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"Le grand silence" de la Région sur le nucléaire

INTERVIEW - C'est inédit, l'écologiste Benoit Leclair, votera contre l'adoption du schéma-régional-climat-air-énergie (SRCAE) ce vendredi à la Région. C'est pourtant lui qui l'a réalisé à la demande du président Queyranne. Le vice-président délégué à l'énergie et au climat estime qu'il est incomplet. Il ne prend pas en compte, en particulier, la production d'énergie nucléaire. Explications.

Lyon Capitale : Le Schéma-régional-climat-air-énergie rendu obligatoire par les loi Grenelle 1 et 2 va être adopté demain matin, vendredi 30 mars, par le conseil régional. Il doit permettre de réduire les gaz à effets de serre d'ici 2020 et 2050 dans la région Rhône-Alpes. En quoi ce schéma que vous avez pourtant réalisé ne vous satisfait-il pas ? Quelles critiques principales lui opposez-vous ?

Benoit Leclair : Deux critiques de nature très différentes. La première c'est que le schéma propose de réduire les gaz a effets de serre de 62 % au lieu des 75 % prévus par l'engagement international de la France. La seconde concerne l'écart entre les objectifs qui sont proposés à 2050 et à 2020 et les moyens mis en œuvre pour les atteindre. La région ne dispose pas de levier pour agir sur la réglementation et la fiscalité et rien n'est fait au niveau gouvernemental aujourd'hui. Or, les objectifs affichés dans le transport et le bâtiment en particulier ne pourront pas être atteints autrement.

Y a-t-il pas d'autres limites à ce schéma ?

J'en vois deux principalement. D'abord, le schéma ne considère que la production de gaz à effet de serre lié à la production interne à la région, donc il n'inclut pas les émissions liées aux importations. Et deuxièmement, dans le secteur énergétique, il n'a pas été possible d'inclure une réflexion sur la production d'électricité produite par le nucléaire, ni même sur la production d'énergie fossile et là, on vise la production des gaz de schistes qui a agitée la région depuis une bonne année. Pourtant, le conseil régional s'est prononcé très clairement contre l'exploitation et l'exploration des gaz de schistes.

Le préfet a co-présidé avec Jean-Jack Queyranne l'équipe de réalisation du SRCAE. Le président vous en a confié la tâche mais vous avez travaillé avec la DREAL en particulier. Avez-vous essayé de les convaincre de prendre en compte l'énergie nucléaire ? Quels argument principal vous ont-ils opposé ?

La circulaire concernant le SRCAE prévoit expressément de ne pas prendre en compte ce sujet.

Vous le saviez dès le départ ?

Non car la circulaire est arrivée en cours de route. Il s'agit d'une circulaire de Nathalie Kosciusko-Morizet en date du 29 juillet 2011. Elle dit que les SRCAE n'ont pas vocation à fixer des objectifs en terme de production d'énergie, et donc, n'ont pas vocation à traiter du nucléaire. Mais vous savez, le nucléaire est hors de toute réglementation en France. Il faut toujours une réglementation spécifique... Il a donc été déclaré hors du champ d'étude du SRCAE.

Vous dites avoir consulté 200 organisations pour réaliser ce schéma régional climat air énergie depuis un an. EDF et AREVA ont-elles été consultées ? Etaient-elles prêtes à collaborer avec vous

Areva n'a pas été consultée en tant que telle mais EDF était présente dans les ateliers thématiques, dans l'atelier énergie en particulier. Mais ils n'ont pas été consulté spécifiquement sur la partie nucléaire.

En quoi l'énergie nucléaire devrait-elle être prise en compte selon vous dans les objectifs de réduction des gaz à effet de serre ?

Si l'on fait un schéma sur la production d'énergie et la consommation en région, -ce deuxième aspect est très important-, je ne vois pas comment on pourrait ne pas prendre en compte la production d'énergie nucléaire.

Le SRCAE sera adopté demain, vendredi 30 mars à la Région, avec des réserves. Le président Queyranne prévoit d'y revenir en particulier dans un an. Qu'espérez vous si François Hollande est élu et/ou si les écologistes sont mieux représentés au palais Bourbon ?

Ce que l'on peut espérer c'est que l'on ouvre un vrai débat énergétique, que l'on regarde de quoi on a besoin en terme d'énergie et de consommation et qu'en face, on aligne les différents types de production d'énergie dans un objectif de long terme, c'est à dire 2050, comme le propose le SRCAE, avec un objectif très clair de réduction des gaz à effet de serre et de consommation des énergies fossile et fissile.

La région s'est montrée particulièrement pionnière par le passé en matière de prévention de la pollution nucléaire, elle a participé financièrement à l'installation de balises mesurant la radioactivité dans l'air notamment. L'adoption de ce schéma vous apparaît-elle comme un recul aujourd'hui ?

Non, il n'y a pas de recul. Les balises sont toujours là. C'est juste un grand silence...

Sur quels autres points le SRCAE représente-t-il une avancée en matière de lutte contre le réchauffement climatique ?

Le SRCAE présente une véritable avancée sur l'ouverture d'un débat sur la réduction de la consommation. Les propositions qui sont faites, pour un certain nombre d'entre-elles, sont volontaristes comme dans le bâtiment et les transports sur lesquels les enjeux sont très importants. Ce qu'il manque ce sont des mesures d'accompagnement permettant d'atteindre ces objectifs. Par exemple, dans le domaine des transports, sur le transport de marchandise, le schéma prévoit un report modal jusqu'à 50 % en 2050, aujourd'hui aucune mesure n'est prise pour favoriser le transport ferroviaire de marchandises.

Même pas le Contournement ferroviaire de l'agglomération lyonnaise (CFAL) dont l'enquête publique se termine ?

Il n 'est pas encore construit, mais il va dans le bon sens. Par contre, on n'a toujours pas décidé de la création de plateformes de ferroutage intermodales pour le transport international. Elles permettraient d'accueillir les marchandises transportées sur le rail.

Un autre exemple, dans le bâtiment, on a aujourd'hui une réglementation thermique pour la construction de bâtiments neufs (1 % du parc chaque année), une réglementation satisfaisante. On a aucun réglementation en revanche pour la rénovation du bâtiment existant, 99 % de l'enjeu !

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