Philippe d’Anière © DR
Philippe d’Anière © DR
Article payant

Philippe d’Anière, alias Phil Pressing, le cow-boy de Lyon pro-Trump

Libertarien pro-Trump, séditieux, politiquement incorrect, brut de décoffrage et sans aucun filtre, Philippe d’Anière raconte sa vie de “cow-boy libre” dans une autobiographie (autoéditée) crue, mordante et totalement déjantée*. Un livre qui caracole en tête des “publications rock” d’Amazon. Entretien.

Fin des années 1970. Les Lyonnais de Starshooter symbolisent avec Téléphone le renouveau du rock français. Leur batteur, Phil Pressing, alias Philippe d’Anière, “bourgeois et catholique”, croit vivre les années les plus punk de sa vie. Mais, quand le groupe s’arrête, il bascule dans tous les excès et emprunte tous les sens interdits. Talonné par l’antigang lyonnais pour des “histoires compliquées de cul et de came”, ce petit-fils d’un cador du barreau et de chefs de service des hôpitaux de Lyon, au “physique à pas se faire emmerder”, décampe à Los Angeles pour vivre le rêve américain. Ce sera plutôt “le Pressing des flics, des voyous, des femmes, des mafias, des business, des prostituées, des rêves, des prisons, de la cocaïne, des proxénètes”.
Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ?Philippe d’Anière : Je ne me considère pas comme une grande gueule, je le suis naturellement. Et puis, avec un physique comme le mien, on ne peut être que grande gueule.Vous avez été le batteur de Starshooter, le plus grand groupe de rock punk français de la fin des années 1970 avec Téléphone. Comment passe-t-on d’un milieu de “catholiques blancs où le sexe et l’argent n’existent pas” aux groupies, aux drogues, aux prostituées et aux truands ?
Philippe d’Anière, alias Phil Pressing, à l’époque de Starshooter © J-C. Chuzeville
© J-C. Chuzeville
J’ai grandi dans une bourgeoisie très confortable lyonnaise. Je suis un fils de bonne famille, mais avec une âme de rockeur punk. Mon grand-père était avocat et bâtonnier du barreau de Lyon, ma grand-mère a été la première femme doyenne d’internat de pharmacie des hôpitaux de Lyon, comme ma mère vingt-cinq ans après. Dans l’appartement familial, ça sentait Joséphine et Napoléon, façon lit Empire en acajou. Messe tous les dimanches et une fois par an pèlerinage à Fourvière, pour la Vierge Marie. J’ai été aux Chartreux – un peu comme la prison Saint-Paul, what the fuck – et au lycée Saint-Exupéry, à côté. Et puis il y a eu Starshooter, à 19 ans. Ça a été la rupture à grands coups de hache. Putain, deux ans après la création du groupe, on a quand même fait la première partie d’Iggy Pop ! On a enregistré quatre albums. On a joué à l’Olympia… Starshooter, ça a été la folie pendant cinq ans. Quand ça s’est arrêté, je devais avoir autour de 28 ans, je me suis dit qu’il fallait que je me range. Le problème, c’est que je ne savais pas de quel côté aller. Alors, j’ai emprunté à une banque, avec la caution de mes parents, et j’ai acheté un local rue Émile-Zola. Je suis donc devenu bijoutier, avec mon CAP, dans la plus belle rue de Lyon, où je m’enterrais huit heures par jour dans une boutique blindée de vingt mètres carrés. Quasi une cellule à Fleury. Je m’ennuyais à mort dans ce truc, j’ai pas compris. Ça a clairement été la pire erreur de ma vie (avec la couverture du second album de Starshooter). Je suis resté accroché aux nuits lyonnaises, je me suis rapproché des putes et des voyous. Je suis tombé amoureux de l’une des plus chères, et plus admirée, prostituées lyonnaises. Tout ça m’a mis dans des merdes pas possibles, d’où mon départ fissa aux États-Unis. C’est un peu l’histoire de ma vie, les aventures totalement dingues, les cas d’exception.
“Les filles, la nuit, les voyous, j’ai toujours aimé. La musique, j’en ai toujours eu rien à foutre”

La musique est quasi absente de votre livre. Pourquoi ?Kent, le chanteur de Starshooter, est un musicien, moi pas du tout. J’ai fait des vêtements, de la bijouterie, des bateaux de luxe… Je suis artisan, pas artiste. J’ai fait batteur car il fallait que quelqu’un fasse de la batterie dans le groupe. Mais je suis très mauvais. Je m’y suis d’ailleurs remis, juste histoire de ne pas être ridicule si on me demande de rejouer.Au final, n’était-ce pas ce qui gravitait autour de Starshooter qui vous aimantait le plus ?La seule drogue que j’ai prise, c’est de la coke quand je suis arrivé aux États-Unis. Avec Starshooter, on était très clean, on ne buvait pas, on ne fumait pas, on ne prenait pas de came. Mais, les filles, la nuit, les voyous, j’ai toujours aimé. La musique, j’en ai toujours eu rien à foutre.Comme sortir avec l’ex de Tany Zampa, le parrain qui a régné pendant vingt ans sur Marseille ?D’abord, il faut bien comprendre que le sexe c’est franchement plus compliqué que la finance, le chou farci ou la physique quantique ! Moi, j’ai commencé à dîner et coucher avec des prostituées assez jeune. Je ne sais pas pourquoi. Probablement car ça m’excitait, il y avait ce côté interdit, transgressif. Séduire une prostituée, c’est beaucoup plus difficile qu’une bourgeoise. J’aime les putes mais pas en client, en amant de cœur, comme on dit chez Maupassant. Le problème, c’est que je suis tombé raide dingue de “la femme à Zampa”, le parrain du milieu marseillais. Le gars, il venait juste de mourir, mais sa favorite était encore intouchable, hyper libre. C’est vrai que de sortir avec elle, c’était chaud, fallait pas se louper. Du coup, forcément, je me suis retrouvé dans le milieu. Mais ça me fascinait. J’ai un talent fou pour rencontrer les gens pas normaux. Pendant quelques mois, on a créé le scandale, de la rue Mercière au Vieux-Lyon, elle en vison violet ou long manteau de loup gris, moi santiags à bouts ferrés d’argent et crâne rasé. Après, je me suis marié avec elle. Tout le milieu lyonnais et marseillais était au courant, on a même envoyé des invitations. Il y avait la crème de la crème de tous les voyous de la Côte, de Corse et de l’axe Lyon-Marseille. Ça s’est passé à l’Estaque, avec les RG comme témoins, ou presque, ils faisaient des photos. Bizarrement, personne des Mœurs, pourtant se marier avec une prostituée revenait à du proxénétisme aggravé. Genre coordination des services, ils ne volaient pas en escadrille, à Marseille…

Il vous reste 69 % de l'article à lire.
Article réservé à nos abonnés.

Connectez vous si vous êtes abonnés
OU
Abonnez-vous

Faire défiler vers le haut