Peut-on résister au dieu foot ?

Derrière le projet d’un grand stade, sur lequel s’affrontent dans ces colonnes pour la première fois Jean-Michel Aulas et Étienne Tête, c’est un “débat de civilisation” qui est posé : la ville de Lyon doit-elle investir dans le foot pour en faire l’une de ses principales “locomotives” ? Et adopter en même temps les valeurs associées à ce sport…

Vous l’adorez ? Ou alors le seul son de sa voix vous insupporte ? Il faudra vous y faire. C’est désormais le visage de toute une ville, connu dans toute l’Europe, voire plus loin : Jean-Michel Aulas. En dehors de Lyon, on dit beaucoup que l’homme est à l’image de sa ville. Ici, on se demande si ce n’est pas un peu l’inverse. Lyon, la ville qui gagne, sans être sympathique. Était-elle perçue ainsi avant Aulas ? Le parallèle avec l’OL lui colle désormais aux basques. Et devient presque une marque de fabrique. Jusqu’à la caricature lors de sa candidature pour “Lyon 2013” : au contraire de Toulouse ou Marseille, notre dossier pourtant présenté comme “le meilleur” n’a pas suscité la moindre sympathie auprès du jury. Résultat, la fière lyonnaise a été éliminée à l’unanimité dès le premier tour.

Avant Aulas, pour les non-lyonnais, Lyon était identifiée à Barre. Intellectuel, notable de province, farouchement indépendant, mais finalement assez réac, très libre mais d’apparence coincée… En 2001 est intervenue une double révolution. La gauche est arrivée à la mairie et l’OL a gagné le premier titre d’une longue série (une coupe de la ligue). Gérard Collomb a imposé sa marque, une ville à vélo’v sur les berges. Et Jean-Michel Aulas son joug sur le football français. Il serait malvenu de s’en plaindre. Mais cela n’a rien de neutre. Lyon n’était pas une ville sportive. Ou plutôt, comme le rappelle l’historien Pascal Charroin, depuis le radical Édouard Herriot Lyon privilégiait la pratique et l’éducation sportive, méprisant le haut niveau. Après la soierie, le cinéma, les vaccins, l’automobile, la chimie, la gastronomie, Jean-Michel Aulas vient d’ajouter à la ville un secteur d’excellence. Par son goût des médias, son sens de la provocation, mais aussi par ses succès, son talent, sa pérennité, il est devenu le principal ambassadeur de Lyon. Nul doute qu’il est aujourd’hui plus connu de par le monde que Paul Bocuse, Charles Mérieux ou Gérard Collomb.

La ville est désormais entraînée derrière l’OL. Faut-il s’en réjouir ? Et se hâter “d’accrocher les wagons à cette locomotive”, comme le souhaiterait Denis Trouxe. “On a raté le coche du cinéma avec les Frères Lumière, il ne faut pas rater celui du foot” estime l’ancien adjoint à la culture de Raymond Barre, qui projette une exposition d’art contemporain à l’OL. C’est finalement la question posée à travers le débat sur le Grand Stade.

Jean-Michel Aulas demande 180 millions d’euros aux contribuables pour réaliser son projet. Il argue - et Collomb avec lui - que les succès de son club rejaillissent sur toute la ville. Beaucoup d’industriels confirment. Ce sera le principal investissement réalisé sous ce mandat, comme l’a été la salle 3000 sous le mandat précédent. Après le tourisme d’affaires, faut-il investir dans l’économie du foot ? “Je préférerais qu’on rénove les hôpitaux” répond Étienne Tête, élu Vert et bête noire de l’OL qui pour la première fois affronte Jean-Michel Aulas dans un débat, forcément à couteaux tirés.

C’est presque un débat de “civilisation”, pour reprendre une expression passée de mode. Civilisation, car le foot est un univers à part entière. Avec ses inconditionnels, plus ou moins excités. Un de nos journalistes s’est d’ailleurs glissé parmi les “ultras” qui ne refusent pas la violence et les forces de l’ordre chargées de les canaliser. Un monde qui cultive ses valeurs : l’excellence, le dépassement de soi, le talent, le collectif, mais aussi le fric, le machisme, le star système avec son lot d’illusions perdues dans les centres de formation et tabou parmi les tabous : le dopage. Malgré ses travers, le foot fait aujourd’hui l’objet d’un consensus national. Depuis 1998, et la victoire symbole d’une France Black-Blanc-Beur, même l’intelligentsia ou les femmes se sont converties. Difficile de trouver encore des voix dissonantes. Lyon a suivi le même mouvement. Ancien “repère de beaufs”, Gerland est devenu le lieu où l’on se montre. C’est tout sauf un hasard : Lyon a commencé son ascension au moment où le foot a définitivement cessé d’être un simple sport, pour devenir une industrie, une “entreprise de spectacles”, selon l’expression consacrée par les rapports Seguin et Besson.

Alors, Lyon doit-elle arrimer ses wagons à la locomotive OL ? Avec tous les avantages, mais aussi peut-être les inconvénients, que cela représente ? Lyon Capitale vous propose ce dossier pour vous aider à y répondre.

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