Rama Yade : "Je ne collais plus avec la ligne du gouvernement"

Remerciée du gouvernement, l'ex-secrétaire des Sports regrette qu'on ait "l'impression que c'est Marine Le Pen qui fait le débat". En pleine crise libyenne, elle revient sur ses propos sur le colonel Kadhafi.

Exclue du gouvernement à l'occasion du dernier remaniement, Rama Yade fait de nouveau entendre sa petite voix. Sur le gouvernement et l'UMP qui se positionnent "uniquement en référence à ce que dit ou fait le FN". Sur les "gardiens de la realpolitik" française en Libye et en Tunisie. La nouvelle ambassadrice à l'Unesco et radicale auprès de Jean-Louis Borloo était ce mardi à Rue89 pour répondre aux questions des riverains.

« C'est Marine Le Pen qui fait le débat »

Rama Yade dit qu'elle n'a "même pas cherché à comprendre" son éviction du gouvernement lors du dernier remaniement ; elle se l'explique parfaitement : "J'ai bien vu que la ligne politique générale, je ne collais pas trop, manifestement. […] Ce n'était pas une question de gouvernement, c'était une question de ligne politique."

Depuis son nouveau poste d'ambassadeur à l'Unesco, elle pense que cette ligne a changé, que "les choses ont évolué". Et dit ne plus s'y reconnaître : "Sarkozy, en 2007, ce n'était pas ce qu'il avait fait. C'est lui qui préemptait le débat, c'est lui qui imposait le débat. Et les autres étaient obligés de suivre. Là, on a l'impression que c'est Marine Le Pen qui fait le débat. Elle parle des prières de rue, on fait un débat sur l'islam. […] On est une majorité qui marche sur ses deux jambes, nous ne pouvons nous positionner uniquement en référence à ce que dit ou fait le Front national."

"Kadhafi n'a pas tenu parole, j'ai perdu mes illusions"

En revanche, les polémiques qui ont jalonné ses trois années passées au gouvernement ne semblent pas l'avoir gênée. Elle "assume" le débat sur l'identité nationale ; refuse de s'exprimer sur le cas Brice Hortefeux, condamné deux fois en première instance dont une pour "injure raciale" ; n'était "pas contre" le principe d'un ministère de l'Identité nationale…

L'idée de démissionner ne lui aurait même pas traversé l'esprit : "Il n'y avait aucune raison que je démissionne. Quand j'ai eu à dire des choses, je les ai dites." Idem quand elle s'est fait rappeler à l'ordre pour ses propos sur le colonel Kadhafi en décembre 2007 : "Il y avait des combats à mener. A quoi ça sert de déserter en rase campagne ?"

Celle qui était alors secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme aurait préféré "être félicitée que réprimandée" et que le gouvernement français tout entier suive son revirement, elle qui avait serré la main du même colonel Kadhafi quatre mois plus tôt à Tripoli : "Nous étions dans l'espoir, sur la libération des infirmières bulgares… Avant notre visite, il avait ajouté en plus que le terrorisme était l'arme des faibles. […] Il n'a pas tenu parole. […] Après, j'ai perdu mes illusions."

"Des messages dissuasifs des gardiens de la realpolitik"

Rama Yade revient plus longuement sur son rendez-vous manqué en avril 2008 avec l'Association tunisienne des femmes démocrates : "Il y a eu des messages très dissuasifs […] d'un peu partout, des gardiens de la realpolitik et du régime." Comprendre : de l'Elysée et du clan Ben Ali. Mais donc pas de démission, au nom des réalités politiques qu'elle prétend pourtant dénoncer. Elle continue aujourd'hui sa route au sein du Parti radical de Jean-Louis Borloo, sans souhaiter franchement rompre les liens avec l'UMP. Ne pas compter sur elle pour critiquer Michèle Alliot-Marie ou le débat sur l'islam souhaité par Nicolas Sarkozy. Rama Yade est jeune et n'entend pas plus que d'autres insulter l'avenir.

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