Pour le 2e tour, tout est possible !

Au bout d'une campagne qui a en réalité duré 5 ans, le résultat n'a jamais semblé aussi incertain. Lyon Capitale fait éventail des possibilités de second tour, avec l'aide du politologue Paul Bacot.

Bayrou a prospéré sur la faiblesse du projet socialiste

On va enfin savoir si 2002 n'était qu'un accident... ou le signe que la gauche française doit se réformer en profondeur, si elle veut revenir au pouvoir. Pendant toute cette campagne, Bayrou a en effet prospéré sur la faiblesse du projet socialiste. La moitié de son électorat viendrait de la gauche, au nom d'un "vote utile anti-sarko", d'une ambition européenne plus affirmée ou tout simplement d'une allergie à "l'ordre juste" de Ségolène Royal...

Selon les sondages, un deuxième tour Sarkozy - Bayrou serait plié en faveur du centriste. Même les sarkozystes, comme Lionel Lassagne, reconnaissent que ce scénario serait "le plus difficile". Mais il ne faut pas sous-estimer le talent politique de Sarkozy. Bayrou devra non seulement se montrer au niveau lors de l'immanquable débat télévisé, mais aussi rassembler toute la gauche... En 1969, le deuxième tour avait déjà confronté un gaulliste, Pompidou, et un centriste, Poher. Le PC avait fustigé un duel "bonnet blanc et blanc bonnet" et Pompidou l'avait largement emporté.

Sarkozy est le mieux placé pour gagner

"C'est normalement ce qui devrait se produire, car il n'y a pas d'effondrement de Ségolène Royal" estime le politologue Paul Bacot. Le scénario annoncé depuis un an par les sondages semble avoir repris du poil de la bête ces derniers jours. Mais on serait presque surpris si, pour une fois, les sondeurs avaient raison. D'autant, comme le souligne Bacot, que "les sondages sont de moins en moins fiables, car les gens sont plus indécis, refusent plus fréquemment de répondre et que les jeunes n'ont souvent plus de téléphone fixe... Ce sont des difficultés que les sondeurs essayent de taire publiquement et de traiter secrètement..."

Quoi qu'il en soit, dans ce scénario classique, Sarkozy est le mieux placé pour l'emporter. "Il a une base solide et un réservoir de voix infiniment plus important, avec le FN, Villiers et surtout Bayrou" analyse Lionel Lassagne (UMP). Au PS, on n'est pas loin de partager la même analyse... à un gros détail près : Bayrou. "Sauf si les Verts surprennent tout le monde, Royal n'aura pas un gros réservoir à gauche. Tout dépend donc de Bayrou. S'il fait 10 % au premier tour, c'est plié. Ça ne vaut même pas la peine de s'allier avec lui, Royal fera 46 %... S'il fait 18 %, on peut gagner" décrypte un cadre du PS.

Ce scénario semble improbable

C'est le scénario catastrophe pour la gauche ! Le PS s'en sert d'ailleurs allègrement pour appeler au "vote utile". Des "hoax" (canulars) circulent même sur internet, assurant que selon des sondages "secrets", Le Pen arrivera en tête au premier tour... Ce scénario semble pourtant improbable. Même Christiane Demontès, "patronne" locale du PS, reconnaît : "Ce sera l'un ou l'autre, car ils se battent pour les mêmes électeurs. Comme Royal et Bayrou."

Si cela arrive malgré tout, Le Pen peut-il l'emporter ? Il fera sans doute beaucoup mieux qu'en 2002 face à Chirac, mais sa victoire reste très improbable. Paul Bacot n'y croit d'ailleurs pas : "En 2002, ceux qui ont travaillé sur la question ont accumulé pas mal d'indices montrant qu'il a tout fait pour ne pas être élu. Il avait durci le ton entre les deux tours, au lieu d'élargir... Il ne peut pas exercer le pouvoir, car une grande partie de son électorat est en réalité contre son programme."

Une progression Le Pen est possible

C'est le scénario rêvé pour Le Pen : après avoir éliminé la gauche en 2002, il ferait exploser la droite en 2007... Et pourrait sans doute compter sur un certain report des voix de droite. L'élimination du candidat UMP paraît cependant impossible : Sarkozy est objectivement le meilleur candidat de premier tour, celui qui a le mieux rassemblé son camps et qui s'appuie sur le parti comptant le plus d'adhérents. Dans les sondages, il reste d'ailleurs très loin devant Le Pen. Malgré tout, cette hypothèse existe, car on sait que le vote FN est systématiquement sous-estimé. Une progression de Le Pen par rapport à 2002 n'est pas à exclure, s'il bénéficie d'un "effet Dieudonné", un vote "black-blanc-beur" motivé par l'antisémitisme. Sur le terrain, Le Pen semble d'ailleurs bien au-delà des 14 ou 15 % pronostiqués par les sondeurs, comme le constate le socialiste Romain Blachier : "Je n'ai jamais vu les gens du FN se balader aussi tranquillement sur les marchés. On voit plus de gens les saluer amicalement que les conspuer."

François Bayrou serait extrêmement difficile à battre

"C'est ou l'un ou l'autre, je ne vois pas trop comment les deux pourraient se qualifier" tranche Bacot. Ce scénario paraît en effet très improbable, mais pas totalement impossible, car la droite est plus divisée qu'il n'y paraît. Les sondages sous-estiment sans doute Philippe de Villiers, qui a su relancer une campagne mal engagée, et Frédéric Nihous, qui incarne le problème négligé de la ruralité. Si tous les deux créent la surprise et que Bayrou ne s'effondre pas, Sarkozy pourrait mordre la poussière. Dans un tel cas, François Bayrou serait extrêmement difficile à battre, à condition qu'il accepte une alliance à droite.

Royal a fait une meilleure campagne que Jospin en 2002

C'est le scénario qui renverrait à leurs chères études tout ce que la France compte en sondeurs et en politologues... Et pourtant, il suffirait que la "dispersion" de 2002 se reproduise. Avec quatre candidats d'extrême-gauche et une Verte, la présence de Royal au second tour n'est pas du tout assurée. A droite, une forte poussée de Le Pen, accompagnée d'une dispersion de l'électorat Sarkozy chez de Villiers, Nihous et Bayrou pourrait être fatale au candidat UMP. Mais la personnalité des candidats PS et UMP rend leur double élimination très improbable : Sarkozy semble encore plus combatif que Chirac, et Royal a malgré tout fait une bien meilleure campagne que Jospin en 2002.

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