L'étudiant de 23 ans, mort après avoir été violemment agressé jeudi 12 février à Lyon, était un catholique pratiquant et militant dans des groupes d'ultra droite.
Quentin Deranque, décédé après un lynchage à Lyon, était un étudiant en mathématiques de 23 ans, un jeune homme "joyeux" récemment converti à la religion catholique, proche de la mouvance nationaliste et militant dans des groupes d'extrême droite et qui prônait, selon l'avocat de sa famille, un "militantisme pacifique". L'étudiant fréquentait la paroisse Saint-Georges, dans le 5e arrondissement de Lyon, près du quai Fulchiron, en bord de Saône, ce même quai où il a été pris en charge par les secours, jeudi en fin de journée, dans un état grave.
Selon le collectif Némésis, proche de l'extrême droite, Quentin aurait été agressé par des militants antifascistes, alors qu'il faisait partie du service d'ordre chargé d'assurer la sécurité de ses militantes qui manifestaient contre une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon, dans le 7e arrondissement, à près de 2 km du quai Fulchiron.
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"Maintenant c'est la compassion, le respect, la prière et laisser faire la police et la justice"
Transporté avec un pronostic vital engagé à l'hôpital Edouard Hériot, où il sera placé sous coma, le jeune homme est décédé samedi des suites de ses graves blessures. Selon l'avocat de la famille, Fabien Rajon, lors de son agression, il "aurait reçu des coups à la tête alors même qu’il gisait au sol inanimé". "Il faut prier pour le repos de l'âme de Quentin, il faut prier pour sa famille, pour ses amis", dit à l'AFP l'abbé Laurent Spriet, sur le parvis de l'église Saint-Georges dont il est le recteur, avant le premier office dominical en latin de 08 h 30.
C'est ici que le jeune homme "venait habituellement à la messe tous les dimanches", ajoute l'abbé, qui connaissait "très bien" Quentin, mais n'en dira pas plus "par respect". "Maintenant c'est la compassion, le respect, la prière et laisser faire la police et la justice", ajoute-t-il. Peu avant 10 h 00, les paroissiens affluent pour le principal office, comme Thierry, 53 ans, qui ne souhaite pas donner son nom.
"Toute la paroisse, ici, est en deuil, évidemment. Quentin a reçu les derniers sacrements. Il a été accompagné par un prêtre, mais il était déjà en état de mort cérébrale", dit-il. Selon lui, le jeune homme "était investi dans l'accueil Saint-Martin qui s'occupe de servir des soupes populaires aux plus pauvres. Il venait régulièrement dans l'équipe", ajoute-t-il.
"Intellectuel, pas un gros dur"
"Certains disent qu'il était membre de la sécurité du groupe Némésis. Non, c'était un homme qui encadrait, qui entourait, qui accompagnait. C'était un pacifiste. Ce n'était pas du tout un extrémiste, comme certains veulent bien vouloir le dire", assure le paroissien. Un jeune homme qui souhaite garder l'anonymat explique qu'il fréquentait la même paroisse, à Saint-Georges ou une autre dans la région de Vienne (Isère), d'où Quentin était originaire.
"Je retiens que c'était quelqu'un de joyeux, qui avait envie de partager sa foi" récente, après s'être "converti au catholicisme, et (qui) avait transmis sa foi à son père", explique-t-il. Quentin était inscrit en BUT Sciences des données depuis cette année, a indiqué dans un communiqué l'Université Lumière Lyon 2, indiquant avoir appris "avec une immense tristesse" son décès "tragique".
"Sympathisant" d'un groupuscule d'ultra-droite lyonnais
Pour l'avocat de la famille, le jeune étudiant en mathématiques, qui pratiquait "le tennis et la philosophie", a "toujours défendu ses convictions de manière non-violente", "prônant un militantisme pacifique" et n’a "jamais été mis en cause dans la moindre affaire par le passé". Selon le groupe d'ultra droite "nationaliste-révolutionnaire" lyonnais Audace, Quentin était un de leurs "sympathisants", après avoir été membre du mouvement royaliste Action Française à Vienne.
"Il participait à de nombreux entraînements sportifs à nos côtés, encore la semaine dernière", pour faire de la boxe ou du footing, a affirmé à l'AFP un "porte-parole" du groupuscule d'ultra-droite, sous couvert d'anonymat. "C'était quelqu'un de très calme", il n'était "ni violent ou agressif", "ce n'était pas du tout un loubard, un costaud, un gros dur. Lui, au contraire, s'il pouvait éviter l'affrontement, il l'évitait", a affirmé cette source.
Il était "très intellectuel, il aimait beaucoup lire l'actualité, la presse", "c'est aussi ça qui l'a beaucoup aidé dans sa foi". Selon lui, après son agression, Quentin aurait "marché quelques centaines de mètres pour rejoindre certains camarades, mais il était complètement désorienté, perdu (...) et quand les pompiers ont été appelés, en fait, c'était trop tard".

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