Lyon : les 7 leçons du scrutin

Réélu largement au premier tour dans une ville réputée à droite, Gérard Collomb a incontestablement marqué des points au sein d'un PS où il s'est, jusqu'à présent, toujours un peu senti "tricard". Cette fois, il fait mieux que Delanoë ! Le PS, qui va de défaite en défaite sur le plan national, mais de victoire en victoire sur le plan local, sera bien obligé à un moment d'en tenir compte. Ce n'est d'ailleurs pas incompatible avec le positionnement très "Poitou-Charentes" de Ségolène Royal.

2. La société civile aux manettes
Malgré un raz-de-marée au Conseil Municipal, le PS ne sera sans doute pas majoritaire. Il devra compter sur la société civile, et des partenaires "renforcés" comme les Verts (a priori 10 élus) ou le PC (a priori 5 élus). C'était un choix de Gérard Collomb, qui ne voulait plus voir un contre-pouvoir PS au sein de son conseil municipal. Un choix d'ailleurs conforté durant ce mandat par le succès de ses adjoints société civile, comme Patrice Béghain ou Jean-Michel Daclin. Maintenant que la société civile débarque en nombre au conseil municipal, il va falloir les mettre au travail. Beaucoup ont déjà, dans le privé, des emplois du temps très lourds... Quels choix feront-ils ?

3. La droite à nouveau sans leader
"L'opposition, si opposition il y a, jouera tout son rôle". Dans la déclaration de Dominique Perben, dimanche soir, c'est le "si" qui marque le plus. En une soirée, la droite a perdu à Lyon son candidat, Dominique Perben, mais aussi celui qui était pressenti pour assurer la relève en cas d'échec, Michel Havard. Lui aussi battu dés le premier tour, avec vingt points de retard sur la peu charismatique Alexandrine Pesson... Havard pourra cependant plaider le double effet Sarkozy-Perben et que, dans ce contexte, c'est lui qui obtient le meilleur score de la droite à Lyon, 2e et 6e exceptés.

Malgré la défaite, Perben et Havard sont élus dès ce soir au conseil municipal. Ils risquent de s'y retrouver un peu seuls, au milieu d'une "masse" de gauche. Trois "ténors" potentiels peuvent encore les rejoindre : Emmanuel Hamelin, dans le 4e, qui même s'il a arraché un deuxième tour, ne peut pas franchement fanfaronner. Sauf miracle au second tour (lire ci-contre). Amaury Nardone, dans le 6e, dont l'image très droitière est sans doute en partie responsable de l'hallucinant recul de la droite dans ce quartier très bourgeois. Et enfin Denis Broliquier, en situation plus confortable dans le 2e, mais qui a moins de charisme et très peu de troupes autour de lui.
Une fois de plus, la droite risque donc bien de se retrouver sans leader naturel à Lyon. Si cette situation l'empêche de faire son travail d'opposition, comme c'était déjà le cas dans le dernier conseil municipal, la gauche peut dormir tranquille... pour 2014.

4. Hamelin, la dernière cartouche
Celui qui peut encore faire l'excellente opération de ces municipales, c'est Emmanuel Hamelin. Battu aux dernières législatives, il avait vu Havard prendre une sacrée avance dans ce que l'on pouvait déjà qualifier de "primaire" à droite pour 2014. En arrachant un second tour, il devient de fait le leader de la droite à Lyon... pour une petite semaine. Au delà, cela semble impossible : il faudrait qu'il gagne dimanche prochain, alors que son adversaire, Dominique Bolliet (PS), à déjà obtenu 49,5 % au premier tour...

5. Le Modem coupé en trois
François Bayrou avait obtenu 22,09 % à Lyon au premier tour de la présidentielle. Les listes Modem emmenée par Eric Lafond n'en ont conservé qu'un tout petit tiers, avec 6,03 %... Un score divisé par trois, c'est finalement logique, puisque les cadres du Modem s'étaient répartis sur trois listes. À la fin d'une campagne catastrophique, marquée par les trahisons successives, le Modem a vu ses électeurs rejoindre massivement les listes de Collomb. L'intéressé a d'ailleurs salué dès dimanche soir "le grand rôle" qu'avaient joué les centristes dans sa victoire, et remercié plus particulièrement les collaborateurs d'Anne-Marie Comparini pour "leur apport dans le 5e arrondissement". François Bayrou se retrouve dans une situation inconfortable à Lyon : doit-il maintenir son soutien à Eric Lafond et aux listes autonomes, qui n'ont obtenu aucun élu au conseil municipal ? Ou se retourner vers les Modem qui se sont fait élire sur les listes Collomb, comme Gilles Vesco et Anne-Sophie Condemine ? Ou encore vers son ancien délégué départemental, Christophe Geourjon, malgré tout élu sur les listes Perben ?

6. La 3e force, c'est Audaces !
Fabienne Lévy, tête de liste de Perben dans le 1er, n'en revient toujours pas : "en faisant campagne contre la voiture et pour des jardins, Audaces a fait presque autant que nous !" Effectivement, un peu plus de 500 voix la sépare de Sophie Divry qui se dit "contente d'avoir transformé l'essai". Avant d'ajouter : "On ne se réjouit pas de la victoire écrasante de Collomb. C'est effrayant qu'il ait réussi à faire voter pour un projet de droite". Avec 13,1 %, elle réalise le gros score des listes Audaces, qui rassemblaient amis de Bové, de Besancenot et décroissants et qui ont plutôt bien marché à Lyon. À part dans le 7e, elles devancent même les listes Modem partout où elles se présentaient (1, 3, 4, 7, 8, 9). L'extrême-gauche fait ainsi son entrée dans deux conseils d'arrondissements, avec Sophie Divry dans le 1er et Gilbert Dumas dans le 3e. De quoi cultiver une certaine amertume de la part de Sophie Divry, qui se dit "effrayée par l'ostracisation" dont ses listes ont été victimes : "On fait beaucoup mieux que le FN et même que le MoDem mais les médias dominants continuent à nous ignorer. Car ils veulent laisser dans l'ombre une critique radicale de la politique sociale-libérale de Gérard Collomb".

7. La bonne opération des Verts
Grand artisan du ralliement des Verts à Collomb dès le premier tour, Alain Giordano n'avait pas le sommeil facile ces derniers jours. "Il y avait des postes charnières, qui ont été un peu délaissés par les autres dans les négociations. Je les ai pris comme gagnables. Qui aurait prévu ça ? Moi, quand j'ai fait les calculs, je les avais pris comme plausibles." Il confie cependant que ce choix lui a donné des sueurs froides : "Après, je m'en voulais. Je me disais qu'il faudrait une victoire très nette, qu'on allait me reprocher d'avoir mal négocié pour les Verts... Etienne Tête disait : le 5e ne va pas passer, je ne serai pas élu... Je commençais à avoir peur pour les copains, mais je n'arrêtais pas de leur dire : "ne vous en faites pas !" Je suis un affectif, si ça s'était mal passé, je l'aurais très mal vécu... Finalement, je n'ai que des "bravo, bravo". On aura 9 élus, quatre de plus qu'actuellement, et peut-être la mairie du 9e arrondissement comme cerise sur le gâteau..."

Le président du groupe Verts au conseil municipal est en tout cas persuadé, sans doute à juste titre, que son parti aurait difficilement pu obtenir plus en présentant des listes autonomes au premier tour.

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