Les propos de Thomas Hollande dans Lyon Capitale font le tour de l'Europe

Car l'entretien a été cité dans Le Monde, puis dans le Parisien, mais avec un lapsus lourd de sens et de conséquences : les deux quotidiens ont en effet transformé "valeurs droites" en "valeurs de droite." La brève du Mondelien est ainsi titrée "le fils Hollande estime que sa mère a des valeurs de droite". Même erreur chez Le Parisienlien, qui conclue ainsi un long article sur les raisons du PS de "broyer du noir"  : "Et enfin, comme si cela ne suffisait pas, cette interview à Lyon Capitale de Thomas, le fils du couple Hollande-Royal, dans laquelle il affirme que sa mère "a l'image d'une femme qui a des valeurs de droite". Et d'ajouter pour faire bon poids : "C'est ce qui plaît chez elle"..." Ainsi malencontreusement déformées, les déclarations de Thomas Hollande ont fait le tour des rédactions... jusqu'en Italie, puisque La Repubblica a contacté Lyon Capitale pour demander l'autorisation de traduire l'entretien in extenso ! En France, d'autres journaux ont du coup longuement repris l'entretien, comme le Nouvel Observateur, sur son site internetlien. L'info a d'ailleurs immédiatement suscité beaucoup de réactions des internautes, notamment sur le site de Lyon Capitale.
L'histoire a enfin mis en panique l'équipe de Ségolène Royal. Elle tombe en effet au pire moment, alors que la candidate socialiste semble hésiter à repositionner sa campagne au centre, comme l'y incite Dominique Strauss-Kahn, ou à gauche toute, comme le souhaite Laurent Fabius. Dans ce contexte, le mot "droite" est explosif au PS...
En déplacement aujourd'hui à Lyon, Thomas Hollande a naturellement été interrogé sur cette "affaire". L'occasion de préciser sa pensée : "Des valeurs droites, c'est des valeurs justes. Concrètement c'est le respect des autres, l'humilité, ne pas faire aux autres ce qu'on n'aimerait pas qu'on nous fasse... Je pense qu'aujourd'hui on a une société un peu perdue, on a besoin de retrouver des valeurs, des repères. Et Ségolène Royal incarne aussi un peu ça."
Mais pour le fils Royal, le fait d'être passé de "valeurs droites" à "valeurs de droite" n'est pas une simple erreur... Il y voit une manipulation : "Je pense que c'est une volonté de créer une polémique là où il n'y en a pas et de discréditer ma parole et celle de Ségosphère". De quoi ouvrir une nouvelle polémique.

L'entretien

Thomas Hollande : 'Ma mère a des valeurs droites'

Thomas Hollande, 21 ans, fils du couple Hollande-Royal, est aussi l'animateur de "Ségosphère". À ce titre, il n'accorde pratiquement jamais d'entretien, pour "ne pas se mettre en avant." Mais il s'est livré à Lyon Capitale, avant sa venue à Lyon.

Lyon Capitale : Ségosphère, que vous animez, organise des sessions de Slam, des distributions de roses, colle des autocollants "pas sans toi"... N'est-ce pas un peu gadget ?
Thomas Hollande : Ce n'est pas du tout gadget ! Je suis parti du constat qu'il y a un fossé entre les jeunes et la politique. Mais les jeunes s'intéressent à la politique : on l'a vu avec les manifestations après le 21 avril, contre le CPE, ou même lors des émeutes de banlieues. Ségosphère, c'est un espace où l'implication des jeunes peut être constructive. On organise nos débats dans des cafés, les jeunes y viennent plus facilement que dans une section du PS... Quand on tracte, on essaye d'être original, d'où l'idée des roses. Pareil pour le slam, ça permet à certains de participer au débat beaucoup plus facilement.

Votre mère est candidate du PS, votre père dirige le PS, vous animez la campagne "jeune"... Finalement, vous avez transformé la gauche en petite entreprise familiale...
Pas du tout. Déjà, je ne suis pas seul à diriger ce mouvement, qui n'est d'ailleurs pas hiérarchisé. Les médias ne relaient pas beaucoup les actions de terrain, par contre ils s'intéressent beaucoup aux questions "people". L'idée, c'est donc "d'instrumentaliser" ma personne pour essayer de relayer les actions de Ségosphère.

Quelles idées avez-vous fait "remonter" auprès de Ségolène Royal ?
L'allocation d'autonomie, mais aussi des propositions beaucoup plus concrètes comme la gratuité de la contraception pour les 16-25 ans, ou la gratuité du soutien scolaire. Elle nous a aussi demandé de "tester" son pacte auprès des jeunes. Cela nous a permis de remarquer des manques, sur lesquels il va falloir qu'on travaille. On manque de propositions sur la culture, par exemple. Sur les discriminations, le discours de Ségolène Royal passe bien, mais les jeunes attendent des mesures concrètes, comme une police des discriminations. Ils attendent aussi des mesures sur les "pistons" : comment aider les jeunes, qui n'ont pas de relations, à trouver un premier emploi ? Elle a proposé le droit au premier emploi au bout de six mois, mais les jeunes se demandent comment ça va marcher, concrètement.

Si Ségolène Royal gagne, briguerez-vous un rôle du genre de celui de Claude Chirac auprès de son père ?
Pas du tout. La seule chose qui me motive, c'est que les jeunes croient de nouveau à la politique. Après la campagne, je vais poursuivre mes études. Je ne veux pas faire de la politique. Je veux être prof de droit. J'ai envie de faire mes traces par moi-même et pas me dire que je dois ma réussite professionnelle à ma filiation.

Bayrou a rattrapé votre mère dans les sondages. À table en ce moment, l'ambiance est-elle tendue ?
Non. On considère que tout dépend de nous, qu'il y a un vrai espoir et qu'il faut y répondre. Ségolène Royal ne se préoccupe pas des autres candidats, elle est concentrée sur sa démarche.

Vous ne dites pas "maman" ?
Parce que je ne parle pas de ma mère, mais de la candidate...

Votre mère dégage, pour certains, une image de mère autoritaire...
Non, elle a l'image d'une femme qui a des valeurs droites, des valeurs morales fortes. C'est ce qui plaît chez elle. Elle fixe un cadre à une société qui est un peu perdue. Mais je ne pense pas qu'elle ait l'image de quelqu'un d'autoritaire. En tout cas, elle ne l'était pas avec nous.
Après la campagne, vous partez en vacances à Mougins ?
(rires) C'est là-bas qu'on passe nos vacances d'été familiales, je ne pense pas que ça va changer.


Analyse

La campagne en famille

Dans la famille Hollande-Royal, le père dirige le parti, la mère est la candidate du parti et le fils anime sa campagne. Ce népotisme de campagne interroge forcément à l'heure de confier les clés de l'Elysée à une nouvelle famille. Surtout qu'il n'a rien d'innocent. Lang, DSK ou Fabius se sont plaint, en leur temps, du manque d'impartialité du premier secrétaire du PS dans la compétition interne. La "Ségosphère" animée par Thomas Hollande a servi à marginaliser un Mouvement des jeunes socialistes (MJS) très peu "royaliste". Même avec les Chirac ou les Sarkozy, on n'a jamais vu une telle main-mise familiale sur un camp politique.
Pour autant, cela ne dessert pas forcément Ségolène Royal. La photo n'est pas si mauvaise après tout. Qu'y a-t-il de plus sincère qu'un fils qui se bat aux côtés de sa mère ? Qu'y a-t-il de plus naturel qu'un conjoint qui démine, patiemment, les "gaffes" de la mère de ses enfants ? Ségolène Royal a créé sa popularité sur les valeurs de la famille. Il y a sans doute une logique, en ce moment fatidique, à ce qu'elle mette la sienne en avant. Dans l'entretien qu'il accorde à Lyon Capitale, Thomas, 21 ans, donne d'ailleurs un peu de fraîcheur à la campagne de sa mère, qui s'est un peu embourbée ces dernières semaines.

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