Gollnisch de retour à Lyon

Il se confie entre deux gorgées de bière à la Brasserie Georges.

Le "Poulidor" du FN
Bruno Gollnisch, c'est l'histoire du fidèle numéro 2 qui ne deviendra sans doute jamais numéro 1. Après l'échec du "pu-putch" de Bruno Mégret en 1998, il pensait s'être imposé comme le successeur naturel de Jean-Marie Le Pen. C'était sans compter sur l'ascension de Marine Le Pen, la fille du chef. Elle est médiatique, redoutable débatrice. Lui est courtois et intelligent, mais il a du mal à briser l'armure : chaque fois qu'il dit une horreur, on a du mal à croire qu'elle émane vraiment de lui. Même s'il assure être "totalement impliqué" dans la campagne de Le Pen, et qu'il en "partage la direction avec Marine", c'est bien elle qui jouera le premier rôle derrière son père. Gollnisch assure cependant que, le jour venu, il sera "candidat à la succession de Jean-Marie Le Pen".

Candidat à Lyon ?
En 2004 aux élections européennes, Bruno Gollnisch avait quitté Lyon pour se présenter dans la grande région Est. Une façon d'exister nationalement. Aux prochaines échéances, il reviendra dans la région pour se présenter aux législatives, "soit dans le Beaujolais, soit dans l'Est-lyonnais". Ensuite, pour les municipales, il n'est pas décidé : "J'ai déjà beaucoup de mandats. Mais il y aura des listes FN à Lyon. Et je crois que nous serons au deuxième tour dans tous les arrondissements." Et d'expliquer : "En 2001, il y a eu une contre-performance. Nous n'étions pas totalement guéri de l'affaire Mégret et il y avait les listes Millon, qui, sans le support d'aucun parti institutionnel, ont réalisé une performance assez remarquable". Gollnisch drague d'ailleurs ouvertement les millonistes, assumant "une "évidente proximité avec eux" et assurant que "certains et non des moindres, qui ont été tête de liste de Millon, seront candidats sur mes listes FN à Lyon".

Un procès en négationnisme qui s'annonce très chaud
Les 7 et 8 devrait se tenir à Lyon son procès, suite à ses déclarations sur les chambres à gaz. Les deux jours s'annoncent chauds, car Gollnisch a appelé ses sympathisants à venir manifester devant le Tribunal pour "la liberté d'expression". En attendant, il ne regrette rien et voit dans cette affaire un mauvais coup de Dominique Perben (UMP), ancien ministre de la Justice, pour l'éliminer politiquement : "Il sait bien que les voix que le FN fait à Lyon pourraient contrarier ses ambitions à Lyon. C'est ça le fond du problème ! Mais je crois qu'il s'est définitivement fermé la mairie de Lyon, car ceux qui ont de la sympathie pour moi ne reporteront certainement pas leurs voix sur lui."

"Je ne suis pas un humaniste"
Il faut brancher Gollnisch sur la double-peine, pour se souvenir que c'est bien un élu FN qui est assis en face de vous. Il explique que "spirituellement" et "humainement", il comprend la "compassion" envers certains expulsés : "Mais un responsable politique est amené à prendre des décisions. J'ai été officier de marine. S'il y a une voie d'eau dans un navire, on ferme les cloisons étanches. Et il y a un certain nombre de types qu'on condamne à être noyés comme des rats. Si on ne prend pas cette décision, au moment où il faut, c'est tout le navire qui coule. Alors il y a des humanistes qui disent : "C'est pas grave, on noie tout le monde". Moi je n'en suis pas."

Solution radicale
Pour résoudre la crise du logement, Gollnisch a aussi une solution assez radicale : arrêter de lutter contre l'étalement urbain. "Il faut construire ! Pour cela, il faut cesser de stériliser 80 % de la campagne française. Je suis partisan qu'on mette des critères esthétiques forts : si vous construisez dans le Beaujolais, mettez des tuiles romaines et une pente de 30 %... Mais que l'on construise !"
L'éloge de Bayrou
Si Gollnisch brocarde les "marchands de soupe" Sarkozy et Royal, il est moins sévère avec "les gens qui restent fidèles à leur conviction". Il cite : "Bayrou a une cohérence, une doctrine. C'est le cas aussi de Fabius." S'il devenait premier ministre de Jean-Marie Le Pen, et qu'il devait composer un "gouvernement d'Union nationale", il pourrait faire appel au président de l'UDF : "Avec Besancenot, ça paraît difficile, mais avec Bayrou oui ! Nous ne sommes pas des idéalistes. Pour gouverner, il faut faire des compromis. J'ai donné l'exemple en 98." Gollnisch ajoute : "Millon a eu tort d'ailleurs : s'il avait assumé ses choix, il pouvait ouvrir une voie." Mais à l'époque, François Bayrou s'était farouchement opposé aux alliances droite-FN dans les régions... On doute qu'il y réponde favorablement demain.

Lyon Capitale Semaine du 7 novembre 2006 - N°591

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