Arlette : "Je crois encore à la Révolution"

Maintenant, la société est différente depuis ma première campagne en 1974. On ne connaissait pas le chômage qu'on a aujourd'hui, ou même la pauvreté et la précarité de l'emploi... Le monde a changé, mais pas en mieux pour les travailleurs.

Si vous êtes élue, quelle serait votre première mesure ?
Je sais très bien qu'au bout du compte, je ne serai pas élue. Je sais que même si la gauche arrive à battre Nicolas Sarkozy, qui est d'ailleurs leur seul argument pour mobiliser, le nouveau Président mènera sensiblement la même politique. Je me présente pour défendre des idées, qui feront l'objet de mobilisations futures. Si je devais être élue, vous savez comme moi qu'il y aurait des centaines de milliers de travailleurs mobilisés. Si c'était ça, je ferais la transparence totale sur la comptabilité des entreprises. On a des élections tous les 5 ans, mais rien ne change car les Conseils d'administration des grandes entreprises ont plus de poids que le président de la République. Avoir des représentants des salariés dans les CA ne change rien, puisqu'ils sont obligés de garder le secret... Sinon ils vont en prison ! Il faudrait lever le secret bancaire et le secret commercial. Les plans de licenciements sont prévus en secret un ou deux ans à l'avance. Il faudrait que tout ça soit public bien avant, et que les travailleurs aient le temps de s'organiser.

Reprendrez vous votre marotte, l'interdiction des licenciements ?
Oui. Les profits des entreprises, et pas seulement celles du CAC 40 - les PME ont fait énormément de profits ces dernières années - ne devraient pas servir à enrichir encore plus ceux qui sont riches. Il faut qu'on en prenne une part pour sauver les emplois, et partager le travail entre les travailleurs.

Croyez-vous encore à la Révolution ?
Oui bien sûr. On fête les 70 ans de juin 36. Ça n'a pas été la Révolution, mais ça aurait peut-être pu l'être. On sera encore surpris dans cette société par la force des travailleurs. Villepin fait peut-être le fanfaron, mais il a reculé devant la jeunesse scolarisée sur le CPE.

Comment l'imaginez-vous ?
Aucune révolution ne ressemblera à une autre. Je sais seulement qu'il y a d'énormes richesses dans le monde pour une toute petite minorité, et qu'on ne peut pas continuer avec cette société capitaliste. Même la Banque de France a sorti une étude où elle s'inquiète du fait que les grandes entreprises n'ont pas investi ces dernières années, et se demande où va le capitalisme... Il y aura forcément un moment, où les masses feront irruption.

Si le deuxième tour de la présidentielle opposaient Ségolène Royal à Jean-Marie Le Pen, allez-vous vous abstenir, comme en 2002 ?
La gauche contre l'extrême droite c'est une toute autre situation. En 2002, tout le monde savait qu'il y avait suffisamment de voix à droite pour faire élire Chirac, sans que la gauche ne se couche devant Chirac. Là, on prendrait peut-être une décision différente.

Et s'il oppose Royal à Sarkozy ?
On ne connaît pas le programme des uns ou des autres. Je vous répondrai entre les deux tours. Je n'exclue rien, j'ai appelé à voter Mitterrand en 74 et 81.

Est-ce votre dernière campagne ?
Oui. On a choisi des jeunes, qui pourront me remplacer en 2012. Il y a d'ailleurs une lyonnaise qui en fait partie : Nathalie Arthaud, qui a été nommée porte-parole régionale de la campagne.

Aurez-vous vos 500 parrainages ?
Je suis très confiante. On est déjà au-delà des 400 promesses.



Nathalie, la Lyonnaise qui pourrait remplacer Arlette

Arlette Laguiller a réservé une petite info aux lecteurs de Lyon Capitale : en 2012, elle verrait bien une jeune lyonnaise reprendre son flambeau et défendre les couleurs de Lutte Ouvrière à la présidentielle. Il s'agit de Nathalie Arthaud, prof à Rillieux la Pape et qui habite à Vaulx-en-Velin. A 36 ans, elle vient d'être nommée porte-parole régionale de LO, après "18 ans de militantisme" dans l'organisation trotskiste. Elle s'est engagée au lycée, mue par sa "révolte contre la société" : "Je ne comprenais pas qu'on puisse voir des milliers de gens mourir de faim... Pourquoi on était aussi riche ici, et qu'on n'était pas capable de régler ça ! Quand j'ai rencontré Lutte Ouvrière, j'ai compris : la domination de quelques uns sur l'économie... Et j'ai su qu'il y avait des solutions". Depuis, elle "milite au quotidien", en essayant "de convaincre mes amis, d'amener les autres enseignants à participer aux grèves..." Accaparée par sa "passion", les tractages et les meetings, elle n'a pas eu d'enfants : "Ce n'est pas un sacrifice, c'est un choix qui me plaît vraiment d'essayer de changer la société, faire qu'on remette la société d'aplomb." Elle assure ne pas avoir de "différences politiques" avec Arlette. Une quand même : Nathalie n'est pas encore la machine électorale qu'est devenue Arlette. Candidate aux législatives en 2002 dans la Drôme, elle n'a obtenu que 0,8 % des voix. RRF

Lyon Capitale Semaine du 26 septembre 2006 - N°585

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