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Comment ils ont déclaré leur candidature à la présidentielle

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Excepté Georges Pompidou, décédé brutalement, tous les présidents de la République ont demandé aux électeurs un nouveau mandat. Comment Nicolas Sarkozy procédera-t-il ? De qui s’inspirera-t-il dans cet exercice solennel et assez convenu ?

C'est imminent, confient à l'envi les proches du Président. Nicolas Sarkozy devrait cette semaine lancer sa campagne présidentielle. C'est un faux suspens : multipliant les propositions, mi-programme mi-annonces gouvernementales, il endosse déjà les habits de candidat depuis ce début d'année. Le 27 octobre 2011, le journaliste Yves Calvi avait clos l'interview du président de la République en lançant ironiquement : “Vous n’êtes donc pas candidat mais peut-être déjà en campagne.” Faut-il donc que ce soient les journalistes qui rompent le secret de Polichinelle ?

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Il y a là un mythe républicain qui n’est pas sans rappeler les deux corps du roi : d’un côté, le chef de l’État, garant de la Constitution et de l’indépendance de la nation ; de l’autre, l’animal politique qui concourt à une élection. La déclaration de candidature est un exercice indépassable de métamorphose de l’un en l’autre. Il y a un avant et un après. Plus encore pour un président ou un Premier ministre en exercice. Cette entrée dans la campagne officielle suppose pour eux de répondre à la question : Pourquoi cinq ans de plus ? Que faire, que je n’aie déjà fait ? Par cet acte, ils descendent de leur piédestal constitutionnel et rejoignent la horde des prétendants. Avec le risque d’être soupçonné d’abandonner l’intérêt général et la conduite du pays.

1965 : Moi ou le chaos

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Un mois avant le premier tour, le père de la Constitution de 1958 se lance dans la première élection au suffrage universel direct. Il définit les codes qui seront ensuite repris : une déclaration tardive, une allocution télévisée depuis son bureau de l’Élysée, un ton solennel. Le phrasé est saccadé, radiophonique. Une autre époque : l’image est en noir et blanc. Le premier président de la Ve République convoque le héros de l’histoire, le sauveur national, rappelant ses interventions “il y a vingt-cinq ans, lorsque la France roulait à l’abîme”, “il y a sept ans” quand il évitait à la France la “guerre civile” et la “faillite monétaire et financière”. Dans une conception référendaire de la présidentielle, il demande l’“adhésion franche et massive” des Français pour assurer l’“avenir de la République nouvelle” – “sinon personne ne peut douter qu’elle s’écroulera aussitôt”.

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1981 : Moi ou la “décadence”

Le 2 mars 1981, Anémone et bouquet de fleurs à ses côtés, Valery Giscard d’Estaing fait une allocution officielle devant un fond neutre. Pas de coup d’État en vue – il commence par déclarer : “Je vous rendrai le pouvoir que vous m’avez confié”, insistant lourdement sur ce point. La Constitution est encore jeune…

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Alors que les sondages s’érodent, il paraît sur la défensive, promettant l’apocalypse en cas d’alternance : “décadence économique”, “Adieu, la solidité du franc et la liberté d’entreprise”, “Adieu, l’indépendance nucléaire”. Combatif, moderne, il insiste sur son éthique de gouvernance. Et théorise cette schizophrénie institutionnelle, affirmant que “le président de la République continuera sa tâche jusqu’au bout” et que “le candidat s’en distinguera entièrement”.

1988 : Moi ou les “clans”

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Nicolas Sarkozy a un modèle : François Mitterrand. En 1988, celui-ci est resté au-dessus de la mêlée jusqu’au 22 mars – l’élection avait lieu cinq semaines plus tard. Laissant Jacques Chirac s’agiter dès le 16 janvier, et Michel Rocard trépigner dans l’ombre dans le rôle de joker. François Mitterrand rechigne-t-il à faire campagne ? Est-ce seulement nécessaire quand tous les sondages lui assurent sa réélection ?

C’est d’un oui tout monarchique qu’il répond à Henri Sannier, dans une interview plutôt que dans une allocution. Il le fait du bout des lèvres, comme le seront ses réponses aux deux questions suivantes : “Vous avez mûrement réfléchi ? – Je le crois.”On peut savoir quand vous avez pris votre décision ? – Je n’en sais rien moi-même.” Une armée d’anges passe. Tonton expose ensuite avec conviction les axes de sa campagne : “une France unie”, contre “les bandes, les clans et les intérêts particuliers”. La campagne éclair commence.

1995 : Le premier acte de la chute

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Le 18 janvier 1995, Édouard Balladur est au faîte de sa popularité. Dix jours plus tôt, son ministre du Budget, Nicolas Sarkozy, a même entrevu à “L’heure de vérité” son élection dès le premier tour. Mitterrand malade, il est une sorte de vice-président. Cette déclaration de candidature semble cependant difficile au Premier ministre. Ainsi renie-t-il son engagement, pris publiquement, à son “ami de trente ans” Jacques Chirac, qu’il n’en ferait rien.

Dans une annonce surannée, il est guindé, engoncé dans le décor de Matignon. “J’avais dit en prenant ma fonction de Premier ministre que je souhaitais me consacrer exclusivement au redressement du pays, et garder le silence sur tout le reste jusqu’au début de 1995. J’ai tenu mon engagement”, déclare-t-il, avec circonvolutions. Cette déclaration pénible est révélatrice de cette mue impossible, du Premier ministre habile et populaire au candidat mal à l’aise dans un contact direct avec l’opinion.

2002 : La spontanéité étudiée VS le fax

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En 2002, les deux têtes de l’exécutif innovent. Jacques Chirac fait son outing le 11 février, pour sortir d’une cohabitation qui le tient pour marginal dans la conduite du pays. Il le fait par une réponse – et non une annonce – à la maire d’Avignon, et face aux militants. “Cette question, on la pose partout en France”, lance, cabotine, Marie-Josée Roig. “Oui, je suis candidat au milieu des Français”, répond tout en simplicité le président sortant. Jouant la spontanéité et l’effet de surprise.

Neuf jours plus tard, Lionel Jospin, son Premier ministre, lui emboîte le pas. “Présider autrement”, promet-il. Se déclarer autrement, montre-t-il : depuis son domicile personnel, par fax à l’AFP. Il expédie sa candidature comme un bon de commande, à la va-vite. Aux journalistes – qui plus est – plutôt qu’aux citoyens. Sans image, les télés consacrent le soir même une large place aux réactions, notamment celles des compétiteurs. Il n’empêche, Lionel Jospin a essayé de trouver un substitut à la prestation télévisée. Doit-on à présent attendre une déclaration sur Twitter ?

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