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Ballotage très favorable pour la gauche

L'UMP a viré en tête avec une très courte avance mais dans la pire des situations : le FN sera présent au second tour. À gauche, Jean-Jack Queyranne remporte facilement son duel face à Europe Écologie. Les partis de gauche ayant obtenu près de 50 % des voix, la victoire lui tend les bras. Europe Écologie et le Front de Gauche se satisfont eux de reproduire des scores similaires à ceux des Européennes. Quant au Modem, il continue sa dégringolade.

Queyranne, l’hyperfavori

Un grand soulagement et une petite victoire, c'est l'impression qui ressortait du camp socialiste dimanche. Ils ont sauvé l'essentiel en virant nettement devant Europe Écologie. Après un trou d'air dans sa campagne, lors de la semaine précédant le premier tour, le candidat socialiste était crispé. Au point de refuser à la presse d'accéder à son QG de campagne. Les premières estimations l'ont rassuré et c'est un Jean-Jack Queyranne souriant qui est arrivé à la préfecture pour commenter des résultats qui lui sont favorables. Mais difficile de dire au vu des résultats du premier tour qu'il s'agit d'une victoire pour le président sortant. Déjà parce qu'il devra faire des concessions aux "écolos" sur ses listes comme sur les vice-présidences. Dans son camp, le résultat d'Europe Écologie a agacé. Le partenaire sera très présent et gourmand dans les négociations en vue de la fusion des listes. Elles sont en cours actuellement. L'autre point négatif de la soirée pour Jean-Jack Queyranne est son score (25,4 %) très en deçà de la moyenne nationale du PS (29,5 %). "Les circonstances sont différentes en Rhône-Alpes. Le vote écologiste est supérieur de quatre points à sa moyenne nationale et l’UMP est bien implanté en Rhône-Alpes", s’est-il justifié.

Les bonnes nouvelles sont venues de la présence du FN au second tour. Bien sûr, les socialistes l'ont regrettée mais elle fait leurs affaires. Une triangulaire, comme cela était déjà le cas en 2004, les favorise. Le président actuel de la région n'a pas triomphé individuellement mais il est dans les meilleures dispositions pour rempiler pour quatre ans. La gauche a raflé 49,5 % des votes lors de ce premier tour. Il ne devrait pas y avoir de suspens au second tour. Jean-Jack Queyranne aurait certainement aimé une victoire plus personnelle mais il se contentera de celle de la gauche unie dimanche 21 au soir. Il sera, comme lors de son premier mandat, le président rassembleur. Un mode de gouvernance qui semble plutôt lui avoir réussi.

Grossetête première en trompe-l'oeil

Rhône-Alpes est l’une des six "seules" régions de France où l’UMP vire en tête au soir du premier tour. Le score de Françoise Grossetête est supérieur à la moyenne nationale de la droite. Voilà pour les motifs de satisfaction. "Ça va être chaud pour le second tour", confiait un proche de Françoise Grossetête. L'UMP redoutait une triangulaire avec le FN, elle aura lieu. "Le FN est l'assurance vie du PS. Chaque fois qu'ils sont présents au second tour, la gauche l'emporte", annonçait Philippe Meunier, numéro 2 de la liste UMP dans le Rhône, dans les jours précédents le scrutin. Au QG de campagne, à l'annonce des premières estimations, l'ambiance était très calme. La partie s'annonce rude et Françoise Grossetête tentait de remobiliser les troupes en évoquant la présence de réserves de voix. "Une partie des électeurs du Front National ne sont pas des extrémistes. Nous allons nous adresser à eux cette semaine et aussi à ceux du Modem et aux abstentionnistes", avançait Françoise Grossetête dimanche soir. "Nous n'avons pas réussi à mobiliser notre électorat", regrettait Michel Forissier, le secrétaire départemental de l'UMP.

À Meyzieu, fief de Michel Forissier et de Philippe Meunier, la droite est même battue par la liste de Jean-Jack Queyranne. Idem à Oullins, ville du sénateur-maire UMP, François-Noël Buffet. "Nous avons perdu notre électorat des classes populaires. Celui qui nous avait permis de gagner les élections présidentielles de 2007. Le FN l'a récupéré pour partie et les autres n'ont pas voulu voter pour nous", confiait un colistier du Rhône. Les élus de droite faisaient donc grise mine dimanche soir.

Rien ne s'est passé comme ils l'espéraient. Le FN est au second tour et puis Jean-Jack Queyranne a largement devancé Europe Écologie. L'UMP aurait aimé que les deux partis de gauche soient au coude à coude, rendant les négociations encore plus compliquées. Il n'en sera rien. L'UMP a sept jours pour mobiliser dans son camp. Un challenge d'autant plus dur à relever que déjà depuis trois semaines, la droite faisait essentiellement une campagne axée sur les militants et les sympathisants. Et leurs arguments seront les mêmes pour le premier tour : la politique menée par Nicolas Sarkozy. "Il faut resserrer les rangs, expliquer les réformes du gouvernement que les Français n'ont pas comprises", poursuit un cadre du parti. Dès ce lundi soir, ils vont débuter leur opération séduction à droite. Trois cadres de l'UMP seront du premier meeting de l'entre-deux-tours ce lundi soir à Lyon : Éric Besson, Hervé Morin et Xavier Bertrand. La victoire de ce dimanche s'apparente à un cache-misère. L'UMP qui a réussi l'union des droites n'a plus de réserve de voix et un deuxième tour en triangulaire à livrer. En 2004, ce scénario lui avait été défavorable. Alors rebelote en 2010 ? "Le deuxième tour sera très difficile", reconnaît Michel Forissier. Avant il venait de se rassurer comme il pouvait : "cette soirée électorale est tout de même meilleure que celle des municipales de 2008".

Europe Écologie s'affirme

"Je ne sais pas si le verre est à moitié plein ou à moitié vide", s'interrogeait Michèle Rivasi, député européenne et leader d'Europe Écologie en Rhône-Alpes. Un état d'âme qui traduit bien l'ambiance qui régnait à l'annonce des premières estimations dimanche soir. Le score est bon mais la bataille de la gauche est perdue. Les candidats ont opté, dimanche soir, pour le verre à moitié plein, se félicitant d'avoir transformé l'essai des élections européennes de 2009. "La déception n'a duré qu'une demi-seconde quand nous avons appris que l'on était derrière le PS. Mais ce qu'on vient de faire c'est rare. Nous avons poursuivi le rassemblement, nous gardons notre dynamique. Bayrou n'avait réalisé qu'un coup en 2007, nous venons de prouver qu'Europe Écologie, ça marche", se réjouissait le directeur de campagne de Philippe Meirieu. Lors des deux derniers scrutins, ils sont la troisième force politique en France comme en Rhône-Alpes.

Leur score baisse de deux points mais le soufflé n'est pas retombé. "Nous avons quelques dizaines de milliers d'électeurs de plus par rapport à l'année dernière. C'est une victoire", lançait Philippe Meirieu aux militants présents dans la brasserie où il a passé une partie de la soirée. Ses 17,9 % des voix lui laissent espérer de jouer un rôle très important dans la future mandature. "Nous attendions un bon résultat, nous l'avons. Europe Écologie n'est pas un feu de paille. Entre 2004 et aujourd'hui, nous avons énormément progressé. C'est rare de voir une telle évolution entre deux scrutins. L'écologie est prise en compte, aujourd'hui, par les électeurs et aussi par les autres partis. Leurs programmes ont changé, ils prennent de plus en plus en compte les éléments environnementaux. Toute la société évolue vers l'écologie", se félicitait Didier Jouve, vice-président de la région en charge de l'aménagement du territoire.

Le Front National se refait une santé

Bruno Gollnisch buvait du petit lait ce dimanche soir. "Le FN n'est pas mort", a-t-il plastronné devant les flashs des objectifs. Alors qu'il avait dégringolé à 6,81 % des voix l'an dernier aux Européennes, le revoici à un étiage conforme à ses performances habituelles : 14,01 %. Comme Gollnisch le notait, le FN réalise un bien meilleur score que les enquêtes ne le laissaient penser. La tête de liste FN a d'ailleurs réservé hier sa première salve aux instituts de sondage qui "devraient mettre la clé sous le paillasson au mieux ou être traduits en justice". Le parti dépasse haut la main le seuil des 10 % lui permettant de se maintenir au second tour et d'avoir des élus.

A qui imputer cette forme recouvrée ? À la crise économique ? Au débat sur l'identité nationale qui, comme le pense Gollnisch, a légitimé ses analyses ? Au débat sur la burqa ? Le revenant savourait hier cette position d'arbitre, ou tout au moins d'épine plantée dans le pied de l'UMP. Par cette triangulaire, il condamne le parti présidentiel. Cette performance doit cependant être nuancée. Gollnisch est loin de réaliser le meilleur score national du FN : en PACA, Le Pen (père) dépasse les 20 %. Et le FN perd en Rhône-Alpes quatre points par rapport à 2004 (18,21 %) et presque cinq par rapport à 1998 (18,97 %) où il avait été en situation de dicter ses conditions à Charles Millon. Dans l'agglomération, même s'il retrouve sa force dans l'Est lyonnais, il ne dépasse les 20 % qu'à Mions (20,6 %). C'est pourtant l'objectif que s'est fixé Bruno Gollnisch pour le second tour.

Bis repetita pour le Front de Gauche

Les élus communistes ont eu chaud aux fesses, mais c'est passé. Faisant le pari de l'indépendance, ils ont choisi de ne pas faire liste commune dès le 1er tour avec Jean-Jack Queyranne comme en 2004. Ils sont partis avec le Parti de gauche (amis de Jean-Luc Mélenchon), reconstituant le Front de Gauche. Pour pouvoir fusionner avec le PS et envoyer des élus à l'assemblée régionale, ils devaient impérativement dépasser le seuil des 5 %. C'est fait : avec 6,31 %, ils font même mieux qu'aux Européennes où ils avaient recueilli 5,24 % des voix. À la gauche du PS et d'Europe Écologie, ils surpassent les listes rivales : les "lâcheurs" du NPA qui n'avaient voulu s'associer avec eux (2,43 %) et plus encore Lutte Ouvrière (1,42 %).

Pour le second tour, l'alliance avec Queyranne ne devrait pas trop poser de difficultés : le MoDem, dont ils ne voulaient pas, est éliminé de l'élection. Reste que leur poids dans cette coalition de gauche sera tout relatif : "dans la guéguerre que se livrent communistes et écologistes pour devenir le partenaire privilégié du PS, il n'y a carrément plus photo", assène un proche de Queyranne. Comme souvent lors d'élections, ils pourront se consoler en observant leur force dans leurs bastions rouges où ils dépassent les 10 % des voix, comme à Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Pierre-Bénite et plus encore Givors (20,4 %).

Begag se prend une claque

Il y a six ans jour pour jour, la région était encore dirigée par les centristes d'Anne-Marie Comparini (UDF). Ce lundi, il ne reste aucun centriste en course pour ces régionales de mars 2010. Azouz Begag ne sera pas au second tour. En ne passant pas la barre des 5 %, il est dans l'impossibilité de fusionner avec la liste de Jean-Jack Queyranne et ses frais de campagne ne seront pas remboursés. Le Modem a eu tout faux. Seul Jean Lassalle, en Aquitaine, sera au second tour. Localement, Azouz Begag est passé totalement à côté de sa campagne. Il a régulièrement séché les débats entre candidats. Quand il était présent, son positionnement était indéchiffrable. Il appelait à la fin du cumul des mandats et vantait à longueur d'interventions le bilan de Jean-Jack Queyranne. La campagne de l'ancien ministre a été translucide : pas de meeting et peu d'actions. "Parler à des militants déjà convaincus ne sert pas à grand-chose", nous confiait son staff la semaine dernière. Sa campagne décalée, avec un tabouret et dans la rue, n'a pas trouvé son public.

Dimanche soir, le candidat du Modem, parfois volubile s'est montré très discret. Il n'est pas passé à la préfecture pour donner son analyse des résultats. Il était à Villeurbanne, au siège du Modem, bien à l'abri de la presse. Pour Damien Thiebaut, conseiller national du parti : "c'est un échec national, une débâcle globale, ce n'est pas un désaveu de notre tête de liste". Même les plus déçus, les élus sortants, qui plaidaient pour une fusion dès le premier tour avec Jean-Jack Queyranne, ont épargné Azouz Begag. "Nous aurions pu envisager une stratégie régionale. On savait qu'on était sur une pente descendante. Nous n'avons pas pu saisir cette chance alors même qu'en Rhône-Alpes, nous avons un président de région qui est un authentique démocrate", observait Fabienne Faure, conseillère régionale sortante. Même Éric Lafond qui avait demandé à la direction du parti de repenser à la désignation d'Azouz Begag a esquivé le sujet, demandant plus des comptes à François Bayrou sur le choix guidé par la notoriété d'Azouz Begag et sur la ligne politique à gauche choisi par le Modem qui avait réalisé de bons scores en se plaçant en 2007 dans la posture du ni gauche ni droite. Depuis plusieurs semaines, il prédisait un mauvais score mais même lui dimanche soir aurait préféré se tromper : "On est jamais heureux d'être sur un champ de ruines".

Pari perdu pour le NPA

Ils ont refusé de s'allier avec le Front de Gauche en Rhône-Alpes et les dirigeants locaux du NPA peuvent s'en mordre les doigts. Avec 2,4 %, ils réalisent un très mauvais score et ont perdu le leadership de l'extrême gauche, laissant le champ libre au Front de Gauche. La campagne du parti d'Olivier Besancenot n'a pas été réussie aussi bien nationalement que localement. Le seul bon résultat du NPA est enregistré en Limousin (13,13 %). Une région où ils ont fait alliance avec le Front de Gauche.

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