Machete Kills, fine lame du cinéma bis

CRITIQUE – L’ex-agent fédéral mexicain, devenu cow-boy vengeur à la machette facile, revient dans un 2e épisode de la franchise Machete, signée Robert Rodriguez. Ça va couper, chérie !

Trois ans après Machete, le déjanté Robert Rodriguez, à qui l’on doit l’ovni Sin City ou le volet zombie de Planète Terreur (issu du diptyque Grindhouse, avec Boulevard de la mort réalisé par Quentin Tarantino), revient en force avec Machete Kills.

Sans papiers sur le territoire américain, le Mexicain Machete est un loup solitaire, un tueur freelance appelé pour des missions nettoyage par les puissants de ce monde. Cette fois, c’est le président des States en personne (Charlie Sheen) qui fait appel à ce fin couteau, pour mettre un terme au plan de destruction d’un psychopathe au rire forcément sardonique, Mendez, qui braque un missile nucléaire sur Washington. Il n’est qu’un pion dans l’histoire, c’est en réalité Luther Voz (Mel Gibson), industriel visionnaire et tout aussi taré, qui tire les ficelles et contre lequel Machete devra lutter. Le tout pimenté de personnages secondaires hauts en couleur qui voudront tous la peau du Mexicain tatoué avec plus ou moins de raison.

Mexploitation

Hommage aux films d’exploitation des années 1970 (petit budget, explosion des tabous, sensationnalisme et faible qualité visuelle) que Tarantino et Rodriguez ont remis au goût du jour avec Grindhouse, ce deuxième volet réunit de nouveau les ingrédients qui ont fait son succès en 2010 : violence, sexe, humour et cascades improbables.

Machete allie rythme effréné, zooms façon western spaghetti, effusion d’hémoglobine et gimmicks musicaux décalés. Sans oublier un style cheap revendiqué par le réalisateur, qui joue des ellipses spatiales et des aberrations de cascades (énorme scène qui voit Machete coincer un câble dans les pales d’un hélicoptère, lui permettant d’étêter à la chaîne une tripotée de méchants) et qui se passe de raccords logiques et de cohérence scénaristique (on passe d’une menace de bombe nucléaire d’un ex-infiltré devenu terroriste à PDG de technologie de pointe qui se construit tranquillement une petite station orbitale), le public étant tout acquis à sa cause. Car la chose est une vaste blague assumée (Machete était à la base une fausse bande-annonce de Grindhouse), à prendre comme telle – ni plus ni moins – et s’attendre à ce que, dans la salle, les aficionados du réalisateur qui considèrent Machete Kills comme déjà culte se laissent aller à des éclats de rire bien gras et quelques applaudissements. C’est ça, l’effet Machete.

Sale gueule

Et Machete, c’est avant tout une gueule. Celle de Danny Trejo, 69 ans, sur lequel le temps ne semble décidément pas avoir de prise. Avec sa tête de chef de gang toute burinée, sa moustache de biker, son torse bodybuildé et ses réels et larges tatouages, Trejo crève l’écran, et manque dès qu’il s’absente du cadre. Tête brûlée mais sensible, old school dans le choix de ses armes, le chevalier mexicain est un grand taiseux, qui s’exprime parfois à la troisième personne (avec le running gag “Machete don’t text”, et désormais “Machete don’t tweet”), qui permet à Rodriguez d’aligner les clichés du phœnix renaissant de ses cendres et du tombeur de filles.

Il prend aussi un malin plaisir à mettre à mal l’image des autres acteurs. Déjà, dans Machete, Don Johnson, Robert DeNiro et Steven Seagal en prenaient pour leur grade, respectivement en caricature texane, ninja et raciste. Cette fois, c’est Mel Gibson qui joue les fous sadiques et Sofia Vergara les tenancières de bordel, qui se lance en soutifs mitraillette et culottes pistolet aux trousses de Machete.

Si ce deuxième Machete gagne en humour et dinguerie, il perd complètement en teneur politique, survolant l’immigration mexicaine et le racisme qui motivaient les personnages dissidents et le développement de la narration du premier Machete. Machete Kills se perd dans un délire spatial mais assure à Rodriguez une suite tout aussi loufoque avec Machete Kills Again… in Space ! Un space-opera Mexploitation ? Robert Rodriguez n’a pas de limite, surtout pas celle du bon goût…

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Machete Kills ! de Robert Rodriguez, 2013, 1h48, couleur. Avec Danny Trejo, Michelle Rodriguez, Sofia Vergara, Amber Heard, Antonio Banderas, Cuba Gooding Jr., Mel Gibson, Charlie Sheen, Jessica Alba, Lady Gaga, Vanessa Hudgens et Alexa Vega. Sortie en salles ce mercredi 2 octobre.

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