Voilà, on va faire. On ne va peut-être pas se taire, mais on va faire plus que jamais.
Et alors, justement, on parlait des décisionnaires. On est à un an de l'élection présidentielle de 2027. Quel message auriez-vous envie d'adresser aux candidats, justement, de la part des Entrepreneurs du Rhône ? Et, globalement, comment prend-on en compte ces petites entreprises ?
Un seul message, un seul. Sans sombrer dans les propositions, les jeux de bonneteau qui viseraient à taxer moins les uns pour taxer, imposer plus les autres. Un seul : vous vous trompez. Vous vous trompez, me semble-t-il, humblement, sur le diagnostic que vous faites depuis des dizaines d'années.
Nous n'avons pas, quitte à heurter les uns ou les autres, nous n'avons pas, en France, de problème de pouvoir d'achat. Nous n'avons pas, messieurs, mesdames, de problème de consommation. Nous avons un seul problème : nous avons un problème de production. Nous n'avons pas de problème de partage de la valeur, comme j'entends dire. Nous avons un problème de création de valeur.
Alors l'urgence, mesdames et messieurs, l'urgence n'est plus de taxer, de considérer les entreprises comme une sorte d'assiette fiscale. L'urgence, c'est de produire. Et pour ce faire, l'urgence, c'est de libérer les entreprises. Et pas n'importe lesquelles : ces entreprises, ces PME, qui incarnent cette économie de proximité, cette économie décarbonée, cette économie qui n'a pas sombré dans la mondialisation ou la financiarisation.
Bref, la croissance, mesdames et messieurs, elle ne se décrète pas, elle se libère. Il faut qu'on sorte enfin de ces a priori. Regardez, cette France, elle est devenue dingue, elle est devenue folle. Nous n'attendons de vous aucune aide, aucune subvention.
Imaginez deux secondes, aujourd'hui, la France devenue folle, qui vous taxe d'un côté d'impôts, de cotisations, pour vous les rendre en subventions ou en aides à travers une administration pléthorique. Mais est-ce qu'on peut juste faire reset, repartir à zéro, de l'essentiel de cette vérité qui n'est pas une opinion ? Nous n'avons pas de problème de pouvoir d'achat, nous avons un problème de production. Il est urgent, urgent de se remettre au travail et de continuer à investir et de croire dans l'avenir.
Et un petit dernier mot, quand même, vraiment un petit dernier mot, sur l'état d'esprit des entrepreneurs du Rhône aujourd'hui.
Écoutez, je suis allé voir, moi, les magnifiques épisodes des films sur le général de Gaulle. Ils m'émeuvent, moi, ces entrepreneurs. Ce sont les derniers, je vous le dis, peut-être par défaut, parce qu'ils n'ont pas le choix, qui ne renonceront jamais, qui ne renonceront jamais.
Je pense que sans eux, rien de différent ne pourra se faire. Nous ne construirons pas l'avenir sur la dette, sur la norme ou, encore moins, sur la peur. Il faut compter sur eux, peut-être parce qu'ils n'ont pas le choix, mais eux seuls feront de nous et avec nous des lendemains différents.
Merci Franck Morize d'être venu sur le plateau de « 6 minutes chrono ». On a bien entendu votre message. On vous réinvitera. On espère que les différents candidats à l'élection présidentielle et nos exécutifs locaux l'entendront aussi. Merci à vous et je vous donne rendez-vous pour un prochain épisode de « 6 minutes chrono ». À bientôt, au revoir.

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