Faux British © Christophe Raynaud de Lage

Théâtre : les recettes du succès à la Comédie-Odéon

À l’affiche jusqu’au début de l’année prochaine à la Comédie-Odéon, Adieu monsieur Haffmann et Faux British sont deux pièces totalement différentes, la première, dramatique et la deuxième, comique. Mais elles ont en commun d’avoir connu le succès auparavant dans les théâtres parisiens. Et d’être répétées, montées ensuite à la Comédie-Odéon, dirigée par Julien Poncet, avec des comédiens et comédiennes lyonnais.

C’est en 1942, à Paris, que débute Adieu monsieur Haffmann. Les rafles se multiplient, les juifs sont partout traqués pour être déportés.

Sur scène, la radio nous rappelle l’horreur de l’antisémitisme d’alors. Une situation dangereuse qui pousse le bijoutier Joseph Haffmann (Philippe Awat) à proposer à son employé, Pierre Vigneau (Yohan Genin), un étrange marché. Il lui offre de venir habiter dans sa boutique avec son épouse ; et même d’en prendre la direction, tandis qu’il se tiendra caché dans la cave, en attendant des jours meilleurs. Vigneau accepte. Mais il lui soumet en retour une offre tout aussi inattendue : étant stérile, il voudrait que son ex-patron mette sa femme enceinte. Qu’il ait des rapports avec son épouse, une fois par semaine, lorsqu’il va à son cours de claquettes…

C’est sur cet incroyable argument que se construit la pièce. Qui se révèle bien entendu riche en surprises. Que l’on ne dévoilera pas. Disons simplement que la jalousie et d’autres sentiments s’en mêlent.

Faire un enfant dans ces conditions se révèle plus difficile que prévu. Surtout que Vigneau se rapproche de l’ambassadeur de l’Allemagne nazie, Otto Abetz. Au point que celui-ci s’invite à dîner avec son épouse ! S’emparant de la pièce de Jean-Philippe Daguerre avec toute l’intensité requise, la distribution lyonnaise relève le gant de la plus belle des manières.

Faux British et vrais rires !

Faux British, la pièce de Jonathan Sayer, Henry Lewis et Henry Shields, adaptée en français par Gwen Aduh et Miren Pradier, se révèle être un vrai petit chef-d’œuvre burlesque, digne des Monty Python. On rit à perdre haleine.

Les membres d’une obscure association dédiée au polar se retrouvent pour présenter une pièce qu’ils ont dénichée on ne sait où ; mais qu’ils n’hésitent pas à attribuer à Conan Doyle.

Ils sont d’ailleurs tellement persuadés de sa qualité exceptionnelle qu’ils décident d’en faire une représentation publique… Hélas, bien évidemment, l’“œuvre”, sous ses airs de thriller théâtral, est une imbitable daube. Et tous, sans exception, sont des comédiens à peu près aussi mauvais que Stéphane Bern dans la série L’Art du crime.

Et comme si ça ne suffisait pas, le décor menace de s’écrouler (une menace qui sera mise à exécution) et des catastrophes imprévues viennent sans cesse perturber la soirée.

On assiste, médusés, au naufrage. Tout en se tenant les côtes. Il faut dire que les vrais faux comédiens ne ménagent pas leurs efforts. À l’image d’un Jean-Rémi Chaize, irrésistible complice d’un Marc Gelas, impeccablement ridicule dans son rôle de faux Sherlock Holmes.

Mais il faudrait citer toute la troupe, notamment sa partie féminine : Karine Martin-Prével et Ségolène Stock qui se disputent âprement l’unique personnage de femme. Sans oublier la mise en scène endiablée de Gwen Aduh et la scénographie piégeuse conçue par Michel Mugnier.


Adieu monsieur Hafmann – Jusqu’au 14 janvier 2023 et Faux British – Jusqu’au 14 janvier 2023 à la Comédie-Odéon


Yohan Genin dans Adieu Monsieur Haffmann © Paul Bourdrel

Entretien avec Yohan Genin 

“Le catalogue des succès de l’Odéon ne cesse de s’étoffer !”

Yohan Genin fait partie de ces comédiens que l’on retrouve dans la plupart des spectacles plébiscités à la Comédie-Odéon. Il a joué dans les deux pièces d’Alexis Michalik, Le Porteur d’histoire et Intra Muros. Et il est, en ce moment, dans Adieu monsieur Haffmann.

Lyon Capitale : Vous tenez l’un des rôles principaux dans Adieu monsieur Haffmann. 

Yohan Genin : Oui, c’est la première fois que je suis dans ce registre, plus dramatique. J’avais eu un point d’entrée avec mon personnage dans Intra Muros, mais il avait des aspects comiques qui me rassuraient. Là, Adieu monsieur Haffmann, c’est un grand bond en avant. Je me suis rendu compte, dès les répétitions, de la force du rôle. Et surtout de la complexité de mon personnage. Qui fait écho à la complexité de la période historique dans laquelle est située la pièce, celle de l’Occupation. On a tendance à simplifier en mettant les collabos d’un côté et les résistants de l’autre, c’était loin d’être si simple.

Vous êtes presque un acteur historique de la Comédie-Odéon, on vous retrouve dans la distribution des plus grands succès du lieu…

Je ne sais pas si l’on peut dire “historique” mais oui, je suis là depuis le début. J’étais même là quand Julien Poncet n’en avait pas encore pris la direction [Julien Poncet a repris l’Odéon fin 2015, NdlR]. J’y ai joué des pièces de café-théâtre. Et des comédies de boulevard comme Entrez sans frapper. Julien a gardé la tendance comique mais en étant plus exigeant.

Et puis en intégrant des pièces plus dramatiques. Il y a aussi des créations 100 % lyonnaises comme …Et les enfants seront bien gardés !, Le Prix de l’ascension ou Souvenirs, souvenirs que j’ai jouée cet été avec Romy Chenelat. Et, bien sûr, les pièces parisiennes à grand succès remontées avec des distributions lyonnaises.

Comment cela se passe-t-il concrètement ?

Il y a toujours un casting. Et même une sorte de pré-casting, puisqu’il y a une sélection par rapport aux nombreux dossiers soumis. Ensuite, le metteur en scène parisien vient et, avec Julien Poncet, ils font les castings. Les décisions sont prises par les metteurs en scène parisiens, toujours en dialogue avec Julien Poncet. C’est comme ça que ça s’est passé par exemple pour les deux pièces d’Alexis Michalik (Le Porteur d’histoire et Intra Muros), il est venu à Lyon pour les castings et certaines répétitions.

Justement, les répétitions, ont-elles toujours lieu à l’Odéon ?

Oui, on a la chance d’avoir une jolie cave ici, où sont reproduites les dimensions de la scène juste au-dessus. Ça peut être rock’n’roll ! Dernièrement, on a répété Les Faux British et Adieu monsieur Haffmann tandis que le soir, on jouait Le Fil à la patte de Feydeau !

En fait, vous formez une sorte de bande de potes…

On finit par bien se connaître. Mais il y a toujours, au début, de nouveaux comédiens et de nouvelles comédiennes à intégrer. Les séries sont longues, il faut à la fois bien s’entendre et se dire les choses. En tout cas, le catalogue des succès de l’Odéon ne cesse de s’étoffer. Les auteurs et metteurs en scène parisiens savent qu’il y a, à Lyon, des comédiens et des comédiennes capables de jouer leurs pièces.


 

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