"La présidentielle va être passionnante"

A 62 ans, l'enfant de la Croix-Rousse a vécu plusieurs vies : ministre, maire de Lyon (1989-1995), et même "présidentiable". Dans les années 90, il est un des rénovateurs qui veulent révolutionner la droite. Le rêve se brise sur la résistance de Chirac et sur les "affaires" qui l'écartent brutalement de la politique en 1995. Laissant le souvenir d'un grand maire, Michel Noir suit alors pendant quelques années ses penchants artistiques. Ce joueur d'échecs et de violoncelle, cérébral et taciturne, écrit poésies, pièces de théatre, romans. C'est dans le thriller qu'il est le plus habile. En 2000, après avoir passé une thèse sur les sciences cognitives, il crée l'entreprise SBT, Scientific Brain Training, qui travaille sur l'entretien des capacités cérébrales. Aujourd'hui la start-up se développe spectaculairement, tandis que Michel Noir, proche de Dominique Perben, garde un œil sur la vie publique. "J'ai deux ou trois idées pour 2008" nous confie-t-il.

Vous avez été maire de Lyon, romancier et vous réussissez aujourd'hui dans le monde de l'entreprise... Quel est le fil rouge ?
Le fil rouge c'est sans doute une extrême curiosité et le goût de l'action. La sensibilité à l'autre, le besoin d'être décideur. Quand quelque chose m'intéresse je le fais à fond. Et beaucoup de choses m'intéressent.

Où prend-on le plus de coups ?
On en prend partout quand on est dans la mêlée.

Vous avez quitté le pouvoir depuis plus de 10 ans. Qu'est-ce que vous regrettez le plus ?
De ne pas avoir continué ce que j'avais à faire comme maire de Lyon. C'est un regret, à coup sûr. Et, comme homme politique, de ne pas avoir pu, avec les rénovateurs, accélérer suffisamment les changements. C'est l'échec des rénovateurs, en 1990, de n'être pas arrivés à faire bouger les choses. L'UMP s'est créée dix ans après qu'on l'ait demandée !

Cette victoire de Chirac sur les rénovateurs a-t-elle été préjudiciable à la France ?
Ça paraît clair, on a perdu beaucoup de temps.

Pourquoi ne pas tenter un retour en politique comme Alain Carignon à Grenoble ?
Ce que je fais aujourd'hui est tout à fait enthousiasmant. J'ai des engagements, des devoirs vis à vis de coequipiers et d'industriels qui m'ont fait confiance dans mon entreprise. Dans d'autres circonstances, je pourrais me réinvestir à fond dans la vie publique mais je suis très bien là où je suis. Chaque fois que je prends un taxi, on me dit : "Quand est-ce que vous revenez ?" A chaque fois, je déçois par ma réponse.

Vous êtes un proche de Dominique Perben. Trouvez-vous qu'il se débrouille bien à Lyon ?
Une élection, c'est une course de fond. Il n'y a pas de raison de faire de sprints médiatiques époustouflants. Dominique fait un travail en profondeur, en faisant colloques sur colloques pour faire s'exprimer ceux qui veulent le faire sur les thématiques de la cité. Il le fait sérieusement parce que c'est un Lyonnais. Certains ajoutent "trop Lyonnais" parce que "trop sérieux".
Il semble avoir du mal à rassembler autour de lui.
En vieux gaulliste, j'aurais tendance à dire que "l'intendance suivra", une phrase en forme de provocation. Perben a tout intérêt à rester sur la ligne qu'il s'est fixée sans être trop sensible aux pleurnicheries, aux chicaillas ou aux velleités des uns et des autres.

Si Perben arrive à l'élection sans UDF ni millonistes, sera-t-il très affaibli ?
Ça n'a aucune espèce d'importance ! Ce qui compte c'est de savoir si une personnalité a une vraie stature pour être candidat à la mairie de Lyon et pour proposer un bon projet aux Lyonnais. Ensuite, parce qu'il répond à ce portrait, il constitue une équipe et les gens viennent ou pas. Point à la ligne. Ça ne se fait pas dans l'autre sens.

Vous ne serez pas sur sa liste ?
Non. Mais j'ai des idées et je donnerai mon avis. Si je peux aider en apportant des idées aujourd'hui, demain ou après-demain, je le ferai très volontiers.

On n'entend pas vos idées. Vous les gardez pour Dominique Perben ?
C'est de bonne stratégie. J'ai deux ou trois idées fortes qui me paraissent essentielles pour 2008, je ne vais pas les mettre sur la place publique aujourd'hui.

Aujourd'hui, d'où vient la crise du politique au niveau national ?
Cet éloignement, cette abstention voire ce rejet, sont liés à la perte de la "crédibilité de l'action". "Est-ce que quand l'homme public propose, je le crois capable d'agir pour mettre en œuvre ce qu'il est en train d'énoncer ?" Cette notion de crédibilité d'action explique la percée de Sarkozy dans l'opinion, bien au-delà de son camp. Quand on le crédite de 35 % au 1er tour, alors que Chirac faisait 18,6 % en 2002, on mesure l'écart.

Comment percevez-vous la présidentielle ?
Le concept-clé de cette présidentielle, c'est justement cette "crédibilité de l'action", en sachant que le phénomène de Ségolène Royal lui donne presque un coup de vieux. Elle, c'est la "désirabilité d'avenir". Elle va se situer sur cette dimension qui fait rêver les Français. C'est un phénomène à la 1974, comme avec Giscard. C'est une femme et elle incarne ce qui est le plus nouveau. Avec "l'ordre juste", elle a une posture de droite. Pour une candidate de gauche, c'est assez étonnant ! Il y a de quoi faire travailler les spécialistes des sciences politiques.

Et par rapport à Nicolas Sarkozy ?
Ils ne sont pas sur le même plan. D'un côté c'est le rêve, de l'autre l'action. Ce sont des candidatures d'adhésion contrairement à Jospin et Chirac, qui, à moins de 20 % en 2002, étaient des candidats par défaut. C'est déjà bien que l'on soit dans ce type de débat. A preuve, Royal et Sarkozy s'installent déjà à plus de 30 %. Ça va d'ailleurs être très dur pour les autres candidats, écrasés !

Et ça vieillit Chirac ?
Chirac est hors course !

Le Pen sera-t-il le 3e homme ?
Le candidat des peurs l'a été en 2002. Mais là, je n'y crois pas. Ce qui serait amusant intellectuellement c'est la candidature de Nicolas Hulot. Hulot, Royal, Sarkozy, serait la configuration la plus novatrice qu'on n'aurait jamais vu dans un débat électoral au plus haut niveau ! Ce serait un festival. Ça nous transporterait par rapport à ce terrain politique tristounet, insatisfaisant à beaucoup. Ça serait décoiffant.

Chirac souhaite-t-il faire perdre Sarkozy ?
Il n'en a plus les moyens et c'est ce qui est vraiment nouveau ! Chirac a fait beaucoup de coups tordus, là-dessus il est nobélisable, mais il a passé l'âge de les réussir.

Avez-vous été une victime de ces coups tordus ?
Ça ne m'intéresse pas de parler de mon cas personnel. Je parle là de ce qui était une des excellences de Chirac ! Et il a largement distribué, il n'y a pas à isoler tel ou tel cas personel.
Ça a aussi donné une certaine image de la politique.
Tout à fait. Vous savez, en 1997, Juppé était très bas dans les sondages mais 80 % des Français trouvaient que c'était complètement scandaleux que Juppé paie de son inégibilité les affaires de la mairie de Paris. 80 % des Français trouvaient que ce n'était pas lui qui devait payer la note.

Chirac doit-il payer la note en sortant ?
Ça ne me paraît pas souhaitable. L'image de la France c'est la première chose qui doive compter. Vous imaginez les ricanements dans la presse internationale si demain un ancien Président de la république française était traîné devant les tribunaux. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas Chirac, on ne peut pas souhaiter qu'il en soit ainsi. Quoi qu'on pense sur le fond.

Lyon Capitale Semaine du 5 décembre 2006 - N°595

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