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Opéra national de Lyon : sa gestion passée au crible

La chambre régionale des comptes vient de rendre son rapport sur les comptes et la gestion de l'Opéra national de Lyon, premier employeur culturel de la ville, sur la période 2005-2009. Elle pointe les erreurs de gestion, l'explosion des coûts de fonctionnement (+63 % en 5 ans), l'absentéisme des personnels et le défaut de programmation en matière de danse de l'association. Compte rendu.

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Les investigations menées par les agents de la chambre régionale des comptes d'Auvergne et de Rhône-Alpes ont porté sur les exercices allant de 2005 à 2009. Ils ont observé cinq critères : le respect du cadre associatif, la pertinence de la gestion associative, les relations de l'association avec les collectivités publiques, la situation financière et enfin le personnel et le bilan de l'activité de l'Opéra. Le rapport est en ligne sur le site de la chambre (lire ici), résumé ci-dessous par Lyon Capitale.

Le statut d'association remis en cause

À noter que l'Opéra de Lyon possède une caractéristique : il a le statut d'association, comme celui de Montpellier, contrairement aux 11 autres opéras français dont deux ont le statut de syndicat (Angers/Nantes, Opéra du Rhin), un celui d'établissement public de coopération culturelle (Rouen) et huit celui de régie (Bordeaux, Toulouse, Marseille, Nancy, Tours, Metz, Avignon et Lille).

Sur ce point, la chambre régionale des comptes conseille aux gestionnaires de l'opéra lyonnais de réfléchir à un passage en société publique locale (SPL), contrairement à l'Inspection générale des affaires culturelles du ministère de la Culture qui conseillait en 2009 la création d'un EPCI. Le statut de SPL, créé par la loi en 2010, permettrait selon la chambre d'"œuvrer selon les règles du droit privé". Mais, selon le maire de Lyon et le président de l'Opéra, un tel statut interdirait à l'Etat d'être actionnaire de l'Opéra et donc de piloter la direction artistique et culturelle de l'Opéra. D'autre part, cela entraînerait des coûts supplémentaires pour la Ville en terme de transfert de personnel (Etat-Ville de Lyon).

En finir avec les erreurs de gestion

Concernant la gestion de l'Opéra, la chambre régionale des comptes rappelle qu'un contrôle de l'Urssaf a conduit, en 2005, à un redressement de 114.896 euros. Un contrôle fiscal a fait perdre aussi 35.000 euros à l'Opéra en 2004. "Un plus grand professionnalisme" est donc requis par la chambre en la matière. Celle-ci relève toutefois la bonne volonté de l'association "Opéra de Lyon", qui a commandé plusieurs "contrôles et audits" depuis les faits pour améliorer sa gestion.

+ 63 % de coûts de fonctionnement en 5 ans

Concernant le bâtiment qui héberge l'Opéra de Lyon, il est la propriété de la Ville de Lyon, qui le loue chaque année 980.000 euros à l'Opéra depuis 2006, un montant entièrement compensé par le montant des subventions versées par la Ville. En revanche, le coût de fonctionnement du bâtiment a lui explosé sur la période, augmentant de 63 % entre 2005 et 2009. Une hausse due à des travaux exceptionnels et à l'augmentation des coûts d'entretien des locaux et des décors, passés de 1,88 million d'euros à 3,06 millions entre 2005 et 2009. "L'augmentation des coûts de fonctionnement est limitée à 7,5 % si l'on exclut le loyer, mis en place en 2006, et les travaux exceptionnels", relève la CRC.

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Pas assez de danse à l'opéra

La CRC note un bon respect des objectifs fixés par convention entre l'Etat, la Ville de Lyon, la Région, le Département et l'association "Opéra national de Lyon" annuellement, sauf en matière de représentations chorégraphiques. Le nombre de spectacles de danse − 65 en 2006, 57 en 2007, 63 en 2008 et 55 en 2009 − est généralement en deçà, sauf en 2006, de l'objectif fixé annuellement entre 65 et 75 par convention. Pourtant, le projet de convention 2011-2015 ne modifie pas le niveau exigé. La CRC regrette que le montant des subventions versées par les partenaires publics − en particulier la Ville, premier financeur, qui verse annuellement 18,29 millions d'euros (+10,57 millions d'euros correspondant à la mise à disposition de personnels de la Ville) − ne voie pas son niveau baisser. Au contraire, le montant des subventions est reconduit, note la chambre, sur la période 2011-2015, sans poser de question. L'apport financier du mécénat, passé de 178.905 euros en 2005 à 478.286 euros en 2009, est jugé faible par la chambre. Il ne représente que 2 % des ressources même s'il a connu une augmentation de 167 % en 5 ans.

Des personnels trop souvent absents

Enfin, concernant les personnels de l'Opéra embauchés par la Ville de Lyon (personnel administratif, artiste...), la chambre régionale des comptes a étudié l'opportunité d'en transférer la charge à l'association, mais celle-ci s'est révélée vaine en raison du surcoût estimé entre 700.000 et 800.000 euros par an. En cause, l'augmentation des charges sociales correspondantes par rapport à la situation actuelle. L'association et ses partenaires publics ont estimé en effet ne pas être en mesure d'assumer ces surcoûts.

Quant au salaire des personnels, il n'appelle pas d'observations particulières de la CRC, la masse salariale n'ayant augmenté que de 7 % sur la période étudiée. En revanche, la CRC relève que le contrat du directeur général de l'Opéra fait l'objet d'une clause de résultat, dont l'ultime sanction peut être le licenciement. Les contentieux aux prud'hommes de l'Opéra sont en revanche montrés du doigt par la chambre : onze sur la période 2005-2009, ayant occasionné pas moins de 97.000 euros de frais. Mais le principal problème lié aux salariés de l'Opéra réside selon la chambre dans l'absentéisme des personnels mis à disposition par la Ville : 19,12 jours par an en 2010, contre 8,27 jours en moyenne par salarié du privé. Pourtant, selon le maire de Lyon, ce taux est moins important que celui que la ville connaît pour l'ensemble de ses personnels.

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