Le braconnage anti-blockbuster

Le musée des Beaux-Arts (MBA) frappe un grand coup pour cette rentrée, qui est déjà bien chargée en terme d’expos avec la Biennale d’art contemporain. Excellemment bien géré par sa directrice Sylvie Ramond, le musée lyonnais sort quelques-unes des perles qu’il possède en son stock pour une plongée lumineuse chez les Modernes. Attention les yeux, ça va briller : Picasso, Francis Bacon, Dubuffet, Suzanne Valadon, Matisse... L’occasion de faire le point avec elle sur la gestion de la collection du MBA et, plus largement, sur celle d’un musée qu’on a toujours du mal à se voir comme une institution d’envergure internationale.

Lyon Capitale : Il semble exister une sorte de mode, en tout cas d’engouement très vif autour des Modernes, et de Picasso en particulier. L’événement qui lui a été consacré au Grand Palais a été qualifié “d’expo du siècle” par le Journal des arts, puis il y a aussi eu le succès de l’expo d’Aix-en-Provence, où on a mis l’artiste en regard avec les œuvres de Cézanne. Est-on dans une logique similaire à Lyon ?

Sylvie Ramond  : Tout d’abord un mot sur les deux expositions que vous évoquez. L’exposition "Picasso et les maîtres" était éblouissante, tant par la qualité des œuvres montrées que par leur nombre. Le public a plébiscité cette exposition et nous ne pouvons que nous en réjouir. Mais nombreux ont été les amoureux de Picasso et des grands maîtres présentés en vis-à-vis a être déçus par le côté systématique de l'exposition. Quant à l’exposition "Picasso/Cézanne", elle était décevante de par les prêts obtenus. En définitive, l’exposition "Cézanne et la Provence", organisée deux ou trois ans auparavant, était plus impressionnante. Ces expositions correspondent à la logique des blockbusters, des grandes productions comme on en connaît à l’opéra et au cinéma. Notre propos est différent et nos moyens ne sont pas les mêmes. Nous ne pourrons jamais rivaliser et dans un sens, c’est une chance pour nous : cela nous oblige à être plus inventifs et plus concurrentiels.

Le MBA sort des œuvres de sa collection. Est-ce que montrer les éléments acquis par les musées est une volonté politique ? En effet, l’expo de rentrée du musée d’art contemporain fonctionne aussi sur ce mode, avec la rétrospective dédiée à Ben. Est-ce aussi dû au fait qu’il est de plus en plus difficile de monter une exposition en empruntant des œuvres à d’autres musées, à cause des frais et des garanties demandées ?

Il est toujours opportun de mettre en valeur une collection et de montrer qu’elle n’est pas figée. Ce projet n’est pas lié à la difficulté d’organiser une exposition avec des prêts très importants. Nous l’avons déjà fait et nous continuerons à le faire, comme nous l’avons montré lors de l’exposition "Repartir à zéro". Ce projet est lié au plaisir de montrer une collection à la fois très importante et très originale et qui se doit d’être enrichie.

Peut-on attendre d’une exposition comme celle-ci qu’elle obtienne un écho sur la scène nationale voire internationale ?

L’écho international, nous l’avons toujours auprès des critiques, des artistes et des amateurs et je peux le constater à chacun de mes voyages à l’étranger, tout particulièrement en Allemagne et aux États-Unis : nos expositions sont visitées et nos collections sont connues. Pour un public plus large, la situation est plus complexe en raison de l’offre pléthorique d'expositions dans les capitales. Cela explique que la majorité de notre public soit régional mais notre rayonnement lui, va bien au-delà.

Combien d’œuvres vont être exposées ? Est-ce que le visiteur trouvera dans ce panorama très large un discours qui soit spécifique au fauvisme, mais aussi un regard particulier sur le cubisme, et un autre encore sur l’avant-garde russe ? Ou bien veut-on donner simplement un aperçu de ce que possède le MBA ?

Nous présentons près de 180 œuvres, toutes techniques confondues : peinture, sculpture et arts graphiques. Nous ne pouvons pas aussi bien que le Musée national d’art moderne (Centre Georges Pompidou) reconstituer l’histoire canonique des avant-gardes au 20ème siècle. La présentation d’une collection ne consiste pas à aligner des trophées, mais elle nous oblige à “braconner”, à “chasser”, à trouver des cheminements moins attendus, mais que tout public peut aisément emprunter. En cela, cette présentation n’est pas un inventaire des principaux courants artistiques, mais une interprétation où l’on retrouvera des œuvres appartenant au fauvisme, au cubisme ou au surréalisme, mais pas seulement.

Est-ce qu’une circulation a été imaginée dans le musée, avec des espaces dédiés à chaque mouvement pictural ?

L’exposition est structurée en 25 thèmes, ce qui autorise une présentation très pédagogique, mais permet aussi de sortir des catégories imposées par les spécialistes : nous présenterons notamment une sculpture d’Etienne-Martin en regard de peintures de Francis Bacon…

La politique d’acquisition des œuvres de la Ville de Lyon a-t-elle changé depuis la réélection de Gérard Collomb, et notamment depuis l’achat du tableau "La Fuite en Égypte" ?

Une politique d’acquisition ambitieuse ne peut être menée sans le soutien de la Ville de Lyon. L’élan suscité par l’acquisition de "La Fuite en Égypte" de Nicolas Poussin a créé un dynamisme qui nous permet aujourd’hui d’envisager la création d’un club de partenaires mécènes afin d’enrichir une collection déjà exceptionnelle, mais qui inévitablement possède des lacunes que nous avons à cœur de combler…

Les modernes s’exposent au musée des Beaux-Arts de Lyon. Du 10 octobre au 15 février.
www.mba-lyon.fr

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