Vincent Collet, le discret

Une image qui ne cadre pourtant pas vraiment avec la personnalité d'un fou de basket, passionné comme au premier jour, à la fois affable et philanthrope. (Article paru dans le numéro de juillet-août de Lyon Capitale)

13 juin 2009 à l'Astroballe. Villeurbanne vient de battre Nancy lors du match d'appui de la demi-finale du championnat de France. Mené de dix points à quelques minutes de la fin puis revenu de l'enfer grâce à ses grognards Aymeric Jeanneau et Laurent Foirest, l'ASVEL est miraculé. Au bout de la tension, Vincent Collet, entraîneur bien mis de la Green Team, lève les bras au ciel avant de s'écrouler à terre pour embrasser le parquet de l'Astroballe à la manière d'un Jean-Paul II tombé de la passerelle. Un geste papal qui sera largement commenté. C'est que de la part de cet homme-là, une telle manifestation de joie étonne. De réputation, Vincent Collet, technicien hors pair du basket hexagonal récemment désigné sauveur de l'équipe de France, est un homme droit, compétent, mais discret, trop discret, que d'aucuns qualifient même d'austère. On est alors d'autant plus surpris que ce soit un interlocuteur chaleureux, et même carrément affable, qui réfute devant nous, et en short, cette suspicion d'austérité : "C'est vrai que je suis discret, je ne suis pas du genre à me mettre en avant. Mais je ne suis pas du tout austère, tous mes amis vous le diront, je suis très communicatif. J'aime le vin et quand on aime le vin, on aime le partage. Etant jeune j'étais même carrément extraverti, ça m'a souvent joué des tours sur le terrain car j'étais trop émotif. C'est quelque chose sur lequel j'ai progressé". Dont acte.
Sainte-Adresse
Ce qui frappe également, lorsqu'on rencontre Vincent Collet en face-à-face pour la première fois, et qui découle probablement du malentendu précité, c'est sa taille. Costume un peu large et coupe de cheveux en brosse, à la télévision ou depuis la tribune, l'éternellement juvénile entraîneur de l'ASVEL a l'air d'un gamin plutôt frêle au milieu des géants de la balle au panier. Sa réputation de discrétion le précédant, c'est un fait : on a tendance à voir Vincent Collet plus petit qu'il ne l'est en réalité. Car à 45 ans, Collet n'a plus grand-chose d'un gamin, hormis l'enthousiasme, il taquine largement les 1,90m et ne correspond pas à proprement parler à l'idée qu'on se fait d'un gringalet. Pour autant, l'ancien joueur du Mans (1981-85 ; 1990-94) et de l'ASVEL (1986-90) admet ne plus répondre aux canons physiques du basketteur d'aujourd'hui, surenchère de muscles et de qualités bondissantes : "L'avantage d'être entraîneur, c'est que mon manque de qualités athlétiques n'est plus un problème, sourit-il. Car aujourd'hui, avec l'évolution du jeu et des gabarits, je n'aurais eu aucune chance d'être professionnel". Il faut dire que quand Vincent débute au plus haut niveau, au début des années 80, le physique importe moins : "Je n'avais pas beaucoup de qualités physiques mais comme j'adorais ce sport, j'ai compensé en m'entraînant plus que les autres, ce qui était un plaisir. Et puis j'étais adroit, dans ce sport ça peut aider". La fameuse "Sainte-Adresse" du basketteur.

C'est d'ailleurs là que naît Vincent Collet : à Sainte-Adresse (Seine Maritime), preuve qu'il a sans doute quelque chose à faire dans ce sport. Quand, en plus, la famille entière met la main au panier, ça ne fait plus guère de doute : "A l'époque mon père était dirigeant bénévole d'un club dans la banlieue du Havre qui marchait très bien. Il l'est d'ailleurs toujours". A 82 ans. Le virus de la balle orange est un atavisme. Qui pousse les parents Collet à laisser leur fils s'envoler à 18 ans pour Le Mans, l'un des meilleurs clubs de France, qui l'a repéré : "Je venais juste d'avoir le bac. C'est une chance que mes parents m'aient laissé poursuivre dans cette voie alors que je n'étais pas mauvais à l'école et que j'allais intégrer une école de commerce".

De leader incontesté de sa petite équipe junior, puis de celle du Mans, avec lesquelles il remporte deux Coupes de France, Vincent rétrograde, une fois atteint le haut niveau, au rang de joueur d'équipe, fondu dans le décor. Ça ne l'empêche pas de faire carrière, 18 ans durant. Et c'est sur le terrain même, à l'ombre des stars, et sûrement aussi un peu sur le banc, que ce shooteur nourri au collectif contracte alors le virus du coaching. Eût-il été une star qu'il en aurait peut-être été autrement. Car, dans bien des sports, les grands entraîneurs sont souvent d'anciens équipiers modèles, des Aimé Jacquet, des besogneux, rarement d'anciennes stars. Pour Vincent Collet c'est une évidence : "Être coach, c'est beaucoup de travail. Souvent les grands joueurs jouent naturellement justes, sans effort. Ils peuvent parfois ne pas comprendre que d'autres n'y arrivent pas. Quand on a été un petit joueur, comme je l'ai été, on sait que si on veut y arriver, il faut travailler sans cesse".

Rain Man
C'est oublier que Vincent Collet trimballe aussi une sorte de don étrange, de facilité façon Rain Man des parquets : il n'oublie rien de la vérité statistique qui décortique ce sport, emmagasine dans son "disque dur" le moindre fait de jeu pour mieux en juger les implications dix minutes ou deux matches plus tard. Un journaliste basket, Pascal Legendre, contait un jour cette anecdote à propos du jeune Collet, alors junior : à la fin d'un match de Coupe de France, où le Normand a particulièrement brillé, il s'approche de Vincent et lui glisse, impressionné, qu'il a pris pas moins de 30 tirs. "Non, pas 30, 29" répond Vincent. Et le joueur de lui énumérer en guise de preuve, et dans l'ordre, chacune de ses actions. Vincent Collet analyse : "J'ai toujours eu une bonne mémoire, particulièrement en ce qui concerne le basket. A la fin d'un match je suis capable de dire "à tel moment il s'est passé ça". Ça m'aide à analyser les choses, ça m'a énormément servi". Et aussi desservi sur le plan de l'image, contribuant sans doute à bâtir cette réputation de tacticien froid, de stakhanoviste désincarné le nez collé à son tableau noir.

Pourtant, s'il y a une chose que Vincent Collet aime et recherche dans son métier, une chose qui l'a guidé tout au long de sa carrière ce sont les valeurs de partage. De la balle comme de la vie, parce qu'au fond pour lui c'est un peu pareil. Ce facteur humain qui, plus encore, que la chose basket, ce qui n'est pas peu dire chez lui, semble l'animer d'une flamme inextinguible. Un exemple : accomplissant l'essentiel de sa carrière au Mans et à l'ASVEL, il refait à dessein, en tant qu'entraîneur le même parcours, n'y voyant aucun caprice du destin. "C'est mon côté fidèle. Mon parcours a été dicté par des valeurs qui proviennent des clubs pour lesquels j'ai joué, Le Mans et l'ASVEL. Ici je suis en terrain connu, c'est un club de tradition. Beaucoup des personnes que j'ai croisées il y a 20 ans en tant que joueur sont toujours là. Au-delà de l'ambition affichée cette année par l'ASVEL ce sont des choses qui comptent".

Attaché aux personnes, il confie régulièrement qu'il n'a jamais connu jusqu'à cette année un groupe aussi riche humainement que celui qu'il a mené au titre : "Ce n'était peut-être pas la meilleure équipe que j'ai dirigée sur le plan sportif mais c'est celle dans laquelle j'ai senti le plus d'osmose dans l'apprentissage. La relation affective avec les joueurs est indispensable. Ces ressources là sont autant si ce n'est plus déterminantes dans la victoire que l'aspect basket". Voilà ce qui le pousse une fois englouties les quatre heures d'entraînement quotidien avec les pros, et les préparations des séances, à se coltiner les jeunes pousses. A les façonner, en face-à-face.
Egoïste
Après deux titres de champion de France, à l'aube de sa troisième saison d'Euroligue, l'entraîneur rompu aux exigences du haut niveau met toujours un point d'honneur à exercer son rôle d'éducateur, menant cet entretien au bord du terrain de l'Astroballe, un œil sur l'entraînement des Espoirs du club : "Il n'y a rien de plus concret que d'aider un être humain à grandir. En ce moment, je m'occupe beaucoup de Bangaly Fofana (NDLR : grande tige de 2,12m qui a déjà beaucoup grandi et considérée comme l'un des principaux espoirs de l'ASVEL)". Et s'excusant étrangement de tant d'altruisme : "C'est peut-être un peu égoïste mais j'aime ça." N'y aurait-il pas plutôt, chez l'aveuglé de basket, davantage d'égoïsme à consacrer son temps à cette discipline, à ses valeurs et à ses jeunes, aux dépens de la vie de famille, quand, après cette saison chargée, se présente un été entier à passer au chevet de l'équipe de France ? Là encore, c'est mal connaître la Collet Family : avant d'accepter le poste d'entraîneur de l'équipe de France, qui a rendu son père si fier, Vincent a réuni le conseil de famille.

Sa femme, ses fils âgés de 19 ans et sa fille de 6 ans. "C'est ma femme qui m'a donné le feu vert, sans son accord j'aurais refusé le poste. J'ai de la chance, c'est une passionnée." C'est elle, sa "première supportrice", que Vincent Collet est allé embrasser en premier le soir de la victoire à Bercy. Ce soir là, il n'a pas embrassé le parquet et certains l'ont jugé une fois de plus impassible dans la victoire. "Ce n'est pas juste de dire ça, se défend l'entraîneur, j'étais très ému. Mais je sais aussi l'importance de laisser ces moments aux joueurs. D'une manière générale, même si je ne les exprime pas suffisamment j'ai beaucoup d'émotions. Ce sont des moments que je vis intensément. Maintenant c'est vrai qu'en demi, contre Nancy, je ne sais vraiment pas ce qui m'a pris d'embrasser le parquet."

Photo : Olivier Chassignole

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