Comment Collomb torpille la candidature de Perrin-Gilbert

La maire du 1er arrondissement veut s’engager pour les régionales. Mais Gérard Collomb s’emploie à lui faire obstacle. Du coup, leur relation qui n’était pas au beau fixe se refroidit.

Nathalie Perrin-Gilbert veut être élue régionale et elle le dit. "Je veux montrer que je peux travailler dans un exécutif. Les maires d'arrondissement sont de plus en plus des pantins vu que la mairie centrale concentre tous les pouvoirs", expose-t-elle. Mais Gérard Collomb compte bien lui barrer la route.

En coulisse, l'heure est aux grandes manoeuvres pour constituer la liste qui sera présentée par le PS. C'est un savant dosage qui prend en compte la parité, le renouvellement des générations et la diversité des pressentis. Mais aussi le poids relatif de chaque motion issue du congrès de Reims. Pour torpiller Nathalie Perrin-Gilbert, Collomb fait monter une candidature concurrente, forcément féminine : celle de Sarah Peillon, adjointe au maire du 7e arrondissement et attachée parlementaire de Jean-Louis Touraine. Son objectif : faire ainsi descendre le nom de Nathalie Perrin-Gilbert dans la liste socialiste. Il s'emploie à en faire de même avec les candidatures de Philippe Zittoun ou de Jules Joassard (motion C). D'autant qu'entre le premier et le second tour des régionales, des candidats écologistes, communistes et peut-être centristes, viendront s'intercaler entre les noms socialistes, reléguant certains en position non éligible.

Perrin-Gilbert : "moi je ne pisse pas"

Ces derniers jours, le maire est passé à la vitesse supérieure. Il a mandaté Sylvain Auvray, chef de cabinet, ici exécuteur de basses oeuvres, pour faire passer le message auprès des représentants de la motion A (celle de Bertrand Delanoë) à la commission électorale du PS. Opération barrage à la candidature de Perrin-Gilbert, elle-aussi signataire de la motion A. L'homme est connu pour s'activer avant les votes importants - à la fédération du PS comme en conseil municipal – afin de veiller à ce que la position des élus ou des militants soit conforme à celle du patron.

"Auvray, c'est un robot. Il n'est pas PS ni même à gauche. il n'est que Collomb", nous confiait un membre du bureau fédéral du PS (Cf. dossier "Les hommes de l'ombre" à lire ce mois-ci dans Lyon Capitale). Celui-ci a notamment pris langue avec Christiane Demontès et Pierre-Alain Muet. Il leur a présenté le même argument : Perrin-Gilbert n'est pas de confiance. "Dans les votes importants, elle est susceptible de s'abstenir", leur a-t-il soufflé. Il vise notamment l'attitude de la maire du 1er sur le grand stade où celle-ci s'est opposée au choix de Décines et a ferraillé contre le foot-business. C'est peu dire que le député Pierre-Alain Muet n'a pas été convaincu par l'appel. "J'ai défendu auprès de Gérard Collomb sa candidature. Nathalie peut apporter sa jeunesse, sa compétence, sa sensibilité, son ancrage lyonnais et son attachement au développement durable à la liste PS", souligne-t-il. Martine Roure, qui dément avoir faire l'objet de pressions, apporte aussi son soutien à la jeune élue. "Il y a actuellement des règlements de compte interne à la motion A entre diverses sensibilités. Et certains contestent peut-être la candidature de Nathalie", glisse un collaborateur du maire.

Spectateur lointain de ces manoeuvres, Jean-Jack Queyranne est partagé : d'un côté, ça ne lui déplairait pas de compter une personnalité comme Perrin- Gilbert dans son équipe, mais de l'autre, il tient à ne pas mécontenter Collomb. Quant à Nathalie Perrin-Gilbert, elle peste contre son détracteur. "Il n'accepte pas de nuances dans le positionnement des élus socialistes, Certains préfèrent aller pisser au moment du vote pour éviter de s'abstenir publiquement. Moi c'est sûr, je ne pisse pas". La maire du 1er arrondissement appréhende le vote fédéral comme un test. "On va voir si le parti se dirige vraiment vers la rénovation ou si les militants suivent les barons locaux dans leurs oukases", résume-t-elle.

"Mon bureau t'est toujours ouvert"

La maire du 1er arrondissement rendosse avec naturel la position de frondeuse. Pourtant, ces derniers mois, elle a envoyé des signaux d'apaisement en direction de l'hôtel de ville. Elle a pris l’initiative de voir Gérard Collomb pour solliciter une entrevue. "Mon bureau t'est toujours ouvert", lui a rétorqué le maire, chafouin. Deux fois, il s'est pourtant décommandé à la dernière minute. Et il y a quinze jours, lors de l'inauguration du local de campagne de Queyranne, alors qu'elle lui proposait enfin de se parler, il a très vite tourné des talons.

Obstinée, Nathalie Perrin-Gilbert ne s'en laisse pas compter. Elle a par exemple présenté la candidature dissidente de sa mairie d'arrondissement comme site expérimental à une réduction du niveau des ondes des antennes-relais. Or la Ville avait proposé officiellement le secteur Guillotière-Part-Dieu alors même que ce sujet est un combat de longue date de Nathalie Perrin-Gilbert. "Cette décision n'a fait l'objet d'aucun débat. Or les Pentes avaient tout à fait le profil pour être choisi : c'est un habitat ancien, dense (18 000 habitants au km2) et concentrant nombre d'établissements scolaires", objecte la maire qui a finalement monté son propre dossier. « De toute façon, le maire de Lyon est trop proche des opérateurs de téléphonie mobile pour pousser sa candidature. Au final Lyon ne sera pas retenue », affirme un associatif.

Lire aussi : Quand Perrin-Gilbert interpelle Woerth

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