World War Z, ou comment Hollywood a tué les morts-vivants

CRITIQUE – World War Z, film post-apocalyptique de Marc Forster (Neverland, Quantum of Solace) retrace la lutte héroïque d’un Brad Pitt sauveur de l’humanité, face à une pandémie qui transforme en zombie et plonge la terre entière dans le chaos. Seul problème : on n’a pas trouvé les zombies…

World War Z, adaptation du roman éponyme de Max Brooks (fils de Mel),démarre sur les chapeaux de roues. Dès la deuxième séquence, ultramusclée, et après un générique anxiogène (enchaînement de breaking news montrant pêle-mêle des cheminées d’usine fumantes, les effets de la pollution, les morts inexpliquées d’abeilles, de baleines, bref, un propos écologique dont on ne verra d’ailleurs pas le rapport avec la suite de l’histoire), la ville de Philadelphie plonge dans le chaos et le chacun pour soi lors d’un embouteillage cauchemardesque : des humains semblent attaquer et mordent de manière inexpliquée leurs congénères qui, une fois contaminés, ne mettront que quelques secondes à faire de même. S’ensuivent des accidents routiers en pagaille et des scènes de panique qui éclatent sous les yeux de la famille Lane – Karren (Mireille Enos), Gerry (Brad Pitt) et leurs deux filles. Aucun refuge possible, la contamination s’avérera pandémique, mettant à feu et à sang toutes les grandes villes de la planète. Gerry, ancien enquêteur aux Nations unies, reprend du service en échange de la protection de sa famille par l’armée. Sa mission : retrouver le patient “zéro”, quelque part dans le monde, et identifier la cause du virus.

Zombie prétexte

Le virus en question, dont on ignore l’origine (nous ne la connaîtrons jamais d’ailleurs), sorte de rage qui se propage à la vitesse de la lumière, transforme les humains contaminés en “Zékés”. Leurs yeux blanchissent et se révulsent, leur chair verdit, leurs dents pourrissent. Pour un peu, on croirait regarder un film de zombies. Pour un peu seulement. C’est là la roublardise de World War Z.

Bien qu’empruntant ses codes au film du genre, le zombie y est finalement prétexte à un film d’action moyen, avec son lot d’effets spéciaux (budget estimé à 190 millions de dollars), son super-héros/superstar (et producteur du film en prime) et son happy end. Pis encore, le zombie de World War Z fait rire. La preuve avec les dernières scènes du film : le suspense est à son paroxysme quand, désarmé contre 80 créatures contaminées, le blondinet de Sept ans au Tibet doit atteindre une salle où, selon l’hypothèse formulée par lui-même (balèze, pour un simple ancien agent des Nations unies), la solution au fléau mondial serait enfermée. À l’apparition d’un Zéké en gros plan – claquant des dents, on ignore pourquoi –, qui vient contrecarrer les plans de Pitt, des spectateurs pouffent. Même réaction lors du face-à-face entre Brad et ce dernier quelques minutes plus tard. Réaction réflexe de défense face à une image de mort ? Maquillage peu crédible et caricature du jeu zombiesque ? Pas que. Le zombie de World War Z ne peut pas faire peur…

La mort vous va si bien

Depuis quelques années maintenant, le zombie, au même titre que le vampire, a le vent en poupe. La saga Twilight oudes séries comme True Blood ont rendu sexy et mignonne la nouvelle génération de Nosferatu. Jouant beaucoup moins sur son atout charme, le zombie n’en est pas moins devenu, à l’instar de son cousin denté, un personnage “tendance” sur le grand comme le petit écran. Il a sa série (la très réussie The Walking Dead), sa “zombie walk” (flashmob déguisé organisé dans les rues des grandes villes) et même ses comédies (Shaun of The Dead, Fido).

World War Z surfe sur la vague en reprenant certains éléments relatifs au genre, mais délaisse totalement ce qui en fait la substantifique moelle : le rapport au corps et à sa déchéance programmée. George A. Romero, le maître absolu du film de zombies, commençait avec La Nuit des morts-vivants (1968) une œuvre marquante dans l’histoire du cinéma. Prolongeant le goût pour le macabre hérité du Moyen Âge, il confrontait directement le spectateur à des images de (sa) mort, du devenir du corps post-mortem, traitées avec un réalisme troublant, notamment grâce à ses maquillages purulents et ses scènes cannibales, le tout sur fond de critique de la société de consommation américaine. Avec World War Z, point de catharsis : les Zékés ont une carnation et une dentition certes trompeuses, errent lorsqu’ils n’ont rien à se mettre sous la dent, mais n’ont aucune portée symbolique inhérente aux morts-vivants. Les morts sont pourtant nombreuses à l’écran, les contaminés y sont shootés avec la rapidité d’un jeu vidéo (c’est un peu le problème), mais rares sont les scènes réellement gore, sanguinolentes, et le rapport au corps et à son devenir cadavre est laissé constamment hors champ (contrairement à The Walking Dead).

Pour un film de zombies, l’opus de Marc Forster se révèle relativement “propre” et tout à fait creux (sans parler du discours douteux sur Israël, dont on légitime la construction des murs d’enceinte, et sur la Corée du Nord, qui n’a pas hésité à arracher les dents de millions de coréens – pas de dents, pas de morsures, logique). Avec World War Z, Hollywood aura réussi à lisser l’image de la mort, même lorsqu’elle est montrée en gros plan.

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World War Z, de Marc Forster, 2013, 1h56, couleur. Avec Brad Pitt, Mireille Enos, Fana Mokoena, Daniella Kertesz. En salles depuis ce mercredi 3 juillet. Interdit aux moins de 12 ans.

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