Collomb menacé sur sa gauche ?

Les militants de la gauche de la gauche (LCR, décroissants, altermondialistes) sont parvenus à un accord, unique en France, pour faire cause commune aux municipales lyonnaises. Pas de tête de liste mais une figure qui se dégage, celle de Sophie Divry. Cette jeune journaliste souriante, militante de la Décroissance, maîtrise parfaitement l'exercice oratoire et pourrait bien emmener cette liste "anticapitaliste et écologiste", nommée Audaces, vers des sommets. Avec pour objectif d'amener quelques "vrais élus de gauche" au conseil municipal, face à "quatre candidats de droite", Collomb compris.

Lyon Capitale. Comme Dominique Perben, vous n'êtes pas satisfaits du bilan de Gérard Collomb "en matière écologique et solidaire". Qu'est-ce qui coince le plus ?
Sophie Divry : La liste est longue... L'Hôtel-Dieu est pour Audaces emblématique de la politique de Collomb, qui veut en faire un palais du luxe et de la consommation, avec à l'intérieur un hôtel quatre étoiles, un spa pour les clients richissimes et des boutiques de luxe. Et il dit qu'il rend l'Hôtel-Dieu aux Lyonnais... Mais de quels Lyonnais s'agit-il ? Certainement pas les mêmes que ceux à qui nous voulons parler. En fait, le projet de Collomb est "contre-révolutionnaire", au sens propre : il veut rendre aux riches un palais du peuple. Nous, dans l'Hôtel-Dieu, on verrait bien une crèche, une grande salle municipale, un atrium pour des concerts ou une auberge de jeunesse.

A quels Lyonnais s'adresse Collomb ?
Il parle à cette jet-set mondiale qui est un jour à Milan, un autre à Barcelone ou Tokyo. Mais il est très triste car dans le classement des grandes agglomérations européennes, en terme d'attractivité pour les chefs d'entreprises, Lyon n'est qu'à la 24e place. C'est du socialisme municipal façon Las Vegas. Pour nous, il y a quatre candidats de droite à Lyon : le Modem, le FN, Perben et Collomb, qui se place depuis toujours au centre-droit. Sur ses tracts et ses affiches, il n'y a plus aucun logo du PS. Son discours est celui de la compétitivité internationale, aux antipodes des préoccupations des Lyonnais, comme le logement et les places en crèche. Le slogan de Collomb, c'est "après l'économie, l'humain". Pour nous, c'est une monstruosité. On dit : d'abord l'humain !

Mais il y a des écologistes, des communistes et des socialistes sur sa liste...
Des militants Verts nous ont rejoints car ils étaient furieux de ne pas pouvoir proposer une alternative écologiste véritable à Gérard Collomb. Quant aux communistes, ils sont phagocytés. Ils essayent de "changer les choses de l'intérieur". Avec quel résultat ? Le service de nettoyage public du 1er vient d'être externalisé... Le PC avalise, alors qu'ils n'ont que les mots "services publics" à la bouche. Autre exemple : depuis 2001, seulement 6100 logements sociaux ont été construits dans le Grand Lyon. L'adjoint au logement Louis Lévêque (PC) reconnaît lui-même, par la bouche de son chargé de mission, qu'il aurait fallu en construire au moins le triple...

Pourquoi vous opposez-vous aux opérations de démolition - reconstruction dans les cités ?
Parce qu'on ne reconstruit pas pour les mêmes populations. Les nouveaux loyers sont tels qu'on chasse encore plus loin les anciens habitants... Il faut considérer les habitants des quartiers comme sources de propositions plutôt que sources de problèmes, les écouter plutôt qu'arriver avec des solutions clé en main.

Sur le plan écologique, beaucoup considèrent que la mairie actuelle a plutôt un bon bilan, avec les berges et vélo'v...
On n'a jamais construit autant de parkings que depuis que les Verts sont dans la majorité municipale. Plus de 5 000 places de parking en centre-ville... mais seulement une poignée de pistes cyclables en 7 ans ! Quand on voit ce que fait Denis Baupin à Paris, on se dit que lorsque les Verts se présentent seuls au premier tour et engagent un rapport de force, ils peuvent vraiment faire quelque chose en matière d'écologie.

Quelles sont vos propositions en la matière ?
Il faut faire un choix entre les modes doux et les modes violents. Arrêtons de développer la voiture alors qu'on en crève ! On ne peut pas faire rentrer les voitures dans Lyon comme dans une guimauve. Sinon on pratique une écologie pot-de-fleurs. La ville n'a pas été conçue pour la voiture. On ne doit pas tout lui sacrifier. Aujourd'hui, quand il y a un pic de pollution, les enfants ne sortent plus en récréation, mais les voitures continuent de rouler ! Il faut radicalement chasser la voiture du centre-ville, faire de vraies zones 30 et permettre aux vélos de réellement se développer. Dans les pentes de la Croix-Rousse, marcher est devenu très compliqué tant toute la place est laissé à la voiture, alors que les trois quarts des habitants n'en ont pas. Rue Leynaud, rue Burdeau ou rue Imbert Colomès, il y a 15 à 60 places de stationnement, mais 500 à 800 personnes qui y vivent ! Il faut redonner l'espace public aux êtres humains ! Le problème, c'est que nos élus sont issus des classes supérieures, ils ont tous une voiture et pensent la ville derrière leur volant.

Que préconisez vous pour les TCL ?
La priorité, c'est d'augmenter la fréquence des trams et des bus. À Grenoble, ils font bien mieux que Lyon ! Il faudrait aussi qu'on ajoute une rame à chaque métro et tramway consacrée au vélo. Ça permettrait d'aller vraiment partout en vélo. C'est simple, ça ne coûte pas cher. Pourtant ça ne se fait pas parce que le vélo n'est pas pris au sérieux. La voiture, oui, on trouve toujours un moyen de la faire passer. Mais pas le vélo. Pour nous, idéalement, il ne faudrait même plus de pistes cyclables, mais une priorité aux vélos avec des pistes "voiturables"...

Votre projet aborde aussi la question des crottes de chiens. Est-ce un passage obligé pour tous les candidats ?
C'est un sujet souvent négligé. L'environnement naturel du citadin, c'est la rue. Est-ce qu'elle doit être un dépotoir ? Ou doit-on considérer, par respect des gens et surtout des enfants, qu'on ne fait pas tout et n'importe quoi sur un trottoir ? À Lyon, il n'y a plus un gazon qui ne soit pas infesté par les crottes de chien. Il suffit de faire respecter la loi et de mettre des PV. Et en deux mois, la question sera réglée. Quand on parle de crottes de chiens, les journalistes rigolent. Mais on veut aussi s'occuper des problèmes terre à terre des Lyonnais.

A quoi ressemblerait la ville si vous étiez élus ?
On aimerait une ville par quartier pour que la vie soit simple pour les Lyonnais : qu'ils puissent amener leurs enfants à la crèche ou à l'école, trouver des commerces de proximité, avoir des loisirs et des espaces calmes le week-end sans avoir besoin de prendre sa voiture pour fuir Lyon. C'est le contraire de ce qui est fait aujourd'hui : Collomb veut faire des "pôles" : le pôle business à la Part-Dieu, le pôle mode et art contemporain sur les Pentes, le pôle déambulation sur les quais du Rhône, le pôle loisir à Décines et le pôle consommation rue de la République... Résultat, on ne peut plus trouver une boulangerie sur les Pentes, on ne peut pas sortir à la Part-Dieu, ni boire un café rue de la République... Tout devient ghetto.
Ça rejoint l'idée de Perben de "Lyon aux 36 Villages"...
On n'a pas la même vision de la ville. Son raisonnement "moins de bouchons = moins de pollution" est criminel ! Notre objectif premier reste de battre la droite. Même si le projet de Collomb, qui est fasciné par le monde des entreprises, se rapproche plus de celui de Perben que du nôtre.

Votre objectif, c'est la défaite de Perben ?
L'objectif c'est de dépasser 10 % et ainsi d'avoir des élus ! Les listes d'union que nous présentons sont une initiative unique en France. On a réussi à faire aux municipales ce que Bové et Besancenot n'ont pas réussi à la présidentielle ! Les Objecteurs de croissance dont je suis, s'ajoutent à cette union. Nous sommes la seule liste écologique et sociale à Lyon et nous voulons nous faire entendre au conseil municipal. Pour répondre à votre question : notre ambition, c'est de remporter la mairie ; notre volonté, c'est d'avoir des élus : notre objectif est de faire 20 % minimum sur les six arrondissements où nous nous présentons.

Cela veut-il dire que vous ne vous allierez pas avec Collomb ?
Oui, c'est la base de notre accord politique. Là où nous obtiendrons 10 %, soit nous nous maintiendrons, soit on verra si une alliance purement technique peut nous permettre d'avoir des élus. Mais politiquement, nous resterons toujours indépendants.

Vous n'avez pas de tête de liste générale. Si par extraordinaire, vous l'emportiez, qui serait maire ?
C'est le conseil municipal qui élit le maire. On a choisi trois porte-paroles, car on n'est pas dans le marketing politique ou dans l'hyper personnalisation. On veut être jugé sur notre programme. C'est aussi considérer les électeurs comme des adultes et pas leur vendre le contenant pour le contenu.

Propos recueillis par Laurent Burlet et Raphaël Ruffier-Fossoul

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