Vénissieux : Saliha Mertani, la révoltée des Minguettes

Saliha Mertani arpente encore une fois les allées qu'elle connaît si bien, une semaine avant le premier tour. La candidate de l'alliance MoDem-Verts, tout sourire, aborde les chalands. Une fois sur deux, elle tombe sur une connaissance. C'est son quartier. Deux de ses frères tiennent l'un des bars du centre commercial voisin et sa mère habite juste derrière. Elle vit dans le quartier depuis l'âge de six ans. Mais s'il n'y avait pas eu la rocambolesque histoire de l'invalidation puis de la validation de la liste UMP, on n'aurait jamais entendu parler d'elle au-delà du plateau de Vénissieux. Ce coup de booster mis à sa campagne lui permet de sérieusement envisager de concurrencer l'indéboulonnable André Gerin.

Cette femme de 45 ans a en effet quelques atouts dans son jeu. Clairement positionnée sur la gauche du mouvement, elle a réussi à rallier largement dans une ville qui a voté à 60 % pour Ségolène Royal à la présidentielle. On compte sur sa liste des militants associatifs regroupés au sein de "Citoyens engagés" et les Verts, qui ont passé la mandature dans l'opposition à Gerin. Geneviève Soudan, conseillère régionale Verte et numéro 3 sur la liste, n'est pas gênée de partir avec le MoDem. Bien au contraire : "Saliha Mertani a un énorme charisme. Elle est capable d'entraîner beaucoup de monde. Partir ensemble, c'est avoir l'espoir de mettre un terme au déni permanent de démocratie qui a cours au conseil municipal".

Eternelle révoltée, Saliha Mertani a claqué la porte du PS à la suite d'une brouille avec le maire de Feyzin, Yves Blein, qui lui avait retiré sa délégation d'adjointe à l'emploi. Après avoir soutenu José Bové aux présidentielles, elle rejoint le MoDem. Dans les deux cas elle est admirative de "combats sans compromission" : "José Bové est allé en prison pour ses idées. Et François Bayrou a maintenu le cap, même quand une partie de ses troupes s'est détournée de lui". Sa révolte, elle la puise surtout dans sa trajectoire personnelle. "Quand je cherchais du travail, on me disait de ne pas mettre mon prénom, pour essayer de faire d'origine italienne". Cette fille d'un ouvrier algérien est la seule de ses huit frères et sœurs à avoir fait des études. Diplômée de sciences de l'éducation, elle travaille depuis 20 ans dans le secteur associatif. D'abord à l'emploi puis comme directrice d'une structure de prévention de la délinquance à Saint-Fons. "Malgré leur diplômes, j'ai vu défiler des jeunes qui ne trouvent pas de travail parce qu'ils habitent dans tel ou tel quartier ou qu'ils portent tels noms. (...). Aujourd'hui, l'Etat nous oublie et le maire, André Gerin, n'écoute pas les habitants tout en achetant la paix sociale par le contrôle du monde associatif".

Les tracts sous le bras, elle continue inlassablement à interpeller les Vénissians. Infatigable. "Si je le fais, ce n'est pas pour moi, mais pour mes enfants de 14 et 15 ans, conclut-elle. Ils ont droit au respect".

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