Les Petits Mouchoirs : les Copains par-dessus bord

Film de potes antipathique, oeuvre générationnelle dans laquelle il est impossible de se reconnaître si on ne s'appelle pas Guillaume Canet, Les Petits Mouchoirs a une fâcheuse tendance à mentir sur la marchandise. Jusque dans son titre.

On ne les compte plus, les films de potes, il y en a même pour tous les goûts, d'Un Eléphant ça trompe énormément à Husbands, de Vincent, François, Paul et les autres à Les Copains d'abord, en passant par Les Bronzés. Alors Guillaume Canet à tenu à s'y coller. Les Petits Mouchoirs donc, comme ceux que l'on mettrait sur nos secrets et sur nos rancunes pour garder nos amis. Une vision bien étrange de l'amitié. Chaque année Max (François Cluzet), un type imbuvable et malade des nerfs, invite ses potes dans sa maison de vacances d'Arcachon, autant pour leur en mettre plein la vue que pour profiter de leur présence (dont d'ailleurs il ne profite pas). Il y a là Antoine (Laurent Laffite), un sosie de Michel Leeb fraîchement largué ; Vincent (Benoît Magimel) qui vient de déclarer sa flamme à Max (mais n'est pas homo pour autant hein, parce qu'homo, ben forcément, ça fait pédé) ; Marie (la môme Cotillard), la bonne copine en perpétuelle crise existentielle parce qu'elle ne sait pas aimer ; Eric (Gilles Lellouche), son meilleur ami, un gros "relou" vaguement acteur qui ne sait pas aimer non plus, alors ça les rapproche ; et quelques pièces rapportées.

On picole, on fait du bateau, on s'engueule, bref, comme chaque année, comprend-on, sauf que cette année, il manque Ludo (Jean Dujardin), la figure totémique qui semble cimenter l'ensemble, le pote bon vivant qui fait rire et qui est tellement généreux. Parce que oui, Ludo, ce type que Guillaume Canet parvient à rendre complètement antipathique en trente secondes (Ludo a tout l'air d'être un gros con, mais visiblement personne ne s'en est aperçu, tellement Ludo est génial surtout quand s'habille en fille, lol), Ludo donc, a pris de plein fouet un camion avec son scooter parce qu'il était pété comme un coing en sortant de boîte. Résultat, il gît sur un lit d'hôpital parisien avec la tête d'Eléphant Man. Alors, du coup ça gâche un peu les vacances, tu parles, le rosé pique un peu et les huîtres ont comme un goût. Mais guère plus car cette joyeuse petite bande n'est qu'un conglomérats d'ego surdimensionnés. Ce que leur fait d'ailleurs remarquer leur ami ostréiculteur qui se balade toujours pieds nus (car l'ostréiculteur est proche de la nature, donc un peu sauvage).

Petits mouchoirs, grosse ficelles

Bien sûr comme il s'agit d'une comédie, il y a des... euh moments de comédie entre deux passages clippés un rien tire-larmes qui nous permettent d'en savoir plus sur le contenu du lecteur mp3 de Guillaume Canet. De ce point de vue, François Cluzet au bord de la crise de nerfs et en mode Louis de Funès et Laurent Laffite, le type qui ressemble à Michel Leeb, font de leur mieux, mais un peu en vain. Le problème étant que, comme quand on se retrouve bazardé dans une bande de potes déjà constituée, ou quand on doit se fader le film de vacances du beau-frère, le spectateur se sent un peu exclu. Et ne le regrette aucunement, tant on n'a pas envie de se faire des amis de cette bande de faux sympas. Tant surtout le temps nous semble long. Ce qui aurait pu tenir en 1h30 douche comprise dure en réalité 2h35, si bien qu'on a réellement l'impression de passer quinze jours sur place (sans avoir droit au rosé). Le tout s'achevant dans un déluge de violons, de larmes et de bons sentiments qui punit ainsi amèrement ceux qui avaient pensé à n'amener que des petits mouchoirs, quand il en fallait de très grands, bien absorbants. Manière, un peu dégueulasse d'ailleurs, d'absoudre dans un feu d'artifice de douleur, les petites mesquineries et les états d'âmes de privilégiés (ici, guère de problèmes matériels, à part quelques fouines et un tuyau d'arrosage qui laisse des traces jaunes).

De l'aveu même du réalisateur, Les Petits Mouchoirs est censé nous donner envie d'appeler nos amis à la sortie du ciné. Sauf qu'au lieu de ça, on a envie de se mettre sur liste rouge (comme on disait dans les années 80), de piétiner notre portable et de résilier notre compte Facebook. Et même, pour l'été prochain, de réserver une chambre au Mont Athos. De ce point de vue, le film est raté. Qui plus est, dans une France si irréelle qu'on y relie Bordeaux à Paris en vingt minutes, il ne dit rien, mais rien, de la génération qu'il est censé décrire. Pour un projet qui scande "attention, film générationnel", depuis la première minute de sa promotion, avouez que c'est embêtant.

à lire également
Joaquin Phoenix dans “Her” de Spike Jonze (2014) © Warner Bros. Entertainment Inc.
Lyon Capitale vous invite à la projection-débat autour du film de Spike Jonze, jeudi 26 avril, sur les rapports entre intelligence artificielle et sexisme. Soirée organisée par l’Université de Lyon.
2 commentaires
  1. Tello - 22 octobre 2010

    Cette année le Muscat est aigre ! Et c'est tant mieux ! Merci pour ce papier particulièrement jouissif. Je rigole encore... D'accord a 100%. Ce 'film' artificiel est d'un mortel ennui. La bande-annonce aurait largement suffit ! N'est pas Claude Sautet qui veut. Encore merci, je me sentais un peu seul...

  2. dominique - 22 octobre 2010

    Les articles de Muscat, toujours drôles et bien sentis! Et pourtant je suis difficile...

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires

réseaux sociaux
Faire défiler vers le haut