Gilles Aguilar, un photographe qui bouscule la danse – Expo à Bron

Complice des chorégraphes Annick Charlot et Mourad Merzouki, Gilles Aguilar expose jusqu’au 30 avril des photos personnelles où il semble danser avec les interprètes pour saisir le mouvement. “Musiques du silence” est à voir à Pôle en Scène (espace Albert-Camus).

Gilles Aguilar est un photographe passionné de danse… pas comme les autres. Tout commence en 2008 lors du défilé de la Biennale. Costumé, il s’immerge dans le groupe d’Annick Charlot pour photographier – de l’intérieur – la danse, les costumes et les chars. Saisissant une aventure humaine et artistique hors du commun. Il rencontre aussi le groupe de Mourad Merzouki, qui découvre ses photos. “Elles intéressaient Mourad, dit-il, car ce n’était pas des photos de photographe et ça m’allait bien. Il ouvrait Pole Pik à Bron et m’a proposé de travailler avec lui car il voulait une identité différente de ce qu’il trouvait chez les photographes de danse.”

Face-à-face

Plus que la chorégraphie pure et dure, plus que la photo qui va se vendre, Gilles Aguilar cherche celle qui lui donnera du plaisir à partager. “À Bron, autour de Mourad, il y a beaucoup de gamins qui ne sont pas issus de la danse et ils en ont une approche différente. Annick, elle, investit des lieux publics ou des habitations. Tous les deux travaillent avec des populations qui vivent dans des ensembles urbains. Leur travail est imprégné de ce qui se passe avec les habitants et c’est ce rapport humain qui m’intéresse.” Dans le même temps, il intègre le studio des Hérideaux ouvert par Annick Charlot et entame une recherche personnelle autour de la danse.

Il organise des rencontres entre photographes et danseurs. Ceux-ci venant de plusieurs réseaux créés avec le CNSMD, l’Insa, Lyon 1 et Lyon 2. Il les choisit aussi parce qu’ils pratiquent la photo, ce qui les oblige à se positionner différemment, à prendre les deux rôles durant l’atelier et oublier le photographe “officiel”. Puis il s’investit dans une autre démarche, celle du face-à-face sensible avec une danseuse (ou un danseur) à qui il propose de simples contraintes : une douche de lumière qui limite l’espace dans lequel elle danse, danser les yeux fermés ou sans utiliser les bras. Pour chercher des mouvements qui l’amènent hors de ce qu’elle fait habituellement.

Une exposition en immersion

“Musiques du silence” est une exposition de photos prises au studio des Hérideaux, où il n’y a pas que des danseuses professionnelles, mais aussi des amies ou des comédiennes. Les corps sont éclairés par la lumière qui vient d’en haut, le regard est levé, le buste est ouvert et les bras se tendent vers le ciel. L’exposition évoque une sorte de symphonie musicale enveloppant les danseuses d’une musique qui n’existe pas. Elle les révèle comme des êtres uniques, donnant la sensation que chaque photo est l’élément indispensable d’un tout, unifié par le noir et blanc. Comme s’il y avait deux chemins à découvrir.

Le travail de Gilles Aguilar est émouvant. Parce qu’il rentre dans la danse et nous fait percevoir les corps sous des angles multiples, comme si nous étions nous-mêmes en contact avec eux. Il donne de la chair à la danse et à la personne. “Dans ce travail, dit-il, je cherche ce que la personne me propose, ce n’est pas moi qui décide. Je reçois cela comme une offrande, elle se livre, se lâche, grâce aux mouvements. Elle m’offre un temps particulier pour faire ces photos et c’est magique.”

Gilles Aguilar / Musiques du silence – Jusqu’au 30 avril à l’espace Albert-Camus/Pôle en scènes (Bron), du lundi au vendredi de 13h à 17h et les soirs de spectacle

Instagram aguilar.gilles – Facebook Gilles Aguilar Photographies

Musiques du silence © Gilles Aguilar

[Article publié dans Lyon Capitale n° 787 – Avril 2019]

à lire également
La Maison de la danse – Lyon 8e
Du 15 au 21 octobre, la Maison de la danse se met à l’heure du numérique pour nous faire découvrir ce que les nouvelles technologies apportent à la danse et… au public !
d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut