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La justice est-elle bien représentée au cinéma ?

CINEMA / JUSTICE – A l'occasion de la deuxième édition des Rencontres Justice, Droit et Cinéma, le Comoedia organise une série de quatre projections-débat. Compte-rendu de la première soirée, ce mardi 22 mars.

Après avoir fêté leur deuxième anniversaire avec une conférence de Robert Badinter lundi 21 mars, les Rencontres Justice, droit et cinéma s'installent au Comoedia pour quatre jours afin de réfléchir sur la représentation de la justice dans les films.

Ce mardi soir, L'ivresse du pouvoir de Claude Chabrol était décrypté par des juristes pendant un débat. Rappelons que dans ce film Isabelle Huppert incarne un juge d'instruction qui s'attaque à des dirigeants d'entreprises publiques et des hommes politiques suspectés d'abus de biens sociaux et d'abus de pouvoir. Au début du film, le réalisateur précise que “toute ressemblance avec des personnes ou des faits réels sont, comme on dit, fortuites“. On comprend rapidement que le dossier en question ressemble étrangement à l'affaire ELF.

Le problème du juge d'instruction

Claude Chabrol avait déclaré lors de sa sortie, que ce n'était pas un film politique, puisque “il n'apprend rien de nouveau sur cette affaire“ . Pour Catherine Beauthéac, avocate au barreau de Lyon, c'est en revanche une “réflexion morale sur les abus de pouvoir, a-t-elle déclaré mardi soir en ouverture du débat. Pour nous c'est une introduction à un problème : celui du juge d'instruction“.

Napoléon III, reprenant Balzac, disait que le juge d'instruction était “l'homme le plus puissant de France“. Isabelle Huppert reprend cette phrase dans le film et son personnage soulève cette problématique, qui est d'autant plus actuelle depuis que le président avait souhaité sa suppression. Pour Luc Fontaine, cet ancien juge d'instruction aujourd'hui président de la chambre d'appel de Lyon, il est aussi le plus contrôlé. “Le problème c'est que les juges d'instruction sont indépendants, mais qu'ils peuvent rencontrer de problèmes s'ils sont seuls“. Dans le film - comme dans l'affaire ELF, Isabelle Huppert se voit contrainte de travailler avec une adjointe. “La collégialité permet un regard croisé et limite les risques d'erreur judiciaire“ poursuit Luc Fontaine.

Le danger avec les juges d'instruction, explique Me Molin, c'est qu'il doit s'effacer derrière son dossier. Ce n'est pas un justicier“. Mais dans le film, à mesure qu'elle avance dans son affaire, le juge Charmant Killman (on saisit le rapprochement “Charmant“ et “Joly“) gagne du pouvoir et enquête exclusivement à décharge – c'est-à-dire dans le but d'incriminer le suspect et non de chercher les preuves pouvant le disculper. “Ce film parle de l'ivresse du pouvoir mais aussi et surtout du pouvoir du juge“ poursuit Me Molin, tout en précisant qu'il s'agit là d'un film et d'un point de vue précis, celui du réalisateur.

“Chabrol s'autorise des paresses quand au respect de la procédure“

Dans ce film, “la procédure est amusante, commente Me Molin, mais il n'y a pas l'ombre de l'ombre d'une procédure judiciaire“. Pour lui, Chabrol s'autorise des paresses mais il a prouvé qu'il le pouvait. Et Catherine Beauthéac de préciser : “il a surement reçu des conseils de juristes, donc c'est un choix“. Cependant, les juristes présents ont décortiqué point par points les différentes incohérences présentes dans le film. Par exemple, au tout début : la juge tend un papier à l'avocat de la défense qui le conserve. Mais il n'a pas le droit de conserver des pièces du dossier.

L'autre point : le film étant focalisé sur le personnage du juge, les partis de la défense sont quasi-inexistants. Le personnage de l'avocat est “grotesque“ selon Me Molin. De plus, ce même avocat paraît mal informé du dossier et est souvent absent. “Cela ne se passe pas comme ça dans la réalité, précise Luc Fontaine, puisque si le juge interroge un suspect sans son avocat, cela peut conduire à un vice de procédure“.

Cependant, une part de vérité est bien présente dans le film. Notamment le fait qu'Isabelle Huppert se met beaucoup de personnages haut-placés à dos, et se voit placé sous la surveillance de deux gardes du corps. “C'est vrai que le juge d'instruction gêne, confie Xavier Pin, professeur de droit à l'Université Lyon III, et c'est peut être pour cela que certains souhaitent sa suppression“. Pour conclure ce débat, et résumer la manière dont le septième art représente la justice, on pourrait citer Me Molin : “le film montre une justice, pas la justice“.

Du 21 au 25 mars
Cinéma Le Comoedia – 13 Avenue Berthelot, 69007 Lyon.
Pour consulter le programme, cliquez ici.

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