le_petit_nicolas-episode-2bis

Dans la tête du petit Nicolas

2e épisode – On a répété pour le général

On nous a fait tous descendre dans la cour et le directeur est venu nous parler : « Mes chers enfants, il nous a dit, j’ai le grand plaisir de vous annoncer qu’à l’occasion de son passage dans notre ville, le général va nous faire l’immense honneur de venir visiter cette école. Vous n’ignorez sans doute pas que le général est un ancien élève de l’école. Il est pour vous un exemple, un exemple qui prouve qu’en travaillant bien il est possible d’aspirer aux plus hautes destinées. Je tiens à ce que le général reçoive ici un accueil inoubliable et je compte sur vous pour m’aider dans ce but ». Et le directeur a envoyé Patrick et Marc-Philippe au piquet parce qu’ils se battaient.

Après, le directeur a réuni tous les professeurs et les surveillants autour de lui et il leur a dit qu’il avait des idées terribles pour recevoir le général. Pour commencer, on allait tous chanter La Marseillaise et puis après, trois petits s’avanceraient avec des fleurs et ils donneraient les fleurs au général. C’est vrai qu’il a de chouettes idées le directeur et ce sera une bonne surprise pour le général de recevoir des fleurs, il ne s’y attend sûrement pas. Notre maîtresse a eu l’air inquiète, je me demande pourquoi. Je la trouve nerveuse, ces derniers temps, la maîtresse.

Le directeur a dit qu’on allait commencer la répétition tout de suite et là, on a été rudement contents, parce qu’on n’allait pas aller en classe. Mademoiselle Butin, qui est professeur de chant, nous a fait chanter La Marseillaise. Il paraît que ce n’était pas trop réussi, pourtant, on faisait un drôle de bruit. C’est vrai que nous, nous étions un peu en avance sur les grands. Eux, ils en étaient au jour de gloire qui est arrivé et nous, nous en étions déjà au deuxième étendard sanglant qui est levé, sauf Nadine qui ne connaissait pas les paroles et qui faisait « lalala » et François qui ne chantait pas parce qu’il était en train de manger un croissant aux rillettes.

Mademoiselle Butin a fait des grands gestes avec les bras pour nous faire taire, mais au lieu de gronder les grands qui étaient en retard, elle nous a grondés nous qui avions gagné et ce n’est pas juste. Peut-être, ce qui a mis en colère Mademoiselle Butin, c’est que Nadine, qui chante en fermant les yeux, n’avait pas vu qu’il fallait s’arrêter et elle a continué à faire « lalala ». Notre maîtresse a parlé au directeur et à Mademoiselle Butin et puis le directeur nous a dit que seuls les grands chanteraient, les petits feraient semblant.

On a essayé et ça a très bien marché, mais il y avait moins de bruit et le directeur a dit à Jean-François que ce n’était pas la peine de faire des grimaces pareilles pour faire semblant de chanter et Jean-François lui a répondu qu’il ne faisait pas semblant, qu’il était inspiré et le directeur a soupiré.

« Bon, a dit le directeur, après La Marseillaise, on va faire avancer trois petits ». Le directeur nous a regardés et puis il a choisi Zadig, Alain, qui est le premier de la classe et le chouchou de la maîtresse, et moi. » On pourrait les habiller en bleu, blanc, rouge, ou alors, ce qui se fait parfois, on leur met un nœud dans les cheveux, mais évidemment, ça risque de faire un peu fille. » « Si on me met un nœud dans les cheveux, ça va fumer », a dit Zadig. Le directeur a tourné la tête très vite et il a regardé Zadig avec un œil tout grand et l’autre tout petit, à cause du sourcil qu’il avait mis dessus.

« Qu’est-ce que tu as dit ? » a demandé le directeur, alors notre maîtresse a dit très vite : « Rien, monsieur le directeur, il a toussé. – Mais non, mademoiselle, a dit Alain, je l’ai entendu, il a dit… » Mais la maîtresse ne l’a pas laissé finir, elle lui a dit qu’elle ne lui avait rien demandé. « Exactement, sale cafard, a dit Zadig, on ne t’a pas sonné. » Alain s’est mis à pleurer et à dire que personne ne l’aimait et qu’il était très malheureux et qu’il se sentait mal et qu’il allait en parler à tonton Jacques et qu’on allait voir ce qu’on allait voir et la maîtresse a dit à Alain de ne pas parler sans en avoir la permission et le directeur s’est passé la main sur la figure comme pour l’essuyer et il a demandé à la maîtresse si cette petite conversation était terminée et s’il pouvait continuer, la maîtresse elle est devenue toute rouge et ça lui allait très bien, elle est presque aussi jolie que tata Carla, mais chez elle c’est plutôt tonton Raphaël qui devient rouge ».

« Bien, a dit le directeur, ces trois enfants vont s’avancer vers le général et vont lui offrir des fleurs. Il me faut quelque chose qui ressemble à des bouquets de fleurs pour la répétition. » La Matrone, qui est la surveillante, a dit : « J’ai une idée, monsieur le directeur, je reviens tout de suite », et elle est partie en courant et elle est revenue avec trois plumeaux. Le directeur a eu l’air un peu surpris et puis il a dit que oui, après tout, pour la répétition, ça ferait l’affaire.

La Matrone nous a donné un plumeau à chacun, à Zadig, à Alain et à moi. « Bien, a dit le directeur, maintenant, les enfants, nous allons supposer que je suis le général, alors vous, vous vous avancez et vous me donnez les plumeaux . » Nous, on a fait comme il avait dit, le directeur, et on lui a donné les plumeaux. Le directeur tenait les plumeaux dans les bras, quand tout d’un coup il s’est fâché. Il a regardé David et il lui a dit : « Vous, là-bas ! Je vous ai vu rire. J’aimerais bien que vous nous disiez ce qu’il y a de tellement drôle, pour que nous puissions tous en profiter.

– C’est ce que vous avez dit, m’sieu, a répondu David, l’idée de mettre des nœuds dans les cheveux de Nicolas, Zadig et ce sale chouchou d’Alain, c’est ça qui m’a fait rigoler ! – Tu veux un coup de poing sur le nez ? » a demandé Zadig. « Ouais », j’ai dit, et David m’a donné une gifle. On a commencé à se battre et les autres copains s’y sont mis aussi, sauf Alain qui se roulait par terre en criant qu’il n’était pas un sale chouchou et que personne ne l’aimait et que son papa se plaindrait au général. Le directeur agitait ses plumeaux et criait : « Arrêtez ! Mais arrêtez ! » Tout le monde courait partout, Mademoiselle Butin s’est trouvé mal, c’était terrible.

Le lendemain, quand le général est venu, ça s’est bien passé, mais nous on ne l’a pas vu, parce qu’on nous avait mis dans la buanderie, et même si le général avait voulu nous voir il n’aurait pas pu parce que la porte était fermée à clef.

Il a de drôles d’idées, le directeur !

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A suivre …

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