Entretien avec Dominique Perben : "Avec Collomb, aucune rupture n'est possible"

Après avoir rallié une partie du Modem, et présenté ses listes, il veut consacrer son énergie à expliciter les différences entre son projet et celui de Collomb. En axant beaucoup sur le social, l'écologie et les infrastructures (métro, TOP).

Lyon Capitale : A la différence de Gérard Collomb qui ouvre son projet sur les aspects économiques, vous insistez d'emblée sur l'humain, la solidarité et l'attention aux plus fragiles. Sentez-vous un déficit à Lyon sur ces aspects humains et sociaux ?
Dominique Perben : Complètement ! Mon adversaire a un pur discours d'urbaniste, technique. Je trouve son document terriblement désincarné ! C'est la synthèse de fiches techniques, et pas du tout l'expression d'un débat politique approfondi. Alors que notre projet est le fruit d'un travail très collectif de quatre ans. C'est tout sauf un programme technocratique.

Le social est le terrain privilégié de la gauche. En quoi feriez vous mieux ?
Mon adversaire le dit lui même : "Après l'économique, on va s'occuper de l'humain"... Ça veut dire que pendant sept ans ça n'a pas été sa priorité ! Moi, je suis profondément convaincu que la ville est dure aux fragiles. Il y a donc un énorme travail à faire pour que la ville recrée une culture urbaine, une civilisation sociale de grande qualité.

Quels résultats peut obtenir un politique sur ce terrain ?
Beaucoup ! D'abord sur l'enfance et l'adolescence, qui pour moi est une priorité absolue. Je souhaite vraiment qu'en terme d'accueil de la petite enfance, d'accompagnement scolaire, de prévention des problèmes de l'adolescence, on puisse faire de Lyon un modèle. Autre exemple, sur le troisième âge, je suis scandalisé par l'attitude de Gérard Collomb depuis 7 ans. Il a même abandonné les résidences pour personnes âgées qui étaient un des grands acquis de la mandature Pradel.

Vous souhaitez nommer un "adjoint anti-solitude"... En quoi le politique peut-il agir sur cette problématique ?
Il y a tout un maillage social à mener avec les associations. C'est là où j'ai une approche très différente de mon adversaire, qui raisonne en fonction de ses compétences propres et râle parce que les autres ne font pas ceci-cela. Dans une ville, ce n'est pas comme ça que ça se passe ! Le maire peut très bien agir comme catalyseur, être celui qui rend possible parce qu'il va rapprocher les points de vue, coordonner des initiatives, faire bouger les choses... Ça, j'en ai l'expérience.

Collomb promet d'atteindre 20 % d'HLM, et vous ?
Oui, c'est bien 20 %... c'est la règle, il faut la respecter ! Mais il ne faut pas s'arrêter à la loi. Il faut développer l'offre de logements sociaux à l'intérieur de la ville, aider vraiment les classes moyennes dans leurs relations avec leurs propriétaires et enfin inciter les gestionnaires de HLM à vendre un partie de leur patrimoine aux familles. Ce qui permettra ainsi de construire davantage de logements neufs. C'est un élément de rupture par rapport à la situation actuelle.

Vous critiquez vertement "l'immobilisme" de Gérard Collomb. Les Lyonnais ont pourtant souvent le sentiment qu'il a fait "bouger la ville", qu'il a un bon bilan...
Les sondages ne demandent pas s'il a réalisé ou non les infrastructures nécessaires à l'avenir de la ville. Il n'a pas bougé sur le périphérique, alors qu'il s'y était engagé en 2001... En fait, il a reculé devant l'obstacle. Deuxième exemple, ses atermoiements sur la liaison Lyon/Saint-Etienne... Au fond, il n'est pas leader sur ce dossier. Enfin, je trouve tout à fait dommageable qu'il n'y ait pas eu de vrai débat sur le métro. Le tramway c'est très bien mais au-delà d'une certaine distance, les durées de trajet sont telles que vous recréez un appel d'air pour la voiture. Là, c'est un dossier qui est fermé, il n'y a rien du tout dans son projet sur le métro et je trouve ça tout à fait regrettable.

Sur le métro, Collomb juge votre projet "fantasmagorique" !
C'est trop facile ! Avec ce type de raisonnement on n'aurait jamais rien fait, à commencer par les premières tranches du métro. Collomb sait très bien qu'il y a des possibilités de financement en partenariat public/privé... La question c'est d'abord de savoir ce que l'on veut. Moi je ne pense pas qu'on puisse s'en passer.

Une des conclusions du Grenelle de l'Environnement, c'est qu'il faut limiter les infrastructures routières. Vous défendez ardemment les projets TOP, COL, A45, A89... N'est-ce pas incompatible avec votre ambition de "faire de Lyon la référence écologique en Europe" ?
Non mais attendez : la situation aujourd'hui est abominable ! La pollution de l'agglomération lyonnaise est épouvantable ! Encore ces jours-ci on a dépassé tous les pics de pollution possibles et imaginables ! Ce ne sont pas les autoroutes que je propose qui provoquent la pollution d'aujourd'hui ! Au contraire, l'absence de ces infrastructures génère des trafics parasites, des embouteillages invraisemblables... Sans compter les pertes de temps, d'argent, et à terme, les effets sur la croissance économique de l'agglomération ! Donc il est absolument urgent de lancer ces opérations !

Dans les grands projets de réaménagements urbains, peut-on dire que Gérard Collomb propose de refaire les quais de Saône, et vous de reconquérir le port Edouard Herriot ?
Aménager les berges du Saône, on est tous d'accord là-dessus ! Sur l'aménagement d'espaces verts, je crois beaucoup à cette perspective à court, moyen et long terme consistant à réaliser progressivement un grand espace vert au sud de la ville à partir du port Edouard Herriot. Ça peut vraiment être un enjeu stratégique majeur pour l'agglomération, qui va sans doute beaucoup se développer au sud.

N'a-t-on pas besoin de ce port ?
Si bien sûr, mais on peut aussi avoir des développements portuaires plus au sud. On ne peut pas considérer comme définitif le stockage de produits dangereux à l'intérieur de l'agglomération, ou de voir des produits toxiques transiter par nos rues...

On peut dire la même chose de tout le couloir de la chimie...
On ne peut pas faire comme si le problème n'existait pas : il y a des jours où l'air est irrespirable à Lyon ! Le rôle du candidat à la mairie, c'est de poser les enjeux ! J'ai souhaité introduire le couloir de la chimie dans le débat municipal parce que je pense que c'est un dossier qu'il faut anticiper, avec le monde industriel, pour développer des activités alternatives dans le domaine chimie environnementale.

Vous proposez le "doublement des espaces verts". Collomb répond : "Quel quartier va-t-il raser ?"
C'est le même Collomb qui dit qu'il ne faut pas que la campagne soit au ras du bitume ? Il ne s'agit pas de raser un quartier, c'est vraiment une réflexion stupide ! Il s'agit de la caserne Sergent-Blandan, du port Edouard Herriot, du développement de Gerland, du "Jardin sans fin"... Il y a des potentialités d'espaces verts considérables dans la ville ! De même sur le site RVI (avenue Lacassagne), mes propositions sont radicalement différentes de celles de Collomb. Lui veut urbaniser, moi je souhaite implanter un pôle de loisirs nautiques et un parc. Globalement, je trouve le maire sortant extraordinairement prisonnier d'anciens modes de pensée. On a l'impression qu'aucune rupture n'est possible dans aucun domaine. Le rôle du politique, ce n'est pas uniquement récupérer les notes techniques des services municipaux...

Votre projet multiplie les créations de "conseils" pour la santé, le patrimoine, l'économie, ou de "maisons" de l'adolescence, la création d'entreprise, la famille... Est-ce une forme de gouvernance ou des comités Théodule ?
Oui, c'est une forme de gouvernance. Ce qui a beaucoup manqué ces dernières années, c'est la transparence. Pour l'avenir du stade de Gerland par exemple, les élus ont systématiquement appris dans la presse les décisions du maire ! Moi je trouve très important qu'il y ait des lieux de débat pour laisser décanter les projets.

Vous avez aussi évoqué le manque de transparence de Collomb sur les marchés publics...
Je laisse les élus de sa majorité en parler, ils le font très bien !

Que pensez-vous de "Collomb, copain des patrons" ?
Dans la vie publique, chacun doit rester à sa place. Dans ma carrière, j'ai beaucoup travaillé avec les chefs d'entreprise. Je continuerai à le faire dans le cadre du conseil stratégie et économique composé de chefs d'entreprise dont la liste est connue de tous. Plutôt que d'entendre que le maire "fréquente" tel ou tel, il vaut mieux un lieu où l'on s'occupe de ça, en toute transparence, et qui fasse l'objet de comptes-rendus publics.

Votre projet évoque le nécessaire développement de la région urbaine, de la métropole, mais vous êtes aussi très attentif aux problèmes de quartiers, évoquant une ville "aux 35 villages", avec une pointe de nostalgie...
Nos concitoyens attendent une ville qui leur permette d'être à la fois complètement dans la concurrence internationale, la vie moderne, et en même temps, qui soit un lieu de bien-vivre. Ce qui fait le bonheur de se retrouver quelque part, c'est que ce soit unique, que la Croix-Rousse ne ressemble pas à Gerland ou à Saint-George. On peut travailler sur beaucoup de choses, comme l'éclairage. C'est très subjectif, et à la fois très important. Ce n'est pas de la nostalgie, mais il faut bien trouver des réponses à la fuite des gens de la ville, à cette tendance à partir à l'extérieur, alors que la ville peut être très agréable. La municipalité actuelle néglige le détail urbain, laisse s'accumuler la saleté, les tags... C'est invraisemblable qu'une ville comme Lyon ait encore des problèmes de ramassage des ordures !

Une série de sondages vous donnent largement perdant. Êtes-vous un "homme à terre" comme l'écrit un de vos colistiers sur son blog ?
J'espère que vous avez lu le blog, et pas seulement l'article du Monde qui en parle... On lui fait dire des choses qu'il ne dit pas ! Mais non, je ne suis pas du tout un homme à terre. Ce ne sont pas les sondages qui m'ont déchiré la rétine (sourire)... Le combat est devant nous, pas seulement derrière.

L'issue dépendra beaucoup de la dynamique nationale et de Nicolas Sarkozy, non ?
Les municipales, c'est à la fois national et local. Le contexte national est difficile, cela peut changer. Toute la stratégie de mon adversaire, c'est d'éviter le débat. Il veut laisser croire que sur le contenu, il n'y a pas de différences, ou que s'il y en a, Perben est dans la "fantasmagorie". Alors que tout ce que je propose en matière de petite enfance, de métro, de périphérique, de personnes âgées, de propreté, ce sont des vraies différences. Il me reste un mois pour faire passer le message.

Un sondage révèle 47 % d'opinion négative des Lyonnais à votre égard... Comment interprétez-vous ce rejet ?
Je n'interprète rien. On est dans une appréciation à caractère politique, pas sur des élucubrations sur le caractère des uns ou des autres. Ce qui fait authentiquement ma personnalité, c'est que je suis un homme de décision, un homme qui prend les problèmes à bras le corps. Je suis convaincu que pour ces prochaines années, Lyon et le Grand Lyon ont besoin de quelqu'un qui ose affronter les difficultés. Le maire actuel est un homme qui louvoie. Chaque fois qu'il a eu un dossier difficile, il l'a évité en ne prenant pas de décision. Je crois que c'est très dangereux pour l'agglomération.

Propos recueillis par Anne-Caroline Jambaud et Raphaël Ruffier-Fossoul

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