Hoka One One, le Petit Poucet du trail et les baskets de sept lieues

Véritables ovnis dans le monde de la chaussure de trail-running, les modèles oversize de la marque ancilévienne Hoka One One connaissent la plus forte croissance du secteur au monde.

Ponceuse à bande, pots de colle, générateur d’air chaud version sèche-cheveux, scie à ruban, petite presse, blocs de résine EVA, prototypes tous azimuts plus ou moins difformes… Sur les hauteurs d’Annecy, le cœur du savoir-faire d’Hoka One One (prononcez o-nay o-nay) tient plus de l’atelier de bricolage que du labo de R&D ultramoderne. “C’est du système D et c’est volontaire !” coupe aussitôt Thibaut Poupard, l’un des trois ingénieurs du bureau des “études avancées” d’Annecy-le-Vieux. C’est dans cette petite remise que sont pensées, prototypées et testées les chaussures Hoka. La marque savoyarde à sonorité maorie est née du fantasme de deux anciens de Salomon, Jean-Luc Diard et Nicolas Mermoud – le premier était alors président, le deuxième chargé du ski de slalom aux États-Unis –, rejoints par un diplômé de l’Insa Lyon, Christophe Aubonnet. Les trois fans de trail (Tor des Géants, UTMB…) se sont retrouvés une nuit sur le sommet de l’Etna, après trente-six heures d’un raid aventure en Sicile. “On était au sommet du volcan, on a voulu finir sur la plage au lever du soleil, se souvient Nicolas Mermoud. On a couru comme des avions de chasse sur la pouzzolane [roche volcanique légère et poreuse, NdlR]. Le terrain avait juste ce qu’il faut de grip et de douceur pour qu’on se laisse aller. On a eu une sensation de fluidité extraordinaire. C’était un moment magique. On a voulu retrouver cette sensation dans des chaussures.”

Coussin d’air

L’idée d’une rupture technologique s’impose rapidement. Le trio imagine une chaussure avec une semelle XXL. À cette époque, l’oversize existe dans d’autres sports : le VTT et ses énormes pneus, le tennis avec la raquette F200 de Mats Wilander, les skis paraboliques, etc. “On cherchait aussi de l’hovercraft, pour être comme sur un coussin d’air, dans les descentes de trail.” Les premiers protos et leurs semelles ultra-épaisses, façon platform shoes, arrivent en mars 2009. Une première présentation publique a lieu la même année, à l’occasion de l’UTMB. “C’était un ovni à Chamonix ! On avait un miniparc de test sur place et quelques coureurs nous ont pris une paire pour boucler l’UTMB. Ils sont revenus super contents.” La première paire d’Hoka One One sort en magasin en mai 2010. L’identité de la chaussure Hoka One One, ouvertement freeride, s’inspire de la culture maorie, en Nouvelle-Zélande, à Hawaï, où l’outdoor est une religion. Hoka One One signifie d’ailleurs “voler dans la montagne”. “Tout part du déroulé, le rocker : c’est la bascule pour faire en sorte que la transition arrière-avant se fasse plus rapidement et le plus doucement possible, enseignent Thibaut Poupard et Vincent Bouillard. Ensuite, il y a l’oversize, qui apporte plus de protection, plus de suspensions et qui amortit plus les chocs. Et enfin, le siège baquet : le pied n’est pas sur la semelle mais dans la semelle, creusée. Le pied est englobé et ça permet de gérer la stabilité.” “Si on se sent en sécurité, on se relâche, poursuit Nicolas Mermoud. C’est à ce moment qu’on se dit qu’on “vole”, c’est le relâchement, une espèce d’osmose entre le cerveau et le muscle.” Nous les avons essayées : c’est vrai que c’est bluffant.

Le potentiel d’un Nike ou d’un Reebok

Le bouche-à-oreille, c’est comme ça qu’Hoka a fait parler d’elle. Il faut dire qu’avec leur look tapageur et leurs semelles XXL disruptives, ces chaussures ne passent pas inaperçues. Au tout début, alors qu’on est en pleine vague minimaliste, la Boulder Running Company, véritable référence du trail-running aux États-Unis, en achète 750 paires. Quinze jours plus tard, elle en recommande 750. Pari gagné. Si le taux de notoriété de la marque ne dépasse pas les 2 %, sa croissance est en revanche fulgurante : d’un million de dollars en 2011, le chiffre d’affaires annuel atteint les 100 millions six ans plus tard. Pourquoi en dollars ? Parce que la marque appartient aujourd’hui au géant américain Deckers Outdoor, qui fabrique notamment la fameuse botte fourrée en peau de mouton Ugg, must-have du début des années 2000. Selon les derniers chiffres rendus publics par le groupe (coté à la bourse de New York), les ventes d’Hoka One One ont grimpé de 65,7 % au dernier trimestre. Pour le fondateur de Deckers, Jim Van Dine (un ancien coureur pro qui a fait passer Reebok d’une petite marque britannique d’élite à une puissance mondiale), Hoka a le potentiel pour devenir leader dans le secteur de la chaussure de running.

Hoka vole sur les sommets

Le 2 septembre 2017, en début d’après-midi, l’Américain Tim Tollefson arrivait à Chamonix sous les acclamations d’une foule compacte. Il venait de boucler les 167 kilomètres et 9 500 mètres de dénivelé positif de l’UTMB, le Graal des ultratrails, en 19 heures et 53 minutes. Prenant ainsi la 3e place, derrière François d’Haene et Kílian Jornet (les deux chez Salomon). Onze minutes plus tard, son compatriote Jim Walmsley franchissait à son tour la ligne d’arrivée. Deux athlètes Hoka One One dans le top 5 de l’UTMB le plus relevé de l’histoire : c’est une consécration pour la marque, en plus de renforcer sa visibilité1 . Les deux ultratrailers américains repartiront à la quête d’un titre sur l’UTMB le 30 août prochain. Hoka volera peut-être, encore une fois, dans la montagne.

Un an plus tôt, le Savoyard Ludovic Pommeret et la Franco-Suisse Caroline Chaverot, tous les deux athlètes de l’équipe Hoka One One, étaient montés sur la première marche du podium de l’UTMB.

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