Le rap, un défi pour le guitariste de Noir Désir

Entre autre, le chanteur de La Rumeur, médiatiquement connu pour avoir été poursuivi en justice pour diffamation par Nicolas Sarkozy. C'était en 2002. Depuis, ils participent à un projet commun, le collectif Zone Libre. Un projet mêlant musique rock et langage rap.

Lyon Capitale : Comment est née la collaboration artistique avec les rappeurs de La Rumeur ?
Sege Teyssot-Gay : J'ai découvert La Rumeur après avoir écouté leur premier album en 2001. J'ai contacté le chanteur Hamé pour que son groupe fasse la première partie de Noir Désir. Puis, Zone Libre, le projet instrumental avec Marc Sens, le guitariste de Yann Tiersen, est devenu progressivement une zone d'échange régulière entre deux influences, celle du rock et celle hip-hop, libre, sans carcan. Avec Marc, on a fait la musique. Hamé et la rappeuse Casey ont composé les textes. Ca a été des allers-retours pendant deux ans, de 2007 à 2009.

Les textes des rappeurs que votre guitare souligne sont relativement violents, " une tête à la traine, une bête à la peine, faite pour la haine ". Que pensez-vous de la violence dans le rap ?
Les textes de Hamé et Casey sont autrement plus intelligents que ceux du rappeur Orelsan qui chante le morceau Sale Putelien. C'est de la connerie de médiatiser un détail avec un gars qui fait de la merde. Dans notre société, tout doit être commenté. Je pense que 99 % du rap et du rock sont assez creux, enfin, il y a des gens qui peuvent trouver ça mortel. En tout cas, je trouve que la récupération politique de la violence des textes est scandaleuse. Hamé en a été victime en 2002. Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, a depuis perdu son procès. Il faut laisser le public juger.

Après avoir joué pour Noir désir, quel sentiment est-ce que cela procure d'accompagner des rappeurs ?
Ce n'est pas comparable avec Noir Désir. Ce sont des univers parallèles. Ils se recoupent mais rarement. Il y a des façons de jouer communes car elles sortent de moi. Mais, je suis dans l'apprentissage et l'expérience. Je travaille pour découvrir de nouveaux territoires qui résonnent à mes oreilles.

Pourquoi cherchez-vous cette mixité ?
Je ne digère pas la soupe qu'on nous sert dans les amplis des supermarchés. La musique dans La Rumeur n'est pas importante, c'est un jeu de joutes entre rappeurs. La voix gomme la musique. Mais, comme chez Noir Désir, leurs textes sont contestataires. C'est électrique. A plusieurs, on va plus loin. D'ailleurs, le public de l'album L'Angle Mortlien reflète cette mixité. Le concert à St-Etienne était génial. Je me suis retrouvé en face d'un public de squatteurs en tous genres. Squatteurs dans le sens d'actifs, de militants, en marge de la commercialisation.

L'actu de Serge Teyssot-Gay :

Dernier CD acheté ? " Dälek, un groupe de hip-hop américain."

Dernier film vu ? " Welcome, de Philippe Lioret. Ça instruirait pas mal de gens. "

Dernier livre lu ? " Zulu, de Caryl Ferey. Extraordinaire, politique. Un pur polar avec des morts partout comme j'adore. "

Quels médias lisez-vous ? " Je lis l'Huma, Politis, Le Monde diplomatique et surtout, j'écoute France Culture qui laisse un vrai temps de parole où les gens peuvent développer leurs idées. "

Meilleur souvenir de concert à Lyon ? " Je pense à l'entre-deux tour quand Le Pen était en compétition avec Chirac. On a joué en plein air en centre ville. Il y avait une super émulation. "

Le prochain concert de Zone Libre : A Bourgoin-Jallieu, ce vendredi 17 avril.

Propos recueillis par Stéphanie Ména

Photo : Eric Fistinger/flickr/licence creative commons

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