La défaite de Perben : "c'est la faute aux médias"

Les premières estimations sont tombées et elles annoncent la déroute. Dominique Perben est déjà arrivé. Il se terre dans son bureau pour "analyser les résultats", nous dit-on.
Dehors, sous la tente dressée dans la petite cour du 65, cours Gambetta, une quinzaine de journalistes picorent chips et charcuterie en tentant de sous-tirer quelques réactions à la poignée de militants. L'un d'entre eux lancent à chacun des journaliste venus le questionner : "Les médias ont été à 400 % contre nous". Toute la soirée l'amertume de la défaite va prendre les contours du procès des médias accusés "de ne pas faire leur travail", d'être "partiaux" et "pro-Collomb".
Une demi-heure plus tard, une première tête de liste arrive... mais pas de la bonne élection : Jean-Michel Dubernard, leader de la droite RPR en 2001, déboule, énervé : "c'est dommage pour mes enfants. A Lyon, il faut des gens qui anticipent sur l'avenir, comme Edouard Herriot. Et Perben a cette capacité".
Les autres personnalités de la droite lyonnaise sont toujours invisibles. Certains sont à l'intérieur auprès de Dominique Perben, les autres dans leurs arrondissements. Il faut dire qu'ici, l'ambiance est plutôt à raser les murs. Des étudiants préfèrent dire qu'ils sont venus pour "les chips et le vin blanc" qu'en raison de leur appartenance à l'UMP.
Progressivement, les militants arrivent, jeunes et vieux, essentiellement en provenance du 6e et du 3e. Ils sont là pour le discours du leader. Mais il est repoussé. Toujours barricadé, Dominique Perben attend les résultats définitifs dans le 3e arrondissement, pour savoir s'il s'agit d'une petite défaite ou d'une vaste déroute. Sans être éplorées, ses troupes sont crispées. Un de ces "jeunes Pop" (le jeunes UMP) du 6e commente : "On est écœuré que l'électorat de droite ne soit pas venu voter. Dommage qu'il se soit attaché à l'image alors que Perben est un excellent technicien".
22h20 : Les résultats dans le 3e viennent de tomber, Dominique Perben peut prendre la parole dans la salle de presse. Derrière son pupitre, entouré par ses têtes de liste (à l'exception de Fabienne Lévy et Denis Broliquier), il fait part de sa "grande déception", avant d'accuser la "faible participation", le "contexte national difficile" et la "prime au sortant". Mais "la bataille reste ouverte dans le 2e, 4e, 6e" et de conclure, "l'opposition, si opposition il y a, jouera son rôle". Trois minutes, montre en main. Des journaliste tentent d'accrocher Michel Havard, le "bébé Sarkozy" du 5e arrondissement. Mais pour lui "tout a été dit". Le leader du MPF (De Villiers), Patrikc Louis, qui a fait le crochet en moto, refuse aussi de répondre à nos questions et lance : "vous ne venez que pour les baptêmes et les enterrements".
Quelques minutes plus tard, Dominique Perben fait une courte apparition dans le hall. Des applaudissements polis et puis s'en va. Par contre, on donne du "Patrick !" quand le maire sortant du 3e arrondissement, Patrick Huguet, fait son apparition. Il faut dire qu'il y a une forte délégation de militants du 3e : "on a fait une super campagne de terrain bien que les médias ne se soient attachés qu'à l'image". Une "Jeune Pop" poursuit  : "On en a marre d'être manipulés sur le plan national et local par des médias de gauche", poursuit une autre militante.
Patrick Huguet n'est pas en reste dans les diatribes anti-médias : "Les journalistes ont œuvré pour l'élection de Collomb en 2001. En 2008, on a vu se produire la même chose. Plutôt que de transmettre l'information, ils ont été partisans : ils commentaient Perben mais jamais Collomb". Il accuse particulièrement le Progrès de s'être fait les gorges chaudes du soutien apporté à Thierry Philip par un ancien élu UMP du 3e alors que, selon, lui ne s'agit que d'un "aigri".
Le chef de file de l'opposition au conseil municipal, "désabusé", est le seul cadre UMP à être resté au contact des quelques militants qui stagnent sous la tente. Les alliés aussi ne sont pas à la fête : Amaury Nardone, le leader millioniste, s'engouffre rapidement à l'intérieur, sans piper mot. Tout comme Marc Augoyard, l'ex-responsable des jeunes UDF et son chef Christophe Geourjon.
L'alcool aidant, les langues commencent à se délier et les analyses s'affinent. "Si on a perdu, c'est parce que Sarkozy n'est pas allé chercher Ingrid Bettancourt, ose un militant du 3e".
Minuit et quart. Le QG est plongé dans le noir par les techniciens venus débrancher. Les derniers jeunes partent en se souhaitant une "bonne nuit quand même" et en promettant de "donner un coup de main, car rien est acquis", dans le 6e et 2e, autrefois fiefs de la droite. Les temps changent.

Réaction
Patrick Huguet, maire sortant du 3e arrondissement, chef de l'opposition au conseil municipal :
"J'ai une grande tristesse. Dominique Perben est quelqu'un de bien, qui a mis toutes ses forces dans la bataille. C'est notre électorat qui ne s'est pas mobilisé. On dirait que la droite lyonnaise est la plus bête : en sanctionnant Sarkozy, notre électorat n'a pas compris l'enjeu de cette élection. Ils auront ce qu'ils ont voulu".

Voir le discours de Dominique Perben en vidéo

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