Soyeuses, 2020 par Enthea et La Fornarina de Nicole Tran Va Bang © BM de Lyon

Exposition à la Bibliothèque de la Part-Dieu : "En corps elles", du corps fantasmé de la femme au corps libéré

Avec l’exposition En corps elles, la bibliothèque de la Part-Dieu rend un bel hommage à toutes les femmes qui ont œuvré depuis 50 ans pour la libération des femmes. À ne pas manquer !

En 2020, le mouvement de libération des femmes fêtait ses 50 ans. Dans un contexte de libération de la parole alors que les luttes contre les inégalités sociales et les discriminations sexuelles sont encore à mener, le réseau de la Bibliothèque municipale se mobilise avec À corps et à cris un évènement qui questionne l’évolution du féminisme tout en rendant hommage aux militantes qui l’ont porté.

Lectures, ateliers, documentaires, spectacles sont proposés jusqu’au 4 décembre avec un point d’orgue, l’exposition En corps elles présentée à la galerie de la bibliothèque de la Part Dieu jusqu’au 31 décembre.

Sabine LI – Armée de terre cuite, 2021 – Sculpture céramique.

Elle s’appuie sur différents supports – documents, affiches, tracts, vidéos, photos, estampes – croisant des œuvres artistiques et des événements contemporains avec d’autres périodes plus anciennes relatant la condition de la femme - dans l’Antiquité, Aristote décrit la femme comme un mâle incomplet tandis que les auteurs médiévaux voyaient en Adam l’esprit et en Eve la chair mais une chair coupable.

Raymonde ARCIER – Faire ses achats, 1971 – Nylon, 1m50 – Prêt de l’artiste

Conçue en trois parties -  "On ne naît pas femme, on le devient", "Nos désirs font désordre" et "Les femmes dans la rue, pas dans la cuisine", l’exposition met en exergue le corps féminin soumis à des injonctions, des interdits et explique comment le féminisme a participé à la déconstruction de l’image de la femme. Les œuvres présentées sont bien-sûr réalisées par des femmes qui démontrent dès les années 1970, notamment au travers de performances, que leur lutte résidait aussi dans le fait d’être reconnues en tant qu’artistes dans un monde de l’art essentiellement masculin.

Du corps fantasmé au corps libéré

Beaucoup de sujets sont abordés : la femme fantasmée, tentatrice, symbole de danger, sorcière, hystérique, soumise aux diktats de la beauté – la peau blanche, le corps mince et sans poil –, diktats que la mannequin Susanne Junker dénonce à travers deux photos mettant en scène son corps crucifié.

La vieillesse est abordée notamment avec Le Portrait d'une jeune femme (La Fornarina) réalisé par Raphaël entre 1518 et 1519 que Nicole Tran Ba Vang détourne en l’imaginant âgée de 497 ans, détruisant ainsi l’image de la femme idéale figée à jamais dans sa jeunesse.

On peut admirer la magnifique fresque photographique de la plasticienne Orlan illustrant un striptease avec les draps d’un trousseau - à quel moment est-on considéré comme une femme ou une putain questionne-t-elle ?

Orlan – Strip-tease occasionnel à l’aide des draps du trousseau - Collection IAC de Villeurbanne

On redécouvre et c’est important des images du procès de Bobigny mené en 1972 contre des femmes ayant avorté et défendues par Gisèle Halimi  qui contribua à l'évolution vers la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse en France.

Presque en fin de parcours, on s’arrête devant  Faire ses achats, un sac géant suspendu au mur de Raymonde Arcier qui réalise des objets démesurés pour monter le poids du travail domestique à la maison.

Valérie Oka, 2015

L’exposition pointe également le fait que même si leur condition sociale a évolué et qu’elles ont pu accéder à de nombreux métiers, elles sont encore souvent cantonnées à ceux du soin, à temps partiel et mal payées. Elle se termine comme elle commence, avec une sculpture céramique énorme qui fait partie de Armée de terre cuite une série de trente oeuvres créée par la Lyonnaise Sabine Li. L’artiste travaille sur la corpulence des corps non plus stigmatisés mais illustrant des femmes fortes, des guerrières qui se battent pour leurs droits !


En corps elle - Bibliothèque de la Part-Dieu – Jusqu’au 31 décembre – www.bm-lyon.fr


 

Laisser un commentaire

d'heure en heure
d'heure en heure
Faire défiler vers le haut