Emmanuel Macron Gerland tribune
© Tim Douet

Macron, le candidat mosaïque

Avec un art certain de la synthèse, Emmanuel Macron a développé pendant plus d’une heure à Lyon sa vision pour la France. À défaut d’un programme classique et précis. Elle est résolument optimiste et frappée du sceau du bon sens qui a permis, historiquement, à la France de surmonter les clivages gauche/droite. Sur son programme, le meeting de Lyon n’a en revanche pas apporté d’éclaircissements. Retour sur le discours du phénomène Macron.

Etre un candidat ni à gauche ni à droite offre bien des privilèges. À commencer par celui de pouvoir puiser un peu partout dans l'histoire de France pour développer sa version personnelle du récit national. À Lyon, Emmanuel Macron a ainsi revisité la politique française par le prisme des avancées permises lors des moments où la gauche et la droite ont accepté de s'unir. Cet héritage d'union nationale sacrée, c'est le chemin qu'il trace.

Les plus tatillons remarqueront que le candidat qui se revendique du camp progressiste oublie quelques sujets majeurs qui ont vu le jour dans un contexte de clivage fort entre la droite et la gauche : l'abolition de la peine de mort ou encore le mariage pour tous, adopté alors qu'il était secrétaire général adjoint de l'Elysée.

Les grandes figures invoquées par Emmanuel Macron ont jalonné son discours et peuvent contenter à droite comme à gauche : Giscard d'Estaing, le général de Gaulle, Zola, Péguy, Simone Veil, Chirac, Mitterrand, Rocard, Seguin.

L’art de la synthèse

Deux présidents récents n'ont pas eu droit à son hommage : Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui en avait pourtant fait son protégé. Durant les presque deux heures de discours, pas une fois le nom de l'actuel locataire de l'Elysée n'a été prononcé. C'est pourtant à l'exercice préféré de François Hollande que s'est livré Emmanuel Macron. Mais, quand le président de la République avait choisi le PS comme terrain de jeu pour ses synthèses, son ancien ministre veut lui synthétiser à plus grande échelle. Il veut réconcilier la France.

"Je ne vous dis pas que la gauche et la droite, cela ne signifie plus rien, que cela n'existe plus ou que c'est la même chose. Mais ces clivages dans les moments historiques sont-ils indépassables ? Pour s'émouvoir au grand discours sur l'Europe de François Mitterrand fallait-il être de gauche ? Pour éprouver de la fierté lors du discours de Jacques Chirac au Vel d'Hiv fallait-il être de droite ? Or, aujourd’hui, gauche et droite sont divisées en leur sein, sur des questions fondamentales : la croissance, le travail, les inégalités, la laïcité , le rôle de l'Etat ou l'Europe", énumère Emmanuel Macron.

Les militants d'En Marche, qui viennent de tous les horizons politiques et d'aucuns, adhèrent au raisonnement et ponctuent de "Macron président" chaque référence historique. C'est donc le chemin du bon sens et du pragmatisme qu'il promet d'emprunter. Mais l'exercice a ses limites. Derrière les références et postures incantatoires, les propositions font défaut. La boussole du candidat Macron n'a pas de repères. Elle indique bien un chemin, mais il est bien difficile de savoir vraiment où il mène.

“Ne sifflez pas”

Emmanuel Macron est en tout cas résolument optimiste. Face aux déclinologues français qui cernent les partis traditionnels de gauche comme de droite, il veut incarner l'espoir. Là aussi, il parvient, sans difficultés ni démonstration programmatique, à enfiler avec dextérité le costume. Quand ses militants se mettent à siffler après une dénonciation d'une classe politique qui a freiné l'émergence d'En Marche, il les invite à la bienveillance : "Ne sifflez pas, jamais. On ne se rassemble pas sur des sifflets."

Au futur désirable scandé par Benoît Hamon durant la campagne de primaire PS, Emmanuel Macron oppose son optimisme : "Je n’accepte pas le discours de ceux qui ne voudraient pas voir la modernité, et proposeraient des réformes faites pour une économie et une société d’hier. Ni le discours de celles et ceux qui ne veulent voir qu’un risque, qu’une menace dans ce qui advient. Il faudrait taxer les robots, dont nous manquons en France, il faudrait expliquer que ce qui advient est forcément mauvais. Il y aura de mauvaises nouvelles, il faudra que des emplois disparaissent, comme les chandeliers et les carrossiers ont disparu, mes amis. Nous protégerons les individus, mais nous devons être une terre de liberté pour l’innovation, pour la création, parce que c’est notre ADN, c’est ce qui nous tient, et c’est ce que nous ferons."

Durant le meeting, Emmanuel Macron a aussi évoqué les trois axes majeurs de sa campagne. Ils sont connus de tous les Français et inscrits au fronton des 36 000 mairies de France : liberté, égalité, fraternité. Dans sa République, Emmanuel Macron veut par exemple une charte des droits et des devoirs. Ce qu'il a notamment illustré en développant sa vision de la laïcité : "C’est un bouclier. Ce n’est une menace pour personne, c’est une liberté pour tous, et une exigence pour chacun."

Quelques mesures en attendant le programme

Critiqué pour ne pas avoir encore présenté de programme détaillé, Emmanuel Macron n'aura pas fait taire ses détracteurs à Lyon. Il a égrené quelques idées déjà glissées en meeting ou devant la presse. Les propositions qu'il a répétées à Lyon suivent son fil conducteur, des sympathisants de chaque camp politique peuvent y trouver un refrain familier : simplification du Code du travail, suppression du RSI, allégement des charges patronales jusqu’à 2,5 Smic, allégement de charges de 10 points au niveau du Smic, recrutement de 10 000 policiers et gendarmes, réduction de moitié du nombre d'élèves par classe en CP et CE1 dans les zones d'éducation prioritaire, où les professeurs seront mieux payés.

Mais c'est sûrement son idée la moins travaillée qui a fait mouche : "Je veux, ce soir, lancer un appel solennel à tous les chercheurs, à tous les universitaires, à toutes les entreprises qui, aux Etats-Unis, se battent contre l’obscurantisme. (...) Que toutes celles et ceux qui font aujourd’hui l’innovation, l’excellence aux Etats-Unis, nous entendent et nous voient : vous avez aujourd’hui et vous l’aurez à partir du mois de mai prochain, une terre patrie, ce sera la France." Le type d'idée que tous les autres candidats à la présidentielle auraient voulu avoir avant lui.

L’Europe, ciment des “marcheurs”

Pour le reste, tout comme Benoît Hamon assume d'être très imprécis sur le financement de son revenu universel, Emmanuel Macron s’accommode à merveille des critiques qui lui reprochent de ne pas publier un programme qui s'apparenterait à un inventaire à la Prévert. Ainsi, ce samedi, à Lyon, des pans entiers de ce qui constitue habituellement un discours de candidat présidentiel ont été zappés ou effleurés : durée légale du temps de travail, financement de la sécurité sociale et du modèle de retraite par répartition, politique de santé publique, fiscalité.

Même l'idéal européen, qui est le ciment des militants d'En Marche, et qu'Emmanuel Macron arrive à faire applaudir par 10 000 personnes, n'échappe pas aux assertions plus générales que précises.

Une proposition de frondeurs

Ce samedi, le meeting de Lyon ne contenait pas réellement de propositions nouvelles. L'une d'elles semblait d'ailleurs tomber comme un cheveu sur la soupe. Emmanuel Macron a ainsi promis l'ouverture des bibliothèques les soirs et les week-ends. Une annonce qui faisait déjà partie de la loi Macron adoptée en 2015. À l'époque, cette mesure avait été introduite suite à l'adoption d'un amendement déposé par Aurélie Filippetti, députée PS frondeuse. Emmanuel Macron s'est aussi engagé à créer un chèque culture de 500 euros à l'intention de chaque jeune de 18 ans. "Je demanderai aux distributeurs, aux géants du numérique, avec qui nous avons commencé à discuter, de financer ce pass", a-t-il précisé.

Avec ce meeting de Lyon, Emmanuel Macron lançait vraiment sa campagne présidentielle. Et, à la différence de précédents discours, il est entré dans l'arène politique en ne ménageant pas ses concurrents du premier tour. Sans jamais citer leur nom, il a glissé quelques tacles à Marine Le Pen, François Fillon et surtout Benoît Hamon.

Pour aller plus loin :
Macron, FN : Revivez la journée de meetings à Lyon sur notre live

Suivez en direct les meetings à Lyon de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen.

5 commentaires
  1. Robes Pierre - dim 5 Fév 17 à 10 h 03

    Un clone de Dalida, 'encore des mots, toujours des mots' Nous on préfèrerait un programme, mais ses soutiens Attali, le comité Théodule, Medef, Rothschild ,ne lui ont pas encore communiqué le texte.

  2. Gérard Eloi - dim 5 Fév 17 à 10 h 34

    Comm très clair et net sur le fond, Robes Pierre. Discutons un peu la forme et ses métaphores lapidaires :-tu dévalorises Dalida en la 'macronisant' ! D'accord, c'était pas Barbara, mais elle avait une belle voix, autre chose que le 'candidat mosaïque qui égrene ses éléments programmatiques...' (...comme les grands d'un chapelet satanique ?). -en revanche, tu me sembles surévaluer les Attila et consorts !... en imaginant qu'ils seraient capables de pondre eux-mêmes tout seuls un texte tenant la route ?A part ces détails, ça va, bien de ton avis !

  3. FEFI - dim 5 Fév 17 à 18 h 20

    Dalila juste pour la chanson, une autre 'Putain çà penche, on voit le vide à travers les planches...'

  4. inesP - mar 7 Fév 17 à 17 h 04

    Macron est un tour de passe-passe du Système. Nous re-re-re-re-faire le coup du 'changement' ! Le pire, c'est que ca va re-re-re-re-marcher !!! Les Français sont des veaux... et leur abattoir n'est plus très loin... ils ne méritent plus d'avoir le plus beau pays du monde, et ils vont le perdre. Darwin...

  5. Gérard Eloi - mar 7 Fév 17 à 20 h 54

    L'incompréhensible épidémie de macronite me fait penser à la montée effrayante de DSK il y a 5 ans. Intervention in extremis de Mme Diallo. Mais le remplaçant s'appelait Hollande.Aujourd'hui, l'idole s'appelle Macron. Et sa bulle est fabriquée comme en 2012 par le papier glacé des couvertures de magazines. Le papier glacé. L'arme fatale du lavage de cerveau. De la lobotomisation. Pour les milliardaires qui ont pris les rênes de la Planète en perdition, le vocable 'humain' n'existe plus. Les gens ne sont plus que robots. A jeter après usage.

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