Par dessus bord, Michel Vinaver au TNP

Cette œuvre chorale, plurielle, retrace la saga d'une entreprise familiale au tournant des années 1968. Rencontre avec le metteur en scène et l'écrivain.

Par dessus bord, 35 ans après Planchon
Ch. Schiaretti : Roger Planchon avait créé Par dessus bord en mars 1973. Trente-cinq ans après, on referme avec la même œuvre. Ça me semblait important car le soir de la dernière, ce sera le dernier salut au plateau du TNP tel que vous l'avez connu depuis 1972. Ensuite, le théâtre sera en travaux et débutera une période hors les murs ; on sera tous "par dessus bord".
Mais là où Planchon avait monté une version courte de l'œuvre, nous la présentons dans sa version intégrale. C'est une première dans une institution en France. Elle a donc valeur de création, de révélation.

Une œuvre historique sur la France de 1968
Ch. Schiaretti : Nicolas Sarkozy a évoqué un devoir d'inventaire en affirmant qu'il fallait tourner la page de mai 68. C'est la responsabilité d'une institution culturelle en dialogue avec la République d'interroger une œuvre justement écrite en 1967-1969. On y mesure l'évolution de la société française à travers une entreprise ; les prémices d'une pensée politique marketing y sont exposés.

La saga d'une entreprise familiale
Ch. Schiaretti : C'est l'aventure d'une entreprise française de papier toilette en 1968-69. Elle appartient d'abord à un français de bonne souche qui la gère comme dans les années 60. Face à la concurrence américaine, le patron décide d'inventer un produit nouveau : bleu-blanc-rouge pour contrecarrer l'impérialiste américain, mais c'est un échec. A la mort du patron, ses deux fils s'affrontent : le fils légitime qui prône la continuation et le fils illégitime, qui milite pour l'application des techniques du marketing. Ce dernier va finir par triompher du colosse américain... avant de se faire finalement absorber par la concurrence.
Michel Vinaver : Qu'est-ce que ça raconte ? L'acharnement thérapeutique, le free jazz, l'avortement, le marketing, la bâtardise, l'homophobie, l'éjection d'anciens employés, le crédit, les enquêtes conso, la frigidité, les couples mixtes, les actes de vente... La multiplicité des sujets implique un risque de dispersion. Mais en écrivant, je m'étais donné comme consigne de tout laisser venir. Que tout soit dit cartes sur table, sans détour, et plutôt gaiement.

60 personnes sur le spectacle
Ch. Schiaretti : C'est une œuvre gigantesque ! Une œuvre chorale, baroque, avec le capitalisme comme chant. 30 acteurs, 4 musiciens, 2 techniciens sont sur le plateau. En tout 60 personnes travaillent sur le spectacle. Qui d'autre que nous peut faire ça ? C'est la dignité de la république de nous conférer ces moyens-là sinon, à quoi bon ? Le vivre et l'écouter ensemble, ça, nous ne le devons qu'au théâtre.
6 heures de théâtre
Ch. Schiaretti : La pièce dure 6 heures. La démesure a à voir avec le monde - en cela, elle est baroque -. C'est beau : on part en voyage dans un effort consenti, citoyen, dans une traversée commune de notre histoire.
M. Vinaver : un phénomène étrange se produit : 4h c'est long, mais 6h, ce n'est pas long ; les gens qui viennent se programment pour cette traversée.

Par-dessus bord de Michel Vinaver, mise en scène de Christian Schiaretti, du 8 mars au 13 avril. TNP, 8 place Lazare-Goujon, Villeurbanne. 04 78 03 30 00. Durée : 6 heures avec entractes.

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