Lyon Capitale n°162
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Il y a 20 ans : l'impossible renouvellement

IL Y A 20 ANS DANS LYON CAPITALE – Les élections cantonales de 1998 déçoivent. Au menu, les mêmes candidats qui se succèdent depuis des années, notables cumulards à l'âge avancé.

Lyon Capitale n°162, 11 mars 1998 © Lyon Capitale

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En 1998, contrairement aux élections régionales qui ont amené leur lot de renouvellement, les cantonales ont déçu par leur conservatisme. Entre rancœur et calculs politiciens, une grande partie des sortants s'accrochent à leur siège. De quoi désintéresser les administrés, qui ne voient plus vraiment l'utilité d'une telle institution, d'autant plus que dans certaines zones le conseil général semble bien superflu, entre les prérogatives existantes de la Ville et de la Région. Enfin, le manque de démocratie au sein de l'organisation du département est pointée du doigt, ajoutant une dimension de méfiance au désintérêt ambiant. En effet, alors qu'à l'époque la France est mitigée sur la politique, Lyon Capitale se demande "par quel mystère 75 % des conseillers généraux du Rhône sont à droite".

Lyon Capitale n°162, 11 mars 1998, p. 14 © Lyon Capitale

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Un article publié dans Lyon Capitale n°162 le mercredi 11 mars 1998 signé par Philippe Chaslot.

L'impossible renouvellement

Comme pour les régionales, la campagne des cantonales aura été décevante, étriquée et sans souffle. Mais contrairement aux régionales, elle aura aussi été sourde au renouvellement, ce qui souligne que cette institution, si elle veut durer, a de très sérieux progrès à faire.
C'est une classe politique peu renouvelée qui se représente devant les urnes pour ces cantonales version 1998. Les leçons des législatives de juin dernier et le fort désir de renouvellement de la classe politique, impulsé par Lionel Jospin et pris en compte depuis par les états-majors parisiens des partis de droite, n'ont pas pesé lourd face à une élection qui reste marquée par la "notabilité", conjuguant cumul des mandats et âge avancé des candidats. La campagne, confite par ce conservatisme n'a donc pas passionné les foules, particulièrement en zones urbaines où les compétences du conseiller général apparaissent en outre comme assez superfétatoires puisque communauté urbaine, Région et Ville se marchent déjà sur les pieds. Seuls les primaires entre RPR et UDF qui, au grand dam de Michel Mercier, n'ont pu être évitées à Lyon, amusent la galerie et animent les marchés. Et ceci, bien plus que le bilan social du Département ou ses options culturelles, le premier n'étant pourtant pas exempt de critiques, ni les secondes d'intérêt. C'est dire, dans ces débats de personnes fort peu consistants, à quel point le fond des choses a été pris en compte. La gauche, quant à elle, part aussi largement en ordre dispersé comme pour compter le poids respectif de chacune de ses composantes. Toutes ces cuisines restent très "private joke", les rancœurs, les calculs ou le refus de laisser sa place constituant la colonne vertébrale de bien des candidatures. On retiendra qu'en arrière-fond de cette morne campagne, l'enjeu pour la gauche est de confirmer l'essai des dernières législatives et de faire basculer de son côté le 12e canton de Lyon, celui de Givors, ainsi que ceux d'Irigny et de Meyzieu. Christian Philip, 1er adjoint de Raymond Barre, cherche, en espérant succéder à Simone André dans le 9e canton, à renforcer son ascendant sur l'UDF dans la perspective des élections municipales de 2001. Le Front national, quant à lui, espère renforcer ses scores notamment à la périphérie de Lyon, pour augmenter sa "capacité de nuisance" à l'issue de triangulaires qui pourraient être meurtrières pour la droite. L'avenir du Département suscite de nombreuses polémiques. Faudrait-il le supprimer pour laisser le champ libre à une Région aux compétences élargies ? Le débat risque de rester une querelle d'école encore longtemps. Le Département a pour lui l'histoire et on l'oublie trop, il a aussi été capable de mutation depuis la loi de décentralisation. Et puis, il faut l'admettre, l'Etat a trop besoin de lui pour tenir la bride aux Régions. Reste un constat : s'il veut compter dans l'avenir, le Département doit apprendre à gérer sa boutique de façon plus ouverte, plus démocratique. Sa représentativité devra changer car l'on peut se demander par quel mystère 75 % des conseillers généraux du Rhône sont à droite dans une France apparemment plus mitigée. Son renouvellement devra être assuré, ses méthodes devront profondément se moderniser. En ce jour du 15 mars 1998, on sera encore loin du compte.
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